Admise au Barreau en 1972, Micheline Parizeau devient l’une des avocates les plus connues du droit familial québécois, écrit sur le droit pour le grand public et plaide jusque devant la Cour suprême. Sa manière particulièrement combative de conduire certains divorces finit toutefois par provoquer des condamnations judiciaires et disciplinaires graves. Radiée pour cinq ans, elle entreprend ensuite une longue bataille contre le refus du Barreau de la réinscrire. En 2011, la Cour d’appel lui donne raison dans un arrêt qui dépassera largement son seul cas; en 2012, la Cour suprême refuse au Barreau l’autorisation d’en appeler.
Le parcours de Micheline Parizeau ne se résume pas aux gestes graves qui ont mené à sa radiation. Pendant des décennies, elle est l’une des figures les plus connues du droit matrimonial québécois. Elle représente des parties dans des divorces fortement médiatisés, plaide jusque devant la Cour suprême et développe une image d’avocate redoutable, particulièrement auprès d’épouses de gens fortunés.
Son dossier est surtout exceptionnel parce que le conflit avec son ordre professionnel ne se termine pas avec la sanction. Après avoir purgé sa radiation, elle demande à revenir au Barreau. Le Barreau s’y oppose. Le Tribunal des professions lui donne raison; la Cour supérieure renverse cette décision; puis la Cour d’appel rétablit finalement sa réinscription et précise que le processus de retour à la profession ne doit pas devenir une nouvelle procédure disciplinaire portant essentiellement sur le passé déjà sanctionné. Le Barreau tente ensuite de porter l’affaire devant la Cour suprême, sans succès.
Une des grandes figures du droit familial québécois
Micheline Parizeau est admise au Barreau du Québec en 1972. Cinquante ans plus tard, le Barreau de Montréal la compte encore parmi les membres ayant atteint le cap des cinquante années d’admission. Sa carrière s’est presque entièrement développée autour du droit familial, des divorces complexes, de la garde d’enfants et des conflits patrimoniaux entre conjoints.
Les archives de presse des années 1980 et 1990 la décrivent comme une spécialiste fort connue du droit matrimonial. Droit-inc la présentera plus tard comme « l’avocate des grands divorces », réputée pour sa combativité dans les dossiers de personnes fortunées. Le portrait est important : bien avant que son nom devienne associé à la discipline professionnelle, Parizeau possède déjà une réputation nationale de plaideuse particulièrement pugnace.
Son parcours ne se limite pas à la salle d’audience. Un profil professionnel public lui attribue des chroniques juridiques dans Le Petit Journal puis La Presse au début des années 1970, ainsi que des ouvrages destinés au grand public, dont L’Amour et la loi et un livre sur les petites créances. La même source retrace également des admissions ou autorisations de pratique dans d’autres provinces canadiennes.
Une carrière de litige qui atteint le plus haut tribunal du pays
Le nom de Parizeau apparaît dans les dossiers de la Cour suprême bien avant son conflit disciplinaire. Dans M.E.M. c. P.L., entendu en 1991 et jugé en 1992, elle agit comme procureure dans un litige familial portant notamment sur les effets d’une entente matrimoniale. Le jugement est répertorié comme 1992 CanLII 113 (CSC).
Cette présence devant la Cour suprême confirme ce que rapportent les archives médiatiques : Parizeau n’était pas une praticienne marginale. Elle exerçait dans des dossiers complexes, à forts enjeux économiques et personnels, et sa réputation reposait largement sur une représentation agressive de ses clients.
Le contraste qui intéresse cette enquête est celui d’une avocate reconnue pendant des décennies pour sa combativité, puis sanctionnée très lourdement lorsque certains tribunaux et le Barreau considèrent que cette combativité a franchi des limites déontologiques.
Parcours professionnel · années 1970 à 1990Les juges commencent à dénoncer ses méthodes
Au début des années 1990, plusieurs décisions judiciaires deviennent très critiques à l’endroit de la manière dont Parizeau conduit certains dossiers. Dans une affaire de divorce, le juge Claude Tellier la condamne personnellement à une part importante des frais après avoir conclu à une multiplication abusive de procédures. D’autres jugements lui reprochent des réclamations excessives ou des comportements considérés comme incompatibles avec une conduite professionnelle normale.
Il faut rapporter ces décisions parce qu’elles forment le contexte réel de la plainte disciplinaire. Mais elles ne doivent pas effacer la nature de la pratique qu’elle exerçait : une représentation extrêmement combative de clients engagés dans des séparations à enjeux financiers considérables. Son avocat Julius Grey soutiendra plus tard, lors du débat sur sanction, que Parizeau avait contribué à faire évoluer le droit familial et qu’une profession d’avocat doit préserver la possibilité de défendre vigoureusement un client sans vivre constamment sous la menace d’une sanction.
Cette thèse de défense n’annule pas les manquements ultérieurement retenus. Elle expose toutefois l’autre lecture du conflit : où se trouve la frontière entre une représentation acharnée et une conduite qui compromet l’intégrité du processus judiciaire?
