L’avocate Marie-Claude Sarrazin, ancienne procureure de la commission Gallant et ex-présidente du conseil d’administration de la Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ), prend la tête du ministère de la Justice dans le premier gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon. Elle hérite d’un ministère confronté à d’importants défis en matière d’accès à la justice, de délais judiciaires et de confiance envers les institutions.
Le nouveau premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a dévoilé ce mercredi 21 octobre la composition de son premier Conseil des ministres, un peu plus de deux semaines après les élections générales du 5 octobre. Me Marie-Claude Sarrazin, élue députée péquiste de Groulx, se voit confier le portefeuille de la Justice.
Sa nomination attire l’attention en raison de son parcours. Contrairement à plusieurs nouveaux ministres issus de la vie politique, elle arrive avec près de 25 ans de pratique et une connaissance directe du contentieux, des institutions publiques, du droit disciplinaire et de la gouvernance. Elle prend les commandes d’un système judiciaire sous pression, où l’accès aux services juridiques, le coût des procédures, les délais devant les tribunaux et la situation des citoyens qui se représentent seuls font partie des enjeux les plus pressants.
Une carrière juridique de près de 25 ans
Diplômée en droit de l’Université de Montréal et membre du Barreau du Québec depuis 2002, Me Sarrazin a principalement exercé en litige civil, commercial et disciplinaire. Avant son engagement politique, elle était associée directrice du cabinet Sarrazin+Plourde. Elle a notamment représenté et conseillé des donneurs d’ouvrage publics, dont des universités et des sociétés d’État comme le Parc olympique, dans des dossiers de contrats publics, d’infrastructures, d’appels d’offres et de réclamations liées à la construction.
Ce parcours lui a donné une connaissance fine des relations entre les administrations publiques, leurs fournisseurs, leurs dirigeants et les mécanismes de contrôle qui les encadrent. Reste à voir comment cette expérience, acquise surtout dans des dossiers institutionnels et commerciaux, se traduira face aux difficultés que vivent quotidiennement les citoyens devant les tribunaux.
De la commission Gallant au ministère de la Justice
C’est surtout son rôle de procureure à la Commission d’enquête sur la modernisation des systèmes informatiques de la Société de l’assurance automobile du Québec, la commission Gallant, qui l’a fait connaître du grand public. Au cours de cette enquête sur le projet SAAQclic, elle a mené des interrogatoires portant sur les décisions administratives, les engagements contractuels et les mécanismes de surveillance du projet, ainsi que sur la circulation de l’information financière entre les dirigeants.
Cette expérience a été au cœur de son engagement politique. En annonçant sa candidature en août, elle insistait sur la responsabilité des dirigeants et la rigueur dans la gestion des fonds publics.
« Pour maintenir la confiance de la population, il faut d’abord assurer la responsabilité et l’imputabilité des dirigeants. »
Marie-Claude Sarrazin, lors de l’annonce de sa candidature, 20 août 2026.
Son passage à la commission Gallant pourrait influencer son approche de la surveillance et de la reddition de comptes au sein de l’appareil judiciaire. Ses premières orientations ministérielles diront quelles mesures elle entend réellement privilégier.
Une ancienne présidente de la SOQUIJ à la Justice
Un autre élément de son parcours mérite une attention particulière : Me Sarrazin a présidé le conseil d’administration de la SOQUIJ de 2018 à 2025. Cet organisme joue un rôle central dans la diffusion de l’information juridique au Québec, notamment par ses services de recherche et ses banques de décisions judiciaires, utilisés par les avocats, les journalistes, les chercheurs et les citoyens.
Sa nomination soulève des attentes concernant l’accessibilité de l’information judiciaire. La diffusion des jugements, les conditions d’utilisation des banques de jurisprudence et les possibilités de recherche sont devenues des enjeux majeurs à l’heure où les outils numériques permettent d’analyser un nombre croissant de décisions. Son expérience à la SOQUIJ représente une connaissance institutionnelle notable, sans permettre de présumer des décisions qu’elle prendra comme ministre.
L’accès à la justice, un chantier incontournable
Pour une partie de la population, l’accès à la justice demeure difficile en raison du coût des services juridiques, de la complexité des procédures et des délais pour obtenir une décision. Les citoyens qui ne peuvent pas retenir les services d’un avocat doivent souvent naviguer seuls dans un système dont les règles exigent des connaissances spécialisées. La nouvelle ministre devra aussi composer avec l’aide juridique, la modernisation des tribunaux, les services aux victimes, le droit familial et la confiance envers les institutions judiciaires.
La numérisation de la justice est un autre chantier important. Après la commission Gallant, Me Sarrazin possède une connaissance approfondie des risques des grands projets informatiques mal encadrés. Moderniser les systèmes et rendre la justice réellement accessible restent toutefois deux objectifs distincts : une réforme technologique ne garantit pas, à elle seule, une baisse des coûts ni une meilleure expérience pour les justiciables.
Les questions que notre équipe posera à la nouvelle ministre
Au cours des prochains mois, notre équipe entend interroger la ministre sur quatre enjeux qui touchent directement les citoyens :
- l’accès aux jugements et à l’information juridique;
- les mesures destinées aux justiciables qui se représentent seuls;
- l’amélioration de l’aide juridique et la réduction des délais judiciaires;
- la transparence des institutions chargées de l’administration de la justice.
Le parcours de Me Sarrazin témoigne d’une solide expérience des mécanismes de contrôle et de responsabilité des institutions publiques. Notre équipe suivra ses premières orientations, particulièrement en matière d’accès à la justice, de transparence judiciaire et de droits des justiciables.
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