Pendant près de quatorze ans, un psychologue mandaté par la DPJ, une avocate, deux ordres professionnels, le Tribunal des professions et la Cour supérieure se sont disputé le sens de dix minutes de conversation tenues dans un cubicule du palais de justice de Montréal. Notre équipe a reconstitué l’affaire à partir d’une douzaine de décisions publiques rendues entre 2012 et 2025, d’un décret gouvernemental et d’un avis de décès.
Les trois volets
La DPJ invoque le secret professionnel pour bloquer le témoignage de son propre expert
En 2011, le psychologue Éric Bergeron, mandaté par la DPJ, rend un rapport qui contredit une expertise défavorable au père. Après dix minutes avec l’avocate de la DPJ, il veut revenir devant le juge. La DPJ invoque alors le secret professionnel.
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Sanctionné pour bris de secret, Éric Bergeron gagne devant le Tribunal des professions
Il s’est vu imposer trois mois de radiation pour avoir raconté cette conversation. En 2022, le Tribunal des professions conclut que le secret ne s’appliquait pas. La syndique, appuyée par la DPJ, conteste jusqu’en Cour supérieure. Le psychologue meurt six semaines avant l’audience.
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Trois plaintes contre Éric Bergeron : jamais condamné pour la qualité de son travail
Trois plaintes disciplinaires distinctes. Chaque fois que la qualité de son travail d’expert a été contestée, il a été acquitté. Les condamnations portent sur ses communications et sur un dossier non remis au syndic, avec des sanctions bien moins lourdes que celles réclamées.
Lire le volet 3 →Trois institutions au dossier
Elle mandate l’expert en 2011, invoque le secret professionnel pour bloquer son nouveau témoignage, puis intervient en Cour supérieure pour appuyer la syndique de l’Ordre des psychologues.
Mis en cause devant la Cour supérieure en 2012, il appuie la requête de la DPJ sur le secret. Son conseil de discipline acquitte l’avocate de la DPJ visée par la plainte du père.
Devant la Cour supérieure, la DPJ intervient sous le nom de sa directrice, Assunta Gallo. Le 16 janvier 2025, entre l’audience et le jugement, le gouvernement la nomme vice-protectrice du citoyen.
- Rencontre avec l’avocate de la DPJ, témoignage d’Éric Bergeron, puis deux messages vocaux.
- La DPJ invoque le secret professionnel devant la Chambre de la jeunesse.
- La Cour supérieure confirme que l’expert peut témoigner de nouveau.
- Le Conseil de discipline du Barreau acquitte l’avocate de la DPJ.
- Première plainte disciplinaire contre Éric Bergeron devant l’Ordre des psychologues.
- Le conseil de discipline lui impose trois mois de radiation et 4 000 $ d’amende.
- Le Tribunal des professions conclut que le secret ne s’appliquait pas et réduit les sanctions.
- Décès d’Éric Bergeron.
- Audience en Cour supérieure sur le pourvoi de la syndique, appuyée par la DPJ.
- Assunta Gallo est nommée vice-protectrice du citoyen.
- La Cour supérieure rejette le pourvoi de la syndique.
- Protection de la jeunesse — 1271, 2012 QCCS 1092, Cour supérieure, 21 mars 2012.
- Conseil de discipline du Barreau du Québec, 2012 QCCDBQ 120, 13 décembre 2012.
- Psychologues (Ordre professionnel des) c. Bergeron, Conseil de discipline : 2017 CanLII 146092, 2018 CanLII 85048, 2019 CanLII 70703, 2022 QCCDPSY 6.
- Tribunal des professions : 2021 QCTP 75, 2021 QCTP 97, 2022 QCTP 30.
- Pépin c. Tribunal des professions, 2025 QCCS 673, Cour supérieure, 10 mars 2025.
- Décret 4-2025 du 16 janvier 2025, Gazette officielle du Québec, 5 février 2025.
- Avis de décès d’Eric Bergeron, Les Salons funéraires Guay, Rosemère.
Les ordonnances de non-publication rendues dans ces dossiers protègent l’identité des parents et des enfants. L’avocate de la DPJ a été acquittée par le Conseil de discipline du Barreau du Québec; les propos rapportés sont ceux que les décisions publiques attribuent à chacune des parties.
Toute personne concernée peut exercer son droit de réplique en écrivant à endroit.ca@outlook.com.

