Ancien procureur de la Couronne devenu avocat de la défense, Jean-Roch Parent entre dans une période de confrontation répétée avec juges, policiers, confrères et institutions. Il accuse notamment des juges de partialité ou remet en question leur compétence en audience. Mais son dossier disciplinaire va beaucoup plus loin : absences au tribunal, manquements envers des clients, problèmes de fidéicommis et appropriation de sommes. Radié provisoirement en 2019, puis sanctionné à plusieurs reprises, il est aujourd’hui revenu à la pratique.
Jean-Roch Parent est un cas où la prudence méthodologique est indispensable. Plusieurs de ses infractions disciplinaires concernent directement sa manière de s’adresser aux juges et son rapport à l’autorité judiciaire. Il a accusé un juge de partialité, remis en question les connaissances juridiques d’un autre et été expulsé d’une salle d’audience après avoir continué d’intervenir malgré les ordres du tribunal.
Mais il serait trompeur de réduire sa radiation à ces prises de position. Ses dossiers comprennent également des manquements envers plusieurs clients, des défauts de comparaître, des sommes non déposées en fidéicommis et des appropriations d’argent. Dans son cas, la critique institutionnelle existe, mais elle ne constitue qu’une partie d’un ensemble disciplinaire beaucoup plus large.
Université Laval, Barreau et carrière au DPCP
Le cabinet Lacoursière Avocats, où Jean-Roch Parent pratique aujourd’hui, indique qu’il obtient son baccalauréat en droit de l’Université Laval en 2001 et qu’il est admis au Barreau du Québec en 2002. Son profil LinkedIn public concorde avec sa formation à l’Université Laval.
Parent travaille ensuite comme procureur au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Les décisions disciplinaires le décrivent comme un ancien avocat du DPCP devenu avocat de la défense en droit criminel et pénal.
Son passage à la poursuite se termine dans un contexte personnel difficile. En 2015, la presse rapporte qu’il plaide coupable à une accusation de harcèlement criminel concernant son ex-conjointe ainsi qu’à trois violations d’engagement. Il reçoit une absolution conditionnelle. Quelques jours plus tard, il annonce son retour en pratique, cette fois comme avocat de la défense.
2018 QCCDBQ 45 : une remarque sexuelle envers une consœur
Avant les dossiers qui entraîneront sa radiation prolongée, Parent est déjà déclaré coupable dans Barreau du Québec (syndic adjoint) c. Parent, 2018 QCCDBQ 45.
Dans un local réservé aux avocats au palais de justice de Québec, il prononce à haute voix une remarque à caractère sexuel et particulièrement vulgaire lors d’une discussion entre confrères. Parent admet les faits, soutient qu’il s’agissait d’une blague et fait valoir qu’il s’est excusé lorsqu’il a constaté le malaise provoqué.
Le Conseil conclut néanmoins qu’il n’a pas agi avec honneur, dignité, intégrité, respect, modération et courtoisie. Ce premier dossier est important parce qu’il précède les accusations de partialité formulées plus tard contre certains juges et démontre que ses difficultés déontologiques ne commencent pas avec une critique du système judiciaire.
Compétence, susceptibilité et partialité
Le dossier 06-18-03109 porte sur un événement du 11 mai 2017. Le Conseil déclare Parent coupable d’avoir manqué de respect et de courtoisie envers le tribunal en formulant des remarques portant sur les connaissances personnelles en droit du juge. La sanction sera une radiation de trois jours.
En 2018, d’autres incidents surviennent. À la Cour municipale de Québec, il remet en question la juge Joanne Tourville et lui dit notamment qu’elle est « susceptible », l’invitant à se « défâcher ». Dans une autre audience, devant la Cour supérieure, un comportement sarcastique similaire est reproché envers le juge Raymond Pronovost.
Lors d’une autre affaire, le Barreau lui reproche d’avoir persisté à intervenir pendant la plaidoirie et les observations d’une procureure du DPCP malgré l’ordre du juge de cesser. Le tribunal finit par l’expulser de la salle d’audience puis doit lui adresser deux nouvelles mises en garde.
