J’ai reçu une demande d’entrevue d’un média de vérification factuelle. Je publie l’échange au complet. Sans coupure, sans modification, sans retouche. Vous y trouverez mes réponses sur la DPJ, sur l’accès à la justice, sur notre mission, sur mon parcours, sur ma condition et sur notre utilisation de l’intelligence artificielle. Je n’ai rien à cacher. Vous m’avez donné votre confiance. Vous avez le droit de voir à qui vous l’avez donnée. Voici l’intégralité.
Bonjour M. Gagné, je suis la rédactrice-cheffe de VérifRadar, une salle de vérification factuelle émergente basée au Québec. Seriez-vous disponible pour une entrevue cette semaine ?
Oui c’est possible
Super, quel moment vous convient le mieux ?
Je suis disponible en tout temps par écrit. Vous n’avez qu’à m’écrire à endroit.ca@outlook.com et ça me fera plaisir de répondre à toutes vos questions, au meilleur de ma connaissance et de celle de nos collaborateurs.
Comme vous le savez, je suis une personne neurodivergente et il m’est plus facile de bien répondre lorsque j’ai le temps de le faire et que c’est par écrit.
Et si j’ai bien compris qu’il s’agit d’un article et non d’un podcast, le format écrit devrait fonctionner parfaitement pour nous deux.
Pouvez-vous me préciser l’angle de votre article? Ça me permettra de préparer les documents et les sources pertinents à l’avance.
Oui, c’est pour un article concernant vos activités sur les réseaux sociaux. Un entretien de vive voix serait préférable si vous le pouvez.
Je comprends votre préférence, mais je maintiens l’écrit, pour deux raisons.
La première est personnelle. Je suis une personne neurodivergente : j’ai le syndrome de Gilles de la Tourette et je suis sur le spectre de l’autisme. Quand je fais une vidéo pour les réseaux sociaux, il m’arrive de reprendre cinquante fois avant d’obtenir une prise utilisable. Au téléphone, c’est la même chose. Je comprends que vous souhaitiez des réponses spontanées, mais dans ma situation, l’écrit est ce qui me permet d’avoir tous mes moyens.
La seconde est éditoriale. Nous travaillons avec des conseillers sur la plateforme, et je dois tenir compte de leurs recommandations.
Cela dit, je suis entièrement ouvert. Posez-moi vos questions et j’y répondrai, aussi complètement que vous le souhaitez. Je peux également vous fournir les documents pertinents, dans la mesure où j’ai le droit de les transmettre.
Et je réitère ma question : quel est l’angle de votre article? Vos activités sur les réseaux sociaux, c’est le sujet. Ce que je cherche à savoir, c’est ce que vous voulez établir et sur quelles affirmations précises vous souhaitez m’entendre. Ça me permettra de préparer les bonnes sources.
Au plaisir de vous lire.
Fondamentalement, je souhaite approcher cette conversation avec curiosité et comprendre vos démarches. J’ai trouvé plusieurs indications que le contenu que vous partagez sur les réseaux sociaux est généré par IA et je voulais vous donner la chance de vous expliquer sinon de fournir des preuves appuyant leur véracité.
Je voudrais aussi savoir ce que vous reprochez à la DPJ, et quelles solutions vous proposez ?
J’aimerais en savoir plus sur votre background et vos motivations dans vos divers projets
De plus, j’aimerais connaître votre point de vue sur l’IA ?
Merci pour la précision. Je peux vous répondre immédiatement, et sans détour.
Oui, une grande partie de notre contenu visuel est généré par intelligence artificielle. Ce n’est pas une révélation : c’est écrit dans notre signature même — l’information comme levier, l’intelligence artificielle comme égalisateur. C’est notre mission déclarée, pas une pratique dissimulée.
La raison est simple. Nous publions des témoignages de personnes en protection de la jeunesse, de victimes de violence conjugale, d’enfants placés. Nous ne pouvons pas illustrer ces textes avec de vraies photos. Ce serait à la fois illégal et irresponsable. Les images générées nous permettent d’illustrer sans jamais exposer personne.
Cela dit, je veux qu’on distingue deux choses, parce que votre formulation les confond. L’usage de l’IA pour produire des images ou structurer une mise en page n’a rien à voir avec la véracité du contenu. Nos recherches sont faites par des humains. Nos sujets sont choisis par des humains. Nos documents — jugements, décisions, correspondances — sont obtenus, lus et vérifiés par des humains. Nos décisions éditoriales sont humaines. L’IA sert à la forme, jamais à établir un fait.
