En mai 2025, trois policiers de la Régie intermunicipale de police Roussillon étaient suspendus pendant qu’une enquête de la Sûreté du Québec portait sur des allégations de nature criminelle, décrites par le Commissaire à la déontologie policière comme des allégations de trafic de stupéfiants. L’affaire avait fait les manchettes partout au Québec. Plus de quinze mois plus tard, nos recherches ne trouvent aucune accusation, aucune citation en déontologie et aucune couverture de suite. État des lieux d’un dossier resté sans suite publique.
Ce qui s’est passé le 7 mai 2025
Le mercredi 7 mai 2025, le directeur de la Régie intermunicipale de police Roussillon, Michel Guillemette, ordonne la suspension de trois de ses policiers. Il le confirme le surlendemain dans un communiqué publié sur le site du service : la mesure fait suite à une enquête de la Sûreté du Québec portant sur des allégations de nature criminelle.
Les trois policiers visés sont deux sergents-détectives et un patrouilleur. Ils sont suspendus avec solde. La Régie dessert sept municipalités de la Rive-Sud de Montréal — Candiac, Delson, La Prairie, Saint-Constant, Saint-Mathieu, Saint-Philippe et Sainte-Catherine — et compte 216 employés, dont 165 policiers.
Le directeur Guillemette a affirmé à Noovo Info avoir lui-même demandé cette enquête à la Sûreté du Québec.
Selon Radio-Canada, l’enquête de la Sûreté du Québec était déjà en cours depuis plusieurs mois au moment des suspensions.
Ce que les allégations visaient
La Sûreté du Québec n’a jamais confirmé publiquement la nature des allégations. Le capitaine Benoit Richard a déclaré à La Presse qu’il s’agissait d’un dossier actif et que la SQ ne commenterait pas sur ce point.
Selon les informations rapportées à l’époque par Radio-Canada et La Presse, sur la foi de leurs sources, les allégations tournaient autour du trafic de stupéfiants. Radio-Canada a rapporté que les trois agents étaient soupçonnés d’avoir utilisé leurs voitures-patrouilles pour effectuer des livraisons de stupéfiants ou participer à des activités criminelles, et que le trafic aurait bénéficié à des groupes de motards criminels. La seule source officielle qui qualifie la nature des allégations est le Commissaire à la déontologie policière, dont le site parle d’allégations de trafic de stupéfiants.
Le reportage de Radio-Canada faisait aussi état d’un second volet : on soupçonnait que des collègues au courant de la situation ne l’auraient pas dénoncée, alors que la Loi sur la police les y oblige.
L’enquête n’a pas été confiée au Bureau des enquêtes indépendantes. Le mandat du BEI vise les décès et blessures graves survenus lors d’une intervention policière ou d’une détention, les blessures causées par une arme à feu utilisée par un policier, les allégations d’infraction à caractère sexuel commise par un policier en service, et les allégations criminelles visant des policiers lorsque la victime ou la personne plaignante est membre des Premières Nations ou inuite. Le ministre peut aussi lui confier d’autres enquêtes. Ce dossier relevait plutôt du Service des enquêtes sur les normes policières de la Sûreté du Québec, qui a rencontré policiers et employés civils au quartier général de Candiac pendant plusieurs jours.
La distinction a une conséquence concrète sur l’information au public. Lorsque le BEI est saisi, le DPCP annonce publiquement sa décision de porter ou non des accusations. Ce mécanisme d’annonce ne s’applique pas ici.
Le Commissaire à la déontologie policière indique sur son site avoir pris connaissance de la situation dans les médias le 9 mai 2025. L’inscription figure dans la section « Enquêtes du Commissaire ». Le site ne précise pas s’il a formellement décrété une enquête ni à quelle date. Depuis le 5 octobre 2024, à la suite de l’entrée en vigueur de dispositions du projet de loi 14, le Commissaire peut décréter une enquête de sa propre initiative dans les situations d’intérêt public, notamment celles mettant en cause une infraction criminelle ou susceptibles de compromettre gravement la confiance du public envers les policiers. Un rapport doit lui être remis dans les six mois du décret de l’enquête, ce délai pouvant être prolongé dans des situations exceptionnelles telles qu’une enquête ou un procès criminel en cours.
Aucun des trois policiers n’a été identifié publiquement, ni en mai 2025 ni depuis. Aucune accusation n’a été portée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales. En l’absence de dénonciation déposée devant un tribunal, il n’existe aucun dossier public au plumitif.
Ce que nos recherches ont donné
Nous avons vérifié, le 28 août 2026, les sources où une suite à cette affaire aurait normalement été consignée.