Lors de sa propre procédure criminelle découlant d’une arrestation de 2017, Parent soulève également une crainte de partialité envers le juge Louis Dionne après qu’une jurée eut été interrogée sur la possibilité d’avoir été « menacée ». Il annonce une requête en récusation ou en arrêt des procédures, qui ne sera finalement pas présentée sous la forme annoncée.
« Vous êtes partial », fait partie des propos attribués à Parent dans la couverture de sa radiation provisoire.
Journal de Québec · janvier 2019Son ancienne institution appelée à se retirer
En juillet 2017, Parent fait lui-même face à des accusations criminelles à la suite d’une interception policière. Son avocate et associée, Me Mélissa Laberge, annonce alors qu’elle demandera que le DPCP soit déclaré inhabile à poursuivre le dossier.
La thèse est que Parent a travaillé pendant plusieurs années avec des procureurs de cette institution et que ces relations créeraient un conflit d’intérêts. Cette position appartient à la défense de Parent; les sources consultées ne permettent pas de dire qu’un tribunal a reconnu l’existence du conflit allégué.
Ce volet montre néanmoins qu’au moment où ses relations avec les tribunaux deviennent plus conflictuelles, Parent se retrouve aussi en opposition avec son ancien employeur institutionnel.
Le Conseil invoque la protection du public
Le 4 janvier 2019, dans le dossier 06-18-03171, le Conseil de discipline ordonne la radiation provisoire de Parent. La mesure prend effet le 9 janvier 2019 à 18 h 40.
L’avis officiel ne fonde pas cette mesure sur les seules altercations avec des juges. Il énumère des reproches concernant directement la représentation d’un client : défaut de se présenter au tribunal sans prévenir, défaut de transmettre des offres de règlement du DPCP, défaut d’informer le client d’une audience, manque de disponibilité, absence de dépôt d’une avance de 2 000 $ en fidéicommis et appropriation de cette somme.
La radiation provisoire est une mesure de protection et non une déclaration de culpabilité. Mais dans le cas Parent, elle marque le moment où plusieurs dossiers distincts — conduite en salle d’audience, relations avec les clients et gestion d’argent — convergent vers une suspension immédiate du droit de pratique.
Juges, agent correctionnel, confrère et client
Les dossiers 06-18-03129, 06-18-03161 et 06-18-03171 donnent lieu à des déclarations de culpabilité les 10 avril et 29 mai 2019.
Le 21 août 2019, le Conseil impose plusieurs radiations : huit mois sur certains chefs, douze mois sur d’autres et jusqu’à seize mois pour les deux principaux chefs du dossier 06-18-03161. Ces périodes sont concurrentes.
Compte tenu du temps déjà passé sous radiation provisoire, l’avis officiel fixe le reliquat à purger à huit mois et dix-huit jours à compter du 28 septembre 2019.
Entrave et intimidation de policiers
La discipline professionnelle se déroule parallèlement à un dossier criminel sans rapport direct avec ses critiques envers les juges. Le 4 mai 2017, Parent est intercepté par deux policiers de la Sûreté du Québec pour une infraction routière. Une vidéo déposée en preuve le montre notamment dire à un policier : « Touche-moi pas, touche-moi pas, je te cogne ! ».
Le 20 février 2019, un jury le déclare coupable de trois chefs sur quatre : entrave au travail des policiers, entrave à la justice par intimidation d’un policier afin qu’il cesse son intervention et intimidation d’une personne associée au système judiciaire. Il est acquitté du quatrième chef.
Le 11 novembre 2019, il reçoit une peine de six mois d’emprisonnement et une probation de dix-huit mois. La Cour d’appel le remet ensuite en liberté pendant qu’il conteste la peine. Cette fiche ne prétend pas avoir retrouvé l’issue finale publique de cet appel et n’en invente aucune.
D’autres accusations d’intimidation et de harcèlement déposées en 2019 seront, elles, retirées en novembre de la même année en échange d’un engagement de garder la paix pendant douze mois.
38 400 $ en avances d’honoraires au cœur d’un autre dossier
La procédure disciplinaire ne s’arrête pas avec les sanctions de 2019. Dans le dossier 06-19-03206, Parent est déclaré coupable le 12 février 2020 de dix-sept chefs concernant plusieurs clients et des faits survenus entre 2016 et 2019.