Si vous avez relevé une affirmation factuelle inexacte dans nos publications, dites-moi laquelle et je vous fournirai la source. C’est exactement le genre de vérification que nous faisons quotidiennement.
Mais si votre question porte sur l’usage de l’IA comme tel, la réponse est publique depuis le premier jour, et je l’assume entièrement : sans elle, une plateforme citoyenne bénévole ne pourrait pas produire le volume nécessaire pour faire contrepoids à des institutions qui disposent de services de communication complets.
Pouvez-vous me préciser quelles indications vous avez relevées, et sur quels contenus? Je vous répondrai point par point.
Une dernière chose, par souci de transparence totale : cette réponse a été structurée avec l’aide de l’intelligence artificielle. Je vous le dis sans détour, parce que c’est précisément la démonstration de ce que j’avance. Sans cet outil, je ne pourrais pas vous répondre avec cette clarté, dans ce délai, tout en gérant le reste de mes journées. Les idées, les faits et les positions sont les miens. La forme, elle, m’est accessible grâce à un outil qui compense ce que ma condition ne me permet pas.
Et toujours par souci de transparence envers nos lecteurs, cet échange sera publié sur notre plateforme. Nous n’avons rien à cacher, et la confiance de nos lecteurs a été durement acquise.
J’ai également préparé mes réponses à vos autres questions sur la DPJ, mon parcours et l’intelligence artificielle. Je vous les envoie dans un message séparé, pour ne pas tout mêler.
D’accord. Je n’ai pas personnellement de difficultés à croire qu’autant de vraies personnes puissent participer à vos démarches, mais bien des gens se questionnent sur ce sujet.
Si vous voulez publier nos échanges de façon unilatérale après avoir accepté une entrevue écrite alors que ce n’était pas précisé de prime abord c’est votre choix.
Vous comprendrez comme moi que ce sujet sème des inquiétudes quant à la confiance institutionnelle, et qu’il est d’intérêt public de se pencher sur le sujet.
Par souci de transparence, vous auriez pourtant dû aussi mentionner cette dimension plus tôt.
Quels sont les principaux constats votre équipe?
Sur votre question concernant la DPJ
Je dois d’abord nuancer, parce que votre question est plus étroite que notre travail.
Nous ne reprochons rien à la DPJ en particulier. Nous documentons des mécanismes qui traversent l’ensemble du système judiciaire québécois — la protection de la jeunesse, oui, mais aussi les ordres professionnels, les tribunaux administratifs, les organismes de plainte. La DPJ est le sujet le plus visible parce que c’est celui qui génère le plus de témoignages, pas parce que c’est le seul.
Je vais donc vous répondre sur les mécanismes, et non sur une institution.
Le premier, c’est le déséquilibre. Un citoyen se présente seul, souvent sans avocat, face à une institution qui a ses juristes, ses experts et ses rapports. Beaucoup de gens sont trop riches pour l’aide juridique et trop pauvres pour un avocat.
Le deuxième, c’est la difficulté de contester ce qui est écrit à son sujet. Nous recevons régulièrement des témoignages de personnes qui affirment que des rapports contiennent des inexactitudes, sans mécanisme réel pour les corriger avant qu’elles soient reprises d’une décision à l’autre.
Le troisième, c’est l’absence de reddition de comptes accessible. Quand une personne veut porter plainte, elle se retrouve devant plusieurs instances aux mandats distincts, qui se renvoient souvent le dossier.
D’ailleurs, vous pourrez consulter sur notre plateforme un article écrit par deux avocats en exercice, membres du Barreau, qui documentent eux-mêmes cette inégalité telle qu’ils la perçoivent de l’intérieur. Je ne reprendrai pas leur texte ici, il est en ligne.
Les solutions que nous proposons
La première, et elle passe avant toutes les autres : revoir les systèmes d’autorégulation. Pas seulement la DPJ, mais l’ensemble des structures où un milieu juge ses propres membres. La solidarité entre pairs qui doivent se juger eux-mêmes est un problème majeur au Québec, et l’opacité qui en découle est le nœud de tout le reste.