- Accusations criminelles : nous n’avons repéré aucune accusation portée par le DPCP dans ce dossier. Sans dénonciation déposée, aucun numéro de dossier n’est consultable au plumitif criminel.
- Déontologie policière : nous n’avons trouvé aucune citation devant le Tribunal administratif de déontologie policière en lien avec ce dossier. Une citation aurait donné lieu à une audience publique.
- Communications de la Régie : le message du directeur daté du 9 mai 2025 demeure la dernière communication publique du service sur ce dossier que nous ayons trouvée.
- Couverture médiatique : nous n’avons trouvé aucun article publié sur ce dossier après mai 2025, ni dans la presse nationale ni dans la presse locale de la Rive-Sud.
Ces constats sont ceux de nos recherches. Ils ne signifient pas qu’il ne s’est rien passé : ils signifient que nous n’avons rien trouvé de public. Une enquête peut se poursuivre, une décision peut avoir été rendue sans être annoncée, une procédure interne peut suivre son cours.
Nous ignorons donc si des accusations ont été portées, si le dossier a été soumis au DPCP, si l’enquête se poursuit, et si les trois policiers ont repris leurs fonctions.
Les démarches entreprises
EnDroit.ca a déposé les demandes suivantes. Nous publierons les réponses intégralement, quelles qu’elles soient.
- Au Directeur des poursuites criminelles et pénales, sur l’état du dossier transmis par la Sûreté du Québec relativement à la Régie intermunicipale de police Roussillon.
- À la Régie intermunicipale de police Roussillon, sur le statut d’emploi actuel des trois policiers suspendus le 7 mai 2025 et sur la durée de la suspension avec solde.
- Au Commissaire à la déontologie policière, sur l’issue du dossier ouvert de sa propre initiative le 9 mai 2025.
- À la Sûreté du Québec, sur la date de transmission du dossier au DPCP, le cas échéant.
Toute personne détenant de l’information sur ce dossier — policiers, employés civils, résidents des municipalités desservies — peut nous écrire. Nos échanges demeurent confidentiels.
Toute personne qui estime qu’un policier a manqué à ses obligations peut porter plainte au Commissaire à la déontologie policière. La démarche est gratuite, elle se fait en ligne ou par la poste, et il n’est pas nécessaire d’être représenté par un avocat.
Présomption d’innocence. Aucune accusation n’a été portée contre les trois policiers visés par l’enquête de la Sûreté du Québec. Les allégations rapportées dans cet article n’ont été tranchées par aucun tribunal ni par aucune instance disciplinaire. Les policiers concernés n’ont jamais été identifiés publiquement et EnDroit.ca ne les identifie pas.
Droit de réplique. La Régie intermunicipale de police Roussillon, la Sûreté du Québec, le Directeur des poursuites criminelles et pénales et le Commissaire à la déontologie policière ont été contactés par EnDroit.ca le 28 août 2026. Toute réponse ou tout communiqué que nous recevrons sera publié intégralement dans un article de suivi.
Cet article repose sur des communiqués officiels, des reportages publiés et des vérifications effectuées auprès des registres publics au 28 août 2026. EnDroit.ca est une plateforme citoyenne indépendante d’information juridique, non affiliée à aucun corps de police ni à aucun organisme officiel. Ce texte ne constitue pas un avis juridique.
Sources
Régie intermunicipale de police Roussillon, « Suspension de trois policiers — message du directeur », 9 mai 2025 · Radio-Canada, « Trois policiers de Roussillon auraient travaillé pour les motards criminels », Pascal Robidas, 9 mai 2025 · La Presse, « Allégations de trafic de stupéfiants : trois policiers de la Régie intermunicipale de police Roussillon suspendus », Daniel Renaud, 9 mai 2025 · Noovo Info, « Allégations d’activité policière criminelle : la SQ enquête sur la police de Roussillon », 9 mai 2025 · CBC News, « 3 police officers on Montreal’s South Shore suspended over drug trafficking allegations », 9 mai 2025 · Le Reflet, « Régie de police Roussillon : trois policiers suspendus », 16 mai 2025 · Commissaire à la déontologie policière, section « Enquêtes du Commissaire », dossier ouvert le 9 mai 2025 · Loi sur la police, RLRQ c. P-13.1 · Bureau des enquêtes indépendantes, « Mandats et pouvoirs » et « Cheminement d’enquête », bei.gouv.qc.ca · Commissaire à la déontologie policière, trousse d’information sur le projet de loi 14, dispositions en vigueur le 5 octobre 2024 · Vérifications au Tribunal administratif de déontologie policière et aux registres publics, 28 août 2026.
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