L’avis officiel décrit notamment le défaut de transmettre une offre de règlement, des manquements répétés de diligence, cinq défauts de remettre des reçus pour un total de 13 000 $ en espèces, seize défauts de déposer en fidéicommis des avances totalisant 38 400 $ et seize appropriations de ces sommes ou d’une partie importante de celles-ci sans facturation correspondante.
Le Conseil impose notamment des radiations de six mois sur les chefs d’appropriation. Les sanctions sont concurrentes. Parent renonce à son délai d’appel le 7 juillet 2020 pour certains chefs, selon l’avis officiel.
Ce deuxième grand dossier confirme pourquoi son cas ne peut raisonnablement être présenté comme une radiation essentiellement causée par son opposition aux juges : une partie considérable de la discipline concerne la protection financière et professionnelle de ses clients.
Avocat chez Lacoursière Avocats en 2026
Contrairement à plusieurs personnes de cette série, Parent est aujourd’hui de nouveau inscrit dans la profession. Le site actuel de Lacoursière Avocats, cabinet de Québec, le présente comme avocat au sein de son équipe, avec son année d’admission au Barreau — 2002 — et ses coordonnées professionnelles.
Son profil LinkedIn public le rattache également à ce cabinet. Il est donc inexact de le qualifier aujourd’hui d’« ex-avocat » sans précision temporelle : il a été radié à plusieurs reprises, mais a par la suite été réadmis et exerce de nouveau.
Le registre historique des avis du Barreau contient par ailleurs un autre avis à son nom en novembre 2022, dossier 06-22-03395. Les recherches effectuées pour cette fiche n’ont pas permis d’en récupérer de façon suffisamment fiable le contenu détaillé à partir du lien d’archive; nous ne lui attribuons donc aucun fait ou motif non vérifié.
Une critique des institutions, mais surtout une accumulation de conduite
Le parcours de Jean-Roch Parent mérite d’être examiné ici parce qu’il a ouvertement contesté l’autorité de plusieurs acteurs du système : juges qu’il estime partiaux ou dont il questionne les compétences, ancien employeur DPCP que sa défense veut faire déclarer inhabile, policiers dont il conteste la conduite lors de son arrestation.
Mais son dossier oblige aussi à distinguer clairement la critique institutionnelle des autres motifs disciplinaires. Ici, la radiation ne peut sérieusement être expliquée uniquement par la critique institutionnelle. Les documents officiels démontrent des infractions autonomes et nombreuses liées aux clients, à la diligence et à l’argent détenu en fidéicommis.
La séquence demeure instructive : ancien procureur → passage à la défense → confrontation croissante avec les tribunaux et son ancienne institution → multiplication des dossiers disciplinaires → radiation provisoire → condamnations disciplinaires et criminelles → nouvelles radiations → retour ultérieur à la pratique. Mais la causalité doit rester là où les documents la placent : dans un ensemble de comportements distincts.
D’un procureur de la Couronne à une radiation, puis un retour
Cette fiche ne soutient pas que Jean-Roch Parent a été radié parce qu’il avait mis en cause des juges, le DPCP ou des policiers. Plusieurs chefs disciplinaires portent effectivement sur ses attaques contre l’autorité judiciaire, mais de nombreux autres concernent des clients, la diligence, les comptes en fidéicommis et l’appropriation de fonds.
Les contestations de partialité ou de conflit d’intérêts qu’il a formulées sont présentées comme sa position ou celle de sa défense, sauf lorsqu’une décision judiciaire les confirme expressément. Les condamnations criminelles, accusations retirées et sanctions disciplinaires sont distinguées les unes des autres.
Décisions, avis et sources principales
Les avis officiels du Barreau établissent les dates, chefs et sanctions décrits dans cette fiche. Le registre du Barreau répertorie également un avis daté du 8 novembre 2022 au dossier 06-22-03395, mais le lien d’archive consulté ne permettait pas d’en isoler de façon fiable le contenu. EnDroit.ca n’attribue donc à ce dossier aucun motif ou sanction non vérifié.
EnDroit.ca maintient ce dossier comme une ressource permanente. Toute personne ou institution nommée peut transmettre une correction documentée ou un droit de réponse. Les éléments nouveaux vérifiables seront ajoutés avec leur source.

