Guenuite Kiwangala Mubwaka a plaidé coupable, mercredi à Québec, au meurtre au deuxième degré d’une fillette de 14 mois qu’elle gardait dans sa garderie en milieu familial de Beauport. Le juge François Huot n’a pas accepté sur-le-champ la suggestion commune de la poursuite et de la défense, soit 12 ans avant l’admissibilité à une libération conditionnelle. Il la juge « significativement trop basse ».
Le procès devant jury de Guenuite Kiwangala Mubwaka devait s’ouvrir la semaine prochaine au palais de justice de Québec, sur une accusation de meurtre au premier degré. Il devait durer environ six semaines. À la suite d’une entente avec la poursuite, l’accusée a plutôt reconnu sa culpabilité, mercredi, à une accusation réduite de meurtre au deuxième degré.
Elle a aussi plaidé coupable de voies de fait contre deux autres enfants de sa garderie, âgés de 13 et 20 mois, commises dans les semaines précédant le meurtre.
La peine pour meurtre est automatiquement l’emprisonnement à perpétuité. Ce qui reste à trancher, c’est le nombre d’années que la condamnée devra purger avant de pouvoir demander une libération conditionnelle.
Des gestes captés par les caméras de la garderie
Le 21 mars 2024, les ambulanciers ont été appelés à la garderie, située dans le quartier Sainte-Thérèse-de-Lisieux, à Beauport. La fillette était en arrêt cardiorespiratoire. Elle n’a jamais repris conscience et est morte à l’hôpital. Son identité est protégée par une ordonnance de non-publication.
Selon la preuve présentée au tribunal, des caméras de surveillance ont démontré que la gardienne violentait l’enfant depuis plusieurs mois. Les enregistrements du jour fatidique n’ont toutefois pas pu être récupérés.
Les proches de la victime ont choisi de ne pas visionner ces vidéos. « C’était une sage décision », a dit le juge, qui a confié avoir encore en mémoire les cris de l’enfant.
Une suggestion commune de 12 ans
La poursuite, représentée par Me Valérie Simard-Croteau et Me Louis Durand-Bluteau, et la défense, assurée par Me Hovsep Dadaghalian et Me Christopher Mediati, ont proposé conjointement une période de 12 ans avant l’admissibilité à la libération conditionnelle.
Pour la justifier, la procureure a souligné le devoir de protection de la gardienne envers une enfant entièrement dépendante de ses soins, ainsi que la violence répétée. Elle a aussi fait valoir que le plaidoyer évite à la famille et au système de justice un procès éprouvant de six semaines. Elle a rappelé que l’admissibilité à une libération conditionnelle ne signifie pas une remise en liberté automatique.
Les parents de la fillette se sont dits en paix avec cette suggestion.
« Je veux vous donner l’opportunité de me convaincre »
Le juge Huot s’est dit surpris que la poursuite soit passée d’une accusation de meurtre au premier degré à une suggestion de 12 ans. Il juge la peine proposée « significativement trop basse ».
« Qu’est-ce qui, au sein de notre société, est plus vulnérable qu’une petite fille de 14 mois? » Juge François Huot, Cour supérieure
Le magistrat a toutefois rappelé qu’il ne peut écarter une suggestion commune que si elle est contraire à l’intérêt public. Il a reconnu qu’au cours de la dernière décennie, aucun juge ayant modifié une suggestion commune n’a été soutenu par la Cour d’appel.
Il a ordonné aux avocats de revenir mardi, le 3 novembre, pour étayer leurs arguments. La période d’admissibilité à la libération conditionnelle reste donc à fixer.
Code criminel, art. 235 et 745Le meurtre, au premier comme au deuxième degré, entraîne obligatoirement l’emprisonnement à perpétuité. Pour le meurtre au deuxième degré, le délai avant l’admissibilité à une libération conditionnelle est d’au moins 10 ans, et le juge peut le porter jusqu’à 25 ans.
Code criminel, art. 745.4Pour fixer ce délai, le juge tient compte du caractère du délinquant, de la nature de l’infraction et des circonstances entourant sa perpétration.
Suggestion communeSelon la Cour suprême du Canada, un juge ne peut écarter une suggestion commune que si elle est susceptible de déconsidérer l’administration de la justice ou si elle est par ailleurs contraire à l’intérêt public (R. c. Anthony-Cook, 2016 CSC 43).
Aucun mot pour la famille
Une vingtaine de proches de la fillette assistaient à l’audience. Les parents, aujourd’hui séparés, et les deux grands-mères ont livré des témoignages. Le père a dit être aujourd’hui incapable de travailler. « Je vivrai toujours avec le sentiment de culpabilité d’avoir fait confiance à une meurtrière », a déclaré la mère.
Le juge a fait venir l’accusée à la barre des témoins et lui a demandé si elle avait quelque chose à dire à la famille. « Non, monsieur le juge », a-t-elle répondu à chacune de ses questions, avant d’être renvoyée en détention.
Selon son avocat, l’accusée, qui n’est pas citoyenne canadienne, risque fortement de faire l’objet d’une mesure de renvoi du Canada.
Le conjoint condamné à six mois
Josaphat Mayuba Ndele, conjoint de la gardienne au moment des faits, était présent à la garderie lors du drame. Accusé au départ de complicité après le fait, il a plaidé coupable en mars dernier d’avoir abandonné ou exposé un enfant de manière à mettre sa vie en danger. Il a été condamné à six mois de détention.
Cette condamnation était jusqu’ici frappée d’une interdiction de publication, pour ne pas influencer le jury au procès de son ex-conjointe. L’interdiction a été levée après le plaidoyer de culpabilité de celle-ci.
- Radio-Canada, « Une gardienne coupable du meurtre d’un bébé : le juge trouve la peine trop clémente », 28 octobre 2026.
- Code criminel, L.R.C. 1985, c. C-46, art. 235, 745 et 745.4.
- R. c. Anthony-Cook, 2016 CSC 43, Cour suprême du Canada.
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