Seize avocats. Des carrières parfois longues, reconnues ou exceptionnelles. Des ministres, des enseignants, des fondateurs de cabinets, des plaideurs devant la Cour suprême, des professionnels décorés ou respectés. Puis, à un moment de leur parcours, une rupture : ils mettent en cause un juge, le Barreau, le Bureau du syndic, le DPCP, une université, un ministère ou un autre acteur du système de justice. Après viennent les plaintes, les sanctions, les radiations et les recours. Nous avons reconstruit ces trajectoires, une à une.
Une radiation raconte la fin d’une histoire. Cette enquête revient au début. Avant les avis disciplinaires, plusieurs des avocats réunis ici avaient derrière eux des décennies de pratique, des dossiers majeurs, des fonctions publiques, de l’enseignement, des entreprises fondées, des distinctions ou une réputation solidement établie.
Le point commun que nous avons voulu documenter apparaît dans la rupture. À un moment de leur parcours, chacun met publiquement ou judiciairement en cause un acteur du système : un juge, le Barreau du Québec, le Bureau du syndic, le DPCP, une université, un ministère, la DPJ, un confrère ou une autre institution. Les formes varient — plainte, procédure, lettre, déclaration publique, demande de récusation, accusation de partialité, dénonciation d’un dysfonctionnement — mais la séquence revient assez souvent pour mériter d’être regardée de près.
Les fiches qui suivent reconstruisent cette séquence dans son entier : qui était l’avocat avant le conflit, ce qu’il a dénoncé, ce qui s’est produit ensuite, ce que les institutions lui ont reproché, les sanctions imposées, les recours entrepris et les décisions qui ont parfois confirmé, parfois rejeté, parfois corrigé une partie du parcours. Le lecteur dispose ainsi de beaucoup plus que l’avis final de radiation : il peut voir l’histoire avant, pendant et après la rupture.
Les 16 parcours
Chaque bloc mène à la fiche complète
Jérôme Choquette
Ancien ministre de la Justice, artisan de réformes majeures et récipiendaire de la plus haute distinction du Barreau de Montréal. Trois ans après cette médaille, il est radié provisoirement après avoir accusé des avocats et des juges de collusion, de falsification de preuve et d'autres fautes extrêmement graves.
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Radu Claudiu Popa
Ancien avocat criminaliste, chargé de cours et docteur en droit formé à Sherbrooke et à Bordeaux, il entre en conflit avec sa propre faculté autour de l'attribution de charges de cours et de la reconnaissance de ses qualifications. Ses recours se multiplient. La Cour supérieure le déclare plaideur quérulent. En 2026, le Conseil de discipline le radie de façon permanente sur un seul chef : avoir porté préjudice à l'administration de la justice.
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Micheline Parizeau
Admise au Barreau en 1972, Micheline Parizeau devient l'une des avocates les plus connues du droit familial québécois, écrit sur le droit pour le grand public et plaide jusque devant la Cour suprême. Sa manière particulièrement combative de conduire certains divorces finit toutefois par provoquer des condamnations judiciaires et disciplinaires graves. Radiée pour cinq ans, elle entreprend ensuite une longue bataille contre le refus du Barreau de la réinscrire. En 2011, la Cour d'appel lui donne raison dans un arrêt qui dépassera largement son seul cas; en 2012, la Cour suprême refuse au Barreau l'autorisation d'en appeler.
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Myriam Bohémier
Radiée provisoirement après une série de lettres adressées à des juges et à des membres des gouvernements, elle est réinscrite un an plus tard : le Tribunal des professions conclut que le comité qui l'avait radiée avait manqué d'impartialité. La Cour d'appel parlera ensuite d'une « radiation illégale ». Les plaintes disciplinaires seront finalement retirées sans jugement au fond.
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Gilles Doré
Criminaliste montréalais connu pour avoir défendu des membres de groupes de motards, Gilles Doré porte plainte contre un juge après avoir été la cible de remarques que le Conseil canadien de la magistrature jugera en partie injustifiées et inacceptables. Mais la lettre privée par laquelle l'avocat répond au magistrat devient elle-même un dossier disciplinaire : 21 jours de radiation, confirmés jusqu'en Cour suprême. Son nom donnera ensuite naissance à l'un des cadres d'analyse les plus importants du droit administratif canadien.
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Madelaine Drolet-Savoie
Avocate en droit familial et en protection de la jeunesse depuis des décennies, elle obtient l'annulation d'ordonnances de placement visant l'enfant d'une cliente. Quelques semaines plus tard, elle dénonce publiquement un système qui fonctionnerait « en vase clos ». Ses propos deviennent une plainte disciplinaire. Un tribunal lui imposera ensuite 30 jours de radiation — sanction finalement annulée par la Cour d'appel.
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Gloriane Blais
Une avocate de région ayant plaidé jusque devant la Cour suprême, représenté des citoyens de Lac-Mégantic et mené plusieurs campagnes politiques. Puis un dossier de 35 millions de dollars contre Investissement Québec bascule en contestation de l'impartialité d'un juge. Deux plaintes disciplinaires, une radiation administrative et une radiation de huit ans suivront.
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Guylaine Gauthier
Bien avant sa radiation permanente, Guylaine Gauthier avait elle-même porté une plainte disciplinaire contre un syndic adjoint du Barreau du Québec jusqu'aux portes de la Cour suprême. Quelques années plus tard, le Bureau du syndic enquête sur sa pratique et l'accuse notamment d'entrave, de procédures abusives et d'avoir permis à un avocat radié de continuer à pratiquer. Elle réplique en accusant à son tour des syndics de conduite illégale, de dissimulation et de destruction de preuve. Après plus d'une décennie de procédures, une radiation permanente est imposée. Les recours se poursuivent encore en 2026, avec une nouvelle demande devant la Cour suprême.
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Jacqueline Sanderson
Avocate depuis 1998, active en litige fiscal, familial et pénal et présente dans plusieurs dossiers portés jusqu'à la Cour suprême. Après une première sanction de sept jours, elle est déclarée coupable de six nouveaux chefs en 2023 et radiée pour 22 mois en 2024. Une partie des manquements retenus découle directement de ses accusations contre des juges et d'autres acteurs du système judiciaire. Ses appels disciplinaires demeurent pendants.
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Stéphane Harvey
Avocat depuis 1990, ancien consul honoraire du Togo au Québec et plaideur jusque devant la Cour suprême. Après le dépôt de plaintes disciplinaires en 2018, il accuse publiquement le Barreau d'un « stratagème frauduleux » et de documents fabriqués. Reconnu coupable de manquements graves dans un dossier touchant notamment des comptes en fidéicommis, il reçoit en 2025 une radiation globale de sept ans, aujourd'hui en appel. En 2026, il est acquitté dans un autre dossier, mais demeure radié.
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Stéphan Beaudin
Criminaliste actif depuis au moins les années 1990, Stéphan Beaudin défend en 2022 un homme accusé d'avoir menacé le premier ministre François Legault. En pleine plaidoirie, il remet en cause l'indépendance réelle des juges, accuse l'appareil judiciaire de museler ceux qui « disent la vérité » et attaque le fonctionnement du système. Le juge le signale au syndic. Un an plus tard, le Conseil de discipline le radie quatre semaines.
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Alexandra Captariu
En septembre 2025, l'avocate critique publiquement sur LinkedIn deux dirigeantes de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke. Une vérification du Barreau suit. Mais le Conseil de discipline ne la condamne pas pour le contenu de cette critique : il la déclare coupable d'avoir répondu de façon incomplète à un syndic adjoint malgré un rappel. Sanction : trois mois et un jour de radiation.
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Robert Brouillette
Ingénieur et avocat, cofondateur de BCF, président d'Anges Québec pendant trois ans et nommé « Ange de l'année » en juin 2017. Quelques mois plus tard, Robert Brouillette est déclaré coupable dans un vaste dossier disciplinaire. Au fil d'une bataille procédurale qui s'étire sur plusieurs années, il met en cause l'impartialité du Conseil et l'équité du processus. En 2021, le Tribunal des professions rejette ses moyens et confirme une radiation de deux ans — tout en rejetant également l'appel du syndic qui réclamait davantage.
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Salif Sangaré
Avocat en pratique privée depuis 2005, spécialisé presque entièrement en immigration, Salif Sangaré représente pendant des années des demandeurs d'asile et des familles au statut précaire. En 2012, il qualifie publiquement le comportement d'agents frontaliers d'« abusif et arbitraire » dans un dossier d'expulsion. Une décennie plus tard, après plusieurs dossiers disciplinaires, il conteste aussi l'indépendance et l'impartialité de membres de son propre Conseil de discipline. En avril 2026, le Barreau le radie de façon permanente sur cinq chefs distincts.
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Jean-Roch Parent
Ancien procureur de la Couronne devenu avocat de la défense, Jean-Roch Parent entre dans une période de confrontation répétée avec juges, policiers, confrères et institutions. Il accuse notamment des juges de partialité ou remet en question leur compétence en audience. Mais son dossier disciplinaire va beaucoup plus loin : absences au tribunal, manquements envers des clients, problèmes de fidéicommis et appropriation de sommes. Radié provisoirement en 2019, puis sanctionné à plusieurs reprises, il est aujourd'hui revenu à la pratique.
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Sylvie P. Hébert
Avocate devenue elle-même partie à un conflit d'héritage, Sylvie P. Hébert multiplie les procédures jusqu'à être déclarée plaideuse vexatoire par la Cour supérieure. Elle soutiendra avoir été confrontée à un juge partial, mais le Barreau retient surtout son usage excessif et déraisonnable du système judiciaire. Un seul chef disciplinaire mène à une radiation de deux ans, confirmée par le Tribunal des professions.
Lire la fiche complèteQue s’est-il passé entre la carrière et la radiation?
Pris séparément, chacun de ces dossiers possède sa propre histoire. Pris ensemble, ils font apparaître un contraste difficile à ignorer : des professionnels parfois installés depuis vingt, trente ou quarante ans voient leur trajectoire basculer après être entrés en conflit ouvert avec des acteurs du système qu’ils servaient jusque-là.
Chez certains, la critique d’un juge ou d’une institution devient elle-même un élément du dossier disciplinaire. Chez d’autres, la bataille se déplace vers l’impartialité du processus, le fonctionnement du syndic, la récusation, la réinscription ou le contrôle judiciaire. Et plusieurs obtiennent, à une étape ou une autre, une décision qui nuance ou corrige le récit initial : sanction réduite ou annulée, radiation jugée illégale, réinscription ordonnée, plainte retirée, appel accueilli sur un point précis.
Sommes-nous devant seize histoires sans rapport entre elles? Devant des conflits professionnels qui se sont emballés? Ou certaines de ces trajectoires révèlent-elles aussi le prix que peut payer un avocat lorsqu’il cesse de contester seulement une décision et commence à mettre en cause le fonctionnement même de l’institution? C’est la question que ces seize dossiers permettent désormais de poser, documents à l’appui.
Chaque fiche remonte aux sources : décisions disciplinaires et judiciaires, avis officiels, recours, archives et prises de position publiques. Les affirmations contestées sont attribuées à leur auteur; les conclusions des tribunaux sont distinguées des accusations formulées par les parties.
EnDroit.ca documente la chronologie et le contraste entre ces parcours. Lorsqu’un lien de causalité n’est pas établi par les documents, nous ne l’affirmons pas. La question demeure ouverte précisément pour que le lecteur puisse examiner les faits, les dates et les décisions dans leur ensemble.

