Un père a fait tout ce qu’on lui demandait. Programme thérapeutique complété, attestation finale, déclarations sous serment, rapport d’enquête. Puis, comme rien n’avait changé, il a écrit à une chroniqueuse. Elle lui a répondu — et sa réponse explique pourquoi les journalistes ne peuvent pas raconter ces histoires.
Un citoyen nous a transmis un échange de courriels. Il l’a fait de lui-même, et il nous a autorisés à le publier.
Tout a été anonymisé : son nom, celui de ses enfants, ceux des intervenants et des organismes, ainsi que celui de la chroniqueuse à qui il avait écrit et celui de son journal. Nous ne conservons que sa fonction.
Ce qui reste, c’est ce qui compte.
D’abordUn homme qui a fait ce qu’on lui demandait
Deux semaines plus tôt, cet homme écrivait à une gestionnaire de son centre intégré de santé et de services sociaux. Le ton de sa lettre mérite d’être noté, parce qu’il ne ressemble pas à ce qu’on imagine.
« Je tiens d’abord à préciser que je ne prétends pas avoir toujours agi adéquatement. J’ai entrepris un travail important sur moi-même. Les documents joints témoignent d’ailleurs autant de mes difficultés initiales que du cheminement effectué depuis. »
Il ne nie rien. Il joint les pièces : l’attestation finale à la suite de la complétion de son programme thérapeutique, des déclarations sous serment, un rapport d’enquête. Il souligne qu’une personne extérieure était présente à une rencontre avec la DPJ et a décrit l’attitude qu’elle y a observée — et que son organisme avait offert ses locaux et son expertise pour faciliter les visites supervisées, sans obtenir de réponse.
Ce qu’il demande n’est pas non plus ce qu’on imagine.
« Je ne vous demande pas de prendre ma version pour acquise ni de remettre automatiquement en question le travail de vos employés. Je vous demande plutôt de regarder la situation avec un regard neuf, en tenant compte de l’ensemble de l’information disponible, y compris celle provenant de professionnels externes qui m’ont suivi sur une période beaucoup plus importante que quelques rencontres ponctuelles. »
Précisons une chose, parce qu’elle est nécessaire. Nous ne sommes pas intervenants et nous n’évaluons pas son dossier. Mais nous avons vu les attestations. Elles existent, elles ont été produites et signées par des professionnels, et elles ont été remises aux institutions concernées avant de nous parvenir. Ce n’est pas un homme qui affirme avoir fait des démarches : c’est un homme qui en fournit les preuves.
Et malgré tout ça, il en est rendu à écrire à une journaliste.
quand les démarches ont fonctionné.
EnsuiteLa réponse d’une chroniqueuse
Elle n’était obligée à rien. Elle reçoit ces dossiers par dizaines. Elle a pris le temps de répondre, et voici ce qu’elle a écrit, intégralement.
« L’acharnement et la mauvaise foi sont parmi les trames que je retrouve très souvent dans les cas cauchemardesques que je reçois et dans lesquels les parents lésés n’ont à peu près aucun recours. En raison des règles de confidentialité dont la DPJ se sert souvent pour se soustraire à toute reddition de compte, je suis obligée de rester très vague lorsque je parle d’un dossier, ce qui ne me permet donc pas de dénoncer une situation en particulier. Lorsque je parle d’un cas, je le fais de façon générale pour exposer une problématique plus large et non un dossier précis. Les rares cas que j’ai vus où des parents lésés ont pu obtenir justice se sont réglés devant un tribunal où un juge a fini par voir clair dans le jeu de la DPJ.
Je vous souhaite du courage, »
— Chroniqueuse
Ce que ça ditTrois choses, et elles ne viennent pas de nous
Ce n’est pas un cas isolé. Elle écrit qu’elle retrouve ces trames « très souvent », dans les cas « cauchemardesques » qu’elle reçoit. Ce n’est pas un citoyen qui prétend que d’autres vivent la même chose : c’est une professionnelle qui reçoit ces dossiers et qui y voit un motif.
Les journalistes ne choisissent pas de se taire. C’est le cœur de sa réponse, et c’est ce qu’on nous reproche chaque semaine — que les médias ne parlent jamais des vraies affaires. Elle explique pourquoi : les règles de confidentialité l’obligent à rester très vague, ce qui ne lui permet pas de dénoncer une situation en particulier. Elle parle donc de problématiques générales, jamais de dossiers précis.
Notez la formulation, parce qu’elle est sévère et qu’elle vient d’elle : ces règles, écrit-elle, la DPJ s’en sert souvent pour se soustraire à toute reddition de compte.
La confidentialité existe pour protéger les enfants. C’est légitime, et personne de sérieux ne demande de l’abolir. Mais quand la même règle empêche aussi d’examiner publiquement la conduite de l’institution, elle cesse d’être seulement un bouclier pour les enfants. Elle en devient un pour l’organisme.
Et il n’y a qu’une porte de sortie. Les rares cas où des parents lésés ont obtenu justice, dit-elle, se sont réglés devant un tribunal, quand un juge a fini par voir clair. Pas grâce à une plainte. Pas grâce à un article. Pas grâce à un organisme de surveillance. Devant un juge, après des années — et à condition d’avoir tenu.
Un mot sur elleElle a répondu
Il faut le dire, parce que ce n’est pas rien.
Cette chroniqueuse reçoit ces dossiers en continu. Elle aurait pu ne pas répondre; personne ne le lui aurait reproché. Elle a plutôt pris le temps d’expliquer à un inconnu comment fonctionne son métier, pourquoi elle ne pourra pas écrire sur son cas, et ce qui a marché pour les rares qui s’en sont sortis.
Puis elle a terminé par quatre mots qui ne coûtent rien à écrire et qui valent beaucoup à recevoir quand on en est là : je vous souhaite du courage.
Alors non, on ne peut pas en vouloir aux journalistes. Ils sont, eux aussi, souvent bâillonnés par des règles de confidentialité qui servent trop souvent de bouclier aux institutions. Quand vous entendez quelqu’un dire que les médias ne parlent pas des vraies affaires, voilà l’explication — et elle ne vient pas de nous.
Cet échange nous a été transmis par le citoyen concerné, avec son autorisation de publication. Il a été intégralement anonymisé : les noms, coordonnées et éléments identifiants de toutes les personnes mentionnées ont été retirés, y compris ceux de la chroniqueuse et de son média, qui n’ont pas été sollicités et ne sont pas partie à cette publication. Les passages touchant la vie privée du citoyen, ses enfants et des tiers ont également été caviardés. Le document est offert en téléchargement dans cet état.
EnDroit.ca n’a pas évalué le dossier de protection de la jeunesse en cause et ne se prononce pas sur son bien-fondé. Nous avons pris connaissance des attestations professionnelles transmises par le citoyen, sans les analyser sur le fond. Aucune allégation contenue dans cet échange n’a fait l’objet d’une décision.
EnDroit.ca est une plateforme citoyenne indépendante d’information juridique. Ce texte ne constitue pas un avis juridique. Si vous vivez une situation semblable, communiquez avec le Commissaire aux plaintes et à la qualité des services de votre établissement, ou avec un avocat.
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