Quatorze chefs, six culpabilités et une radiation majeure
Une plainte disciplinaire comprenant quatorze chefs est déposée relativement à sa conduite dans un dossier familial. Selon le résumé de l’arrêt de la Cour d’appel, le Comité de discipline la déclare finalement coupable de six chefs, arrête les procédures sur un autre et l’acquitte des sept autres.
En 2000, le Comité impose notamment des radiations de sept ans sur trois des chefs, ainsi que d’autres sanctions distinctes. Parizeau porte le dossier en appel. En 2001, le Tribunal des professions confirme la culpabilité mais réduit la sanction principale de sept ans à cinq ans et réduit également une autre radiation de deux ans à trois mois.
Ces faits jouent fortement contre elle et doivent demeurer au centre de toute présentation honnête du dossier. Les accusations retenues dépassaient de beaucoup une simple querelle de ton avec un juge ou une institution : elles concernaient l’intégrité de la preuve et le déroulement même du processus judiciaire.
Elle ne se contente pas de subir la procédure
Les sources journalistiques rétrospectives indiquent que Parizeau a répondu aux procédures disciplinaires non seulement par les mécanismes d’appel, mais également par une poursuite contre le Barreau. Les détails de cette poursuite ne sont pas suffisamment documentés dans les sources publiques retrouvées pour en présenter ici les accusations comme des faits établis ou pour lui attribuer un résultat précis.
Ce qui est certain, en revanche, est que le conflit institutionnel se poursuit après la radiation. Parizeau quitte le Québec pendant une partie de cette période et peut continuer à s’appuyer sur son admission en Alberta. Lorsque les cinq années sont purgées, elle revient demander sa réinscription au Barreau du Québec.
C’est à ce moment que le dossier devient particulièrement pertinent pour cette enquête : la question n’est plus de savoir si elle a commis les infractions initiales — ces culpabilités sont alors acquises — mais de savoir jusqu’où le Barreau peut continuer à utiliser son passé pour lui refuser le retour à la profession après l’expiration de la sanction.
Le Barreau refuse de la laisser revenir
En 2005, Parizeau demande sa réinscription conformément aux articles 70 et 72 de la Loi sur le Barreau. La syndique du Barreau et le Conseil du Barreau de Montréal s’y opposent. Le Comité des requêtes l’entend et examine non seulement les infractions déjà sanctionnées, mais aussi plusieurs anciens jugements contenant des commentaires défavorables à son égard.
Parizeau soutient alors qu’elle a changé et qu’elle est prête à reprendre la profession autrement. Ses procureurs contestent la pertinence de certains éléments anciens, notamment parce qu’ils n’avaient pas donné lieu à des plaintes disciplinaires ou avaient déjà été considérés dans les procédures antérieures. Le Comité des requêtes n’est pas convaincu : il estime essentiellement qu’elle continue à chercher à justifier sa conduite plutôt qu’à reconnaître pleinement son caractère condamnable.
Le 20 février 2007, sa demande de réinscription est refusée. Parizeau porte cette décision devant le Tribunal des professions.
Le passé ne peut pas devenir toute l’enquête
Le 3 décembre 2008, dans Parizeau c. Barreau du Québec, 2008 QCTP 215, le Tribunal des professions accueille son appel et ordonne sa réinscription. Selon les résumés juridiques de la décision, le Tribunal considère que le Comité des requêtes a fait du passé de Parizeau le point focal de l’enquête et a insuffisamment tenu compte d’une preuve favorable et non contredite sur son évolution.
Le Tribunal retient aussi un problème d’équité procédurale. Il estime que la procédure de réinscription ne peut fonctionner comme une nouvelle audience disciplinaire permettant de rejuger indéfiniment des conduites déjà sanctionnées ou des faits anciens qui n’ont jamais conduit à une condamnation disciplinaire.
Après avoir purgé sa radiation, Parizeau obtient du Tribunal des professions une décision ordonnant son retour au Tableau. Le Barreau conteste alors cette décision devant la Cour supérieure.
2009 : la Cour supérieure rétablit le refus
Le Barreau demande le contrôle judiciaire de la décision du Tribunal des professions. Le 10 novembre 2009, la Cour supérieure accueille le recours dans 2009 QCCS 5071. Elle casse la décision du Tribunal et rétablit celle du Comité des requêtes refusant la réinscription.
À ce stade, Parizeau se retrouve donc à nouveau exclue du Barreau malgré l’expiration depuis plusieurs années de sa radiation initiale. Elle ne s’arrête pas là et porte le jugement devant la Cour d’appel du Québec.
Une victoire qui dépasse son dossier personnel
Le 18 août 2011, la Cour d’appel accueille l’appel de Parizeau dans Parizeau c. Barreau du Québec, 2011 QCCA 1498 et rétablit la décision du Tribunal des professions permettant sa réinscription.
L’arrêt devient important bien au-delà du parcours de Parizeau. La Cour d’appel précise que le Tribunal des professions exerce une véritable fonction d’appel, et non une simple révision judiciaire déférente des décisions prises par les organismes professionnels. SOQUIJ décrira plus tard cet arrêt comme ayant « remis les pendules à l’heure » sur le rôle du Tribunal des professions.
