Vingt-deux jours après l’élection québécoise du 5 octobre, Donald Trump a félicité Paul St-Pierre Plamondon pour sa victoire. Son message sur Truth Social accompagne un article qui présente l’arrivée au pouvoir du Parti québécois comme un revers pour le premier ministre canadien Mark Carney. Le geste est bref, mais il tombe au moment où Québec et Ottawa s’affrontent déjà, et où l’ombre de Washington plane sur le débat sur la souveraineté.
Le message a été publié mardi, 27 octobre, sur le réseau social du président américain. Traduit en français, il se lit ainsi : « Félicitations à Paul St-Pierre Plamondon pour sa VICTOIRE! Président DONALD J. TRUMP ».
Le Parti québécois a remporté l’élection du 5 octobre et forme un gouvernement minoritaire. Il compte 60 sièges depuis le dépouillement judiciaire de Vachon, qui lui a donné la circonscription par trois voix le 21 octobre. Le Conseil des ministres de Paul St-Pierre Plamondon a été dévoilé le même jour.
Un article qui met Carney dans le portrait
Le message de Donald Trump n’est pas seul. Il accompagne un article de l’agence Reuters, signé David Ljunggren et repris par le quotidien The Irish Times le 6 octobre, le lendemain du scrutin. Son titre : « Separatists win Quebec provincial election in blow to Mark Carney », soit « Les séparatistes remportent l’élection au Québec, un revers pour Mark Carney ».
L’article explique que la victoire du PQ pourrait compliquer les efforts du premier ministre canadien pour maintenir l’unité du pays face à Donald Trump. Il rappelle le projet référendaire de Paul St-Pierre Plamondon et les contraintes d’un gouvernement minoritaire.
Donald Trump a également salué la victoire des conservateurs en Colombie-Britannique.
Les félicitations viennent directement de Donald Trump. L’idée d’un « revers pour Mark Carney » appartient au titre de l’article qu’il relaie, publié trois semaines plus tôt. Le message ne contient aucun appui explicite à l’indépendance du Québec ni aucun commentaire sur un éventuel référendum.
Pourquoi ce geste attire l’attention
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a imposé des droits de douane au Canada et évoqué à répétition l’idée d’en faire le « 51e État » américain. Ces déclarations ont alimenté un sentiment d’attachement au Canada, y compris chez une partie des Québécois.
Dans ce contexte, chaque mot du président américain sur le Québec pèse lourd. Félicitations ordinaires d’un chef d’État? Ou message adressé à Ottawa par l’entremise d’un article qui parle de « revers » pour le premier ministre canadien? Le texte ne le dit pas. C’est le choix de l’article partagé qui donne au geste sa portée politique.
Un référendum repoussé après Trump
Le chef péquiste avait lui-même pris ses distances avec le président américain pendant la campagne. Le 18 août, il a annoncé qu’un gouvernement du PQ ne tiendrait pas de référendum sur la souveraineté tant que Donald Trump serait président, soit pas avant le 20 janvier 2029. Un tel débat, disait-il, ne doit pas être détourné par les soubresauts de la politique américaine.
Le référendum demeure toutefois promis pendant le premier mandat.
Trump, un thème de campagne
Le nom de Donald Trump a été utilisé contre le PQ tout au long de la campagne. Le 4 septembre, la cheffe caquiste et première ministre sortante, Christine Fréchette, parlait d’une « convergence de vues » entre Donald Trump et Paul St-Pierre Plamondon, qui voudraient selon elle tous deux affaiblir le Canada. Le chef péquiste lui avait reproché d’agiter un épouvantail plutôt que de défendre son bilan.
En fin de campagne, Mme Fréchette a aussi évoqué un risque d’ingérence américaine favorable au PQ, après que des informations eurent rapporté que le nom du parti apparaissait dans certains documents et qu’un blogue américain le désignait comme un parti à « soutenir ». Paul St-Pierre Plamondon a affirmé que son parti n’avait jamais été contacté, qu’il n’était « pas proche » de ces milieux, et s’est interrogé sur le « timing étrange » de ces révélations. Aucune ingérence n’a été démontrée publiquement.
Un message qui arrive en pleine querelle avec Ottawa
Les félicitations tombent alors que Québec et Ottawa s’opposent au sujet du sommet Canada-Union européenne, qui se tient à Montréal jeudi et vendredi. Le gouvernement fédéral a refusé que Paul St-Pierre Plamondon y prenne la parole et que Québec organise une réception en marge de l’événement. Le premier ministre québécois a dénoncé un « manque de respect grave », raillant l’idée qu’obtenir la permission de servir des crevettes cocktail représente une véritable influence pour le Québec.
Au moment de publier, notre équipe n’a trouvé aucune réaction publique de Paul St-Pierre Plamondon ni du gouvernement fédéral aux félicitations de Donald Trump.
Pour les citoyens, une chose est claire : le débat sur l’avenir du Québec ne se fera pas à l’abri de la politique américaine. Le chef péquiste l’a lui-même reconnu en repoussant son référendum après le départ de Donald Trump.
- Donald Trump, publication sur Truth Social, 27 octobre 2026.
- David Ljunggren (Reuters), Separatists win Quebec provincial election in blow to Mark Carney, The Irish Times, 6 octobre 2026.
- Élections Québec, résultat du dépouillement judiciaire dans Vachon, 21 octobre 2026.
- Le premier ministre du Québec dévoile son Conseil des ministres, 21 octobre 2026.
La traduction du message de Donald Trump est celle diffusée en français au moment de la publication. Toute personne ou organisation concernée peut exercer son droit de réplique en écrivant à endroit.ca@outlook.com. Nous publierons intégralement toute réponse reçue.
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