Ensuite l’accès à l’information : des guides gratuits en langage clair, des modèles de procédures officiels, et de l’information sur les recours qui existent. Un citoyen qui comprend le processus n’est plus à la merci de ceux qui le maîtrisent.
Puis la transparence : des observateurs bénévoles dans les salles d’audience publiques. La publicité des débats est un principe fondamental de notre système, mais elle ne vaut que si quelqu’un est là pour l’exercer.
Et enfin la documentation : rassembler les témoignages pour montrer que ce qui semble être des cas isolés forme parfois un motif.
Mon parcours et mes motivations
Je ne suis pas avocat et je ne l’ai jamais prétendu. J’ai été confronté au système judiciaire dans mes propres dossiers et j’ai découvert ce que découvrent des milliers de gens : l’information existe, mais elle n’est pas accessible à ceux qui en ont le plus besoin.
Je suis une personne neurodivergente, avec un TDAH, le syndrome de Gilles de la Tourette et des traits du spectre de l’autisme, le tout documenté par expertise. C’est aussi pour ça que la question de l’accessibilité me touche personnellement.
Ma motivation est simple : personne ne devrait avoir à affronter la justice sans comprendre ses droits.
J’ajoute une chose que peu de gens savent. J’ai offert à plusieurs reprises aux institutions, à tous les niveaux — dans mes propres dossiers comme depuis que je suis fondateur de la plateforme — de collaborer avec elles. Chaque fois, l’offre a été refusée. J’ai même collaboré avec le Barreau du Québec : c’est l’ordre lui-même qui a mis fin à cette collaboration, par mise en demeure. Je peux fournir la correspondance sur demande.
Le jour où les institutions auront l’humilité de se regarder dans le miroir et d’accepter que le monde a changé en 2026, et que ce changement est irréversible, tout le monde en sortira gagnant — elles y comprises. Travailler avec les citoyens plutôt que de protéger un monopole sur l’information et sur l’accès au droit, c’est le seul chemin viable.
La question n’est plus de savoir si ça va se produire. C’est de savoir comment. On peut le faire ensemble, dans l’ordre. Ou on peut laisser le changement se faire dans le désordre.
Mon point de vue sur l’IA
Pour la première fois dans l’histoire, un citoyen vulnérable — sans argent, sans moyens, handicapé ou neurodivergent — peut produire lui-même, en quelques minutes, des documents conformes aux exigences du greffe. Avant, il n’avait aucune autre solution. C’est ça, l’égalisateur.
Mais un égalisateur n’est pas un substitut. L’IA ne détermine pas ce qui est vrai. Elle ne décide pas ce qui mérite d’être publié. Elle ne remplace ni la vérification par un professionnel, ni le jugement éditorial. Utilisée pour rendre l’information accessible à ceux qui n’y avaient pas accès, elle est un outil de démocratisation.
Nous l’avons déclarée publiquement dès le premier jour, avec un avertissement permanent invitant les lecteurs à toujours vérifier auprès d’un avocat ou des sources officielles.
Je n’ai pas dit avoir examiné vos contenus sur les réseaux sociaux, simplement que je voulais en discuter avec vous. Effectivement j’avais mal compris que vous vouliez publier nos échanges plus précisément.
VérifRadar ne publie pas seulement des vérifications des faits mais aussi des analyses et enquêtes.
Alors c’est parfait je crois que vous avez maintenant tout ce qu’il vous faut.
Ok.
Si vous vouliez toujours partager la MED du barreau vous êtes libre de le faire.
Elle se trouve disponible sur le site internet.
Toutes les pièces qui sont utilisées pour les fins de nos reportages se trouvent en version téléchargeable sur le site internet.
Avec tout le respect, je croyais que c’était justement le but de votre travail d’enquêter et de vérifier les faits?
Vous pouvez vous rendre dans la section pièces au soutien des enquêtes de notre plateforme.
Vous pourrez y trouver en même temps plusieurs très bons reportages d’enquête libres de droit d’auteur.
Merci
Nous avons une simple discussion, je n’ai pas dit que je publierais quoi que ce soit
Je suis simplement curieuse d’en apprendre plus sur ce que vous faites
J’apprécie que vous preniez le temps de me répondre
Bonne fin de journée
Voilà. Rien de plus, rien de moins.
Vous savez maintenant exactement ce que je réponds quand on me pose des questions — et vous savez aussi ce que je fais quand on me demande de ne pas les publier.
Merci de votre confiance.
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