Blockbuster n’a pas découvert Netflix le jour où ses magasins ont commencé à fermer. Kodak n’a pas découvert la photographie numérique lorsque les consommateurs ont cessé d’acheter des pellicules. Ces entreprises avaient vu le changement arriver. Elles avaient surtout quelque chose de beaucoup plus difficile à abandonner : un monde organisé autour d’elles. Le Barreau du Québec est-il en train de vivre, à sa manière, le même phénomène? Formation obligatoire sur l’IA, bac à sable réglementaire, sommet, déclaration, forums citoyens : l’institution semble vouloir être partout. La question est de savoir pourquoi maintenant.
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Un service aussi offert aux avocats
Le programme d’observateurs en salle d’audience d’EnDroit.ca est en ligne depuis quelques semaines et commence déjà à trouver sa place auprès des justiciables. Mais au cours des derniers jours, une nouvelle réalité s’est manifestée : deux membres en règle du Barreau du Québec ont également communiqué avec nous afin de demander la présence d’un observateur lors d’une audience. Le programme n’est donc pas réservé aux justiciables non représentés. Ces premières demandes montrent que le besoin de ne pas être seul devant le tribunal ne concerne pas uniquement les citoyens sans avocat.
La Déclaration pour l’état de droit peut maintenant être signée
Quelques jours après la clôture du premier Sommet québécois pour l’état de droit, la déclaration qui en est issue continue d’évoluer. Le 10 septembre, nous constations que le document ne comportait aucune signature, aucun responsable désigné, aucun échéancier et aucun mécanisme de suivi, alors qu’il employait les expressions « nous déclarons » et « nous nous engageons ». Le 11 septembre, le Barreau a ouvert la signature aux citoyens et aux organisations, et publie désormais la liste de ceux qui l’endossent. Notre premier article posait une question simple : qui s’engage? La prochaine sera : qui agira, comment et dans quels délais?
Barreau et protection du public : une idée bien vendue
En 1929, Edward Bernays a transformé la cigarette en symbole de liberté pour les femmes, sans jamais nommer son client. Le produit avait disparu derrière une cause légitime. Dans le monde juridique, la même construction ne s’est pas produite en un seul défilé : elle s’est installée par la loi, le prestige institutionnel et la répétition. En 1973, l’article 23 du Code des professions consacre la formule — chaque ordre a pour principale fonction d’assurer la protection du public. Près d’un siècle après Bernays, une question demeure : lorsque nous associons spontanément le Barreau à la protection du public et l’avocat à l’accès à la justice, défendons-nous une conclusion fondée sur les résultats, ou une image construite et répétée depuis des décennies?
« Maître » n’est pas un gage de vérité
Neil deGrasse Tyson possède un doctorat en astrophysique. Pourtant, lorsqu’on lui demande s’il faut l’appeler « docteur », il répond simplement : « Appelez-moi Neil. » Il refuse que son titre serve de raccourci intellectuel — il veut donner à son interlocuteur les moyens de comprendre, de vérifier et de juger. Son raisonnement mérite d’être transposé au monde juridique. Un titre établit un statut professionnel. Il n’établit ni la vérité, ni l’infaillibilité, ni le droit d’être cru sans démonstration. Cela vaut pour « Docteur ». Cela vaut aussi pour « Maître », et pour l’expression « protection du public ».
Pascal Paradis veut placer la justice au cœur de la campagne
À la sortie du Sommet québécