En septembre 2025, l’avocate critique publiquement sur LinkedIn deux dirigeantes de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. Une vérification du Barreau suit. Mais le Conseil de discipline ne la condamne pas pour le contenu de cette critique : il la déclare coupable d’avoir répondu de façon incomplète à un syndic adjoint malgré un rappel. Sanction : trois mois et un jour de radiation.
Le dossier Alexandra Captariu offre l’une des chronologies les plus resserrées de cette série. Une critique publique vise la direction d’une faculté de droit. Le Bureau du syndic lui demande ensuite de préciser sur quoi elle fonde ses propos. Quelques mois plus tard, le Conseil de discipline la déclare coupable d’une seule infraction et lui impose une radiation temporaire.
Mais il faut résister à un raccourci séduisant : l’avis officiel ne dit pas qu’elle a été radiée pour avoir critiqué la doyenne. Il dit qu’elle a fait défaut de répondre de façon complète à une communication d’un syndic adjoint malgré un rappel, en contravention à l’article 135 du Code de déontologie des avocats. Le contenu de sa dénonciation n’est pas déclaré faux ou diffamatoire dans l’avis public.
Une juriste au parcours international et universitaire
Selon son propre site professionnel, Alexandra Captariu est diplômée en droit de l’Université de Sherbrooke et a exercé comme avocate au Canada de 2020 à 2026. Avant son admission au Barreau, elle indique avoir travaillé dans le domaine juridique depuis 2008, principalement en Europe et au Canada.
Elle décrit une première pratique en entreprise couvrant notamment les contrats, le droit des affaires, la protection des renseignements personnels, le droit du travail et la propriété intellectuelle. Elle détient également, selon le même profil, un certificat en droit international privé de l’Université de Salzbourg, en Autriche.
Son lien avec la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke est antérieur au conflit de 2025. Elle dit y avoir été assistante de recherche auprès d’un professeur et avoir occupé des fonctions de rédactrice puis de rédactrice en chef du journal étudiant de la Faculté.
En 2026, elle se présente comme juriste et chercheuse et comme directrice adjointe de la Ligue des droits et libertés universitaires. Ses publications portent désormais largement sur la gouvernance universitaire, la magistrature, les ordres professionnels et les institutions juridiques.
Une critique publique de la direction de la Faculté de droit
En septembre 2025, Captariu commente sur LinkedIn une activité de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke consacrée à la justice et à l’accès à la justice. Elle vise nommément la doyenne Marie-Pierre Robert et Josée Chartier, directrice des affaires étudiantes et secrétaire de faculté.
Dans son commentaire, elle se dit choquée de les voir parler de justice et affirme qu’elles auraient posé des gestes ayant « miné la notion de justice ». Elle évoque également l’« impunité » des « gens bien connectés » et qualifie leur maintien en position d’autorité de honteux pour la Faculté.
Le commentaire renvoie à une publication de Claudiu Popa, chargé de cours et avocat, qui formulait des accusations beaucoup plus larges au sujet de l’attribution de contrats d’enseignement à la Faculté. Ces accusations ne sont pas présentées ici comme des faits établis. Elles ont donné lieu à des litiges, mais les décisions publiques retrouvées ne concluent pas à l’existence des « stratagèmes frauduleux » allégués.
La critique de Captariu vise explicitement des dirigeantes universitaires et leur légitimité à parler de justice. C’est cette publication qui forme le contexte de la vérification décrite par la presse et par Captariu elle-même.
Contexte de la séquence · septembre 2025Une demande : sur quoi fondez-vous ces affirmations ?
Selon la version détaillée publiée par Captariu après sa radiation, le syndic adjoint Sébastien Dyotte lui demande essentiellement d’indiquer sur quels éléments elle fonde sa critique. Elle affirme avoir répondu, avoir dirigé le syndic vers les informations publiques et vers le lien déjà joint à sa publication et considère avoir pleinement respecté son obligation de collaboration.
Cette version est directement contredite par le résultat disciplinaire officiel. Le Conseil de discipline conclut qu’à compter d’environ le 11 octobre 2025, Captariu a fait défaut de répondre de façon complète à une communication du syndic adjoint, et ce malgré un rappel.
La nuance est importante : le Conseil ne lui reproche pas, dans l’avis public, une absence totale de réponse. Il retient une réponse incomplète. Captariu soutient au contraire que sa réponse était complète et que le syndic disposait déjà des références nécessaires.
Article 135 : l’obligation de répondre au syndic
Le dossier porte le numéro 06-25-03640. Captariu porte alors le numéro de membre 338514-1 et avait exercé dans les districts de Montréal et de Saint-François.
Le 10 mars 2026, le Conseil de discipline du Barreau du Québec la déclare coupable sur un seul chef. L’infraction retenue est le défaut de répondre de façon complète à une communication d’un syndic adjoint malgré un rappel, en contravention à l’article 135 du Code de déontologie des avocats.
À la date de publication de cette fiche, EnDroit.ca n’a pas retrouvé dans les banques publiques consultées les décisions intégrales motivées du 10 mars et du 19 mai 2026. Nous ne leur attribuons donc pas de référence QCCDBQ non vérifiée et nous nous appuyons, pour le résultat officiel, sur l’avis de radiation publié par le Barreau.
Un seul jour qui change le régime de retour au Tableau
Le 19 mai 2026, le Conseil impose une radiation de trois mois et un jour sur ce seul chef. L’avis précise que la sanction devient exécutoire à l’expiration des délais d’appel conformément à l’article 158 du Code des professions. La radiation prend effet le 10 juillet 2026.
La durée mérite d’être rapportée exactement. En vertu de l’article 72 de la Loi sur le Barreau, une personne arrivée au terme d’une radiation de plus de trois mois doit demander sa réinscription suivant le régime prévu à l’article 70. Lorsqu’il s’agit d’une radiation imposée par le Conseil de discipline ou le Tribunal des professions, des exigences additionnelles relatives notamment à la réparation du préjudice et au paiement des sommes dues peuvent s’appliquer.
Trois mois et un jour franchit le seuil légal de « plus de trois mois » prévu par l’article 72. Nous ne prétendons toutefois pas que le Conseil a ajouté ce jour dans le but de déclencher ce régime. Sans la décision motivée complète, aucune intention ne peut être attribuée au choix précis de la durée.
Elle parle de représailles et de conflits d’intérêts
Après la publication de sa radiation, Captariu répond longuement. Elle affirme avoir collaboré avec le syndic et soutient que les prétentions du Barreau sont erronées. Elle accuse également le syndic adjoint Sébastien Dyotte d’avoir été en conflit d’intérêts en raison de liens universitaires ou associatifs qu’elle lui attribue avec des personnes visées par ses critiques.
Elle élargit ensuite son accusation à la direction du Barreau et au cabinet Cain Lamarre. Elle soutient que la procédure disciplinaire aurait constitué un règlement de comptes ou une vengeance institutionnelle à la suite de sa critique de Marie-Pierre Robert.
Aucune décision judiciaire ou disciplinaire publique retrouvée ne confirme ces accusations de représailles, de conflit d’intérêts, de trafic d’influence ou de corruption. Elles sont donc rapportées comme la position de Captariu, et non comme des conclusions établies.
Inversement, l’avis officiel très bref du Barreau ne tranche pas le bien-fondé des accusations initiales de Captariu contre les dirigeantes universitaires. Il constate une seule faute : sa réponse incomplète au syndic.
Les recours de Claudiu Popa ont produit des résultats défavorables
Les publications sur lesquelles Captariu appuie sa critique sont liées à plusieurs différends entre Claudiu Popa et l’Université de Sherbrooke. L’un d’eux concernait le refus par l’Université de reconnaître sa qualification professionnelle pour enseigner un cours de droit pénal.
Dans ce dossier, l’arbitre de grief donne raison à l’Université. La Cour supérieure rejette ensuite deux demandes de contrôle judiciaire dans 2024 QCCS 1490 et accueille la demande de l’Université visant à faire déclarer la procédure abusive. La Cour d’appel refuse la permission d’appeler dans 2024 QCCA 1039. La Cour suprême rejette l’autorisation d’appel le 16 janvier 2025, dossier 41496.
Ces décisions ne règlent pas nécessairement toutes les accusations publiques formulées par Popa et reprises par Captariu. Mais elles empêchent de présenter la thèse des « stratagèmes frauduleux » comme une conclusion déjà reconnue par les tribunaux. Le dossier public retrouvé contient au contraire plusieurs décisions procédurales et arbitrales défavorables à Popa.
Une radiation qui frappe une ancienne avocate, selon sa version
Dans sa réponse publique d’août 2026, Captariu affirme qu’au moment où elle apprend l’existence de la mesure, elle avait déjà démissionné du Barreau et quitté la pratique pour des raisons étrangères à cette enquête. Son propre site professionnel présente effectivement son exercice comme ayant duré de 2020 à 2026.
EnDroit.ca n’a pas retrouvé, dans les sources publiques consultées, un avis officiel donnant la date exacte de cette démission. Nous ne pouvons donc pas établir indépendamment qu’elle avait effectivement quitté le Tableau avant la décision sur sanction ou avant la prise d’effet de la radiation. Cette précision demeure, à ce stade, son affirmation.
Elle poursuit néanmoins ses activités publiques comme juriste et chercheuse. Son profil LinkedIn et son site personnel montrent qu’elle continue après juillet 2026 à publier des critiques particulièrement sévères contre des membres de la magistrature, le Barreau et des dirigeants universitaires.
Une critique, une vérification, puis une faute différente
Le dossier Captariu est révélateur précisément parce qu’il faut maintenir deux idées en même temps.
D’une part, la chronologie est claire : elle critique publiquement deux dirigeantes de l’Université de Sherbrooke; le Bureau du syndic intervient dans ce contexte; quelques mois plus tard, elle est radiée. D’autre part, la faute officiellement retenue n’est pas la critique elle-même. Le Conseil la sanctionne pour la manière dont elle répond à la vérification disciplinaire.
Cela empêche d’écrire honnêtement « elle a été radiée pour avoir dénoncé la doyenne ». Cela permet en revanche d’écrire, documents à l’appui : sa critique a précédé une enquête dont son défaut de collaboration jugé complet est devenu le seul chef disciplinaire et a mené à une radiation de trois mois et un jour.
Sept mois entre la publication et la sanction
Cette fiche distingue strictement le contexte déclencheur rapporté de la faute officiellement jugée. Alexandra Captariu a critiqué des dirigeantes universitaires avant l’intervention du syndic; toutefois, l’avis de radiation ne la condamne pas pour ces propos. Il la condamne pour avoir répondu de façon incomplète au syndic malgré un rappel.
Ses accusations de représailles, de conflits d’intérêts, de fraude, de corruption ou de collusion sont présentées comme ses allégations et non comme des faits judiciairement établis. Les résultats judiciaires défavorables dans certains litiges universitaires sous-jacents sont également inclus afin de présenter au lecteur le dossier dans son ensemble.
Décisions, documents et sources principales
Au 29 août 2026, EnDroit.ca n’a pas retrouvé de version publique accessible des décisions motivées sur culpabilité et sanction du Conseil de discipline dans le dossier 06-25-03640, ni de recours public identifiable au Tribunal des professions. L’avis officiel du Barreau demeure donc la source primaire utilisée pour les dates, le chef et la sanction. Cette fiche pourra être mise à jour si les décisions intégrales ou un recours deviennent accessibles.
EnDroit.ca maintient ce dossier comme une ressource permanente. Toute personne ou institution nommée peut transmettre une correction documentée ou un droit de réponse. Les éléments nouveaux vérifiables seront ajoutés à la fiche avec leur source.