Plus directement encore pour Parizeau, la Cour explique que l’article 70 de la Loi sur le Barreau n’a pas pour objet de sanctionner à nouveau la conduite passée d’une personne qui demande sa réinscription ni de transformer cette demande en enquête essentiellement disciplinaire sur des fautes anciennes qui auraient déjà été sanctionnées ou auraient dû l’être autrement.
Cette conclusion ne blanchit aucunement Parizeau des infractions commises dans les années 1990. Elle dit autre chose : une sanction arrivée à terme ne permet pas nécessairement à l’institution de refaire indéfiniment le procès du passé pour empêcher le retour au Tableau.
La dernière tentative échoue
Le Barreau du Québec demande l’autorisation de porter l’arrêt de la Cour d’appel devant la Cour suprême du Canada. Le dossier reçoit le numéro 34495. La Chambre des notaires tente également d’intervenir et de soulever une nouvelle question.
Le 15 mars 2012, la Cour suprême rejette la demande d’autorisation d’appel du Barreau et rejette aussi la requête en intervention. Fait notable, le rejet est prononcé avec dépens en faveur de Micheline Parizeau. L’arrêt de la Cour d’appel demeure donc intact et sa réinscription est définitivement acquise dans cette séquence.
Pour cette enquête, il s’agit d’un élément particulièrement important : contrairement à plusieurs dossiers où les accusations d’acharnement institutionnel demeurent uniquement celles de l’avocat sanctionné, Parizeau obtient ici une victoire judiciaire réelle contre la position défendue par le Barreau.
Elle reprend la pratique et atteint cinquante ans d’admission
Après le refus de la Cour suprême d’entendre le Barreau, Parizeau peut reprendre sa pratique au Québec. Des sources médiatiques la montrent à nouveau active comme avocate dans les années suivantes. Le rapport annuel 2022-2023 du Barreau de Montréal la compte parmi les avocats ayant atteint le cap de cinquante années d’admission.
Micheline Parizeau meurt en 2025 à l’âge de 80 ans. Les notices publiées à son décès résument encore sa carrière par le même contraste : une avocate extrêmement connue et redoutée en droit de la famille, une radiation pour des manquements très graves, puis une longue bataille pour retrouver le droit d’exercer.
Une faute grave, une sanction purgée, puis une institution qui voulait encore dire non
Le dossier Parizeau oblige à tenir ensemble deux réalités. Les fautes disciplinaires initiales sont graves et directement reliées à l’intégrité de la justice : fausse preuve, incitation au parjure, destruction de preuve et procédures inutiles. Il serait trompeur de présenter sa radiation comme une simple réaction à sa combativité ou à ses critiques.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une fois la radiation purgée, le Barreau continue de s’opposer à son retour. Parizeau conteste cette position pendant des années. Le Tribunal des professions lui donne raison; la Cour supérieure lui donne tort; la Cour d’appel lui redonne raison et formule un principe important limitant la possibilité de transformer la réinscription en seconde discipline. Le Barreau tente ensuite d’obtenir l’intervention de la Cour suprême et échoue.
Le contre-récit n’est donc pas que Micheline Parizeau « n’avait rien fait ». Les documents disent le contraire. Le contre-récit est qu’une avocate ayant purgé une lourde sanction a dû mener une autre bataille de plusieurs années pour faire reconnaître que la fin d’une radiation doit aussi avoir un sens juridique.
De l’avocate des grands divorces à une victoire contre le Barreau
Cette fiche ne soutient pas que Micheline Parizeau a été radiée parce qu’elle critiquait le Barreau ou parce qu’elle défendait ses clients avec vigueur. Les décisions disciplinaires retiennent des manquements autonomes et graves concernant notamment la preuve, le parjure et la procédure.
Le dossier est conservé parce que la séquence institutionnelle postérieure est exceptionnellement documentée : après avoir purgé sa radiation, Parizeau conteste pendant plusieurs années le refus de sa réinscription et obtient finalement gain de cause devant la Cour d’appel. L’arrêt 2011 QCCA 1498 limite explicitement la possibilité de transformer le processus de réinscription en nouvelle sanction du passé. Le pourvoi du Barreau à la Cour suprême n’est pas autorisé.
Décisions, documents et sources principales
Cette affaire est ancienne et certaines décisions disciplinaires initiales ne sont pas aisément accessibles dans les banques publiques actuelles. Pour les chefs, sanctions et étapes de la procédure, EnDroit.ca s’appuie principalement sur le résumé détaillé reproduit dans l’arrêt de la Cour d’appel de 2011, le registre de la Cour suprême et les analyses juridiques contemporaines citées. Les étapes de réinscription de 2008 à 2012 sont, elles, abondamment documentées.
EnDroit.ca maintient ce dossier comme une ressource permanente. Toute personne ou institution nommée peut transmettre une correction documentée ou un droit de réponse. Les éléments nouveaux vérifiables seront ajoutés à la fiche avec leur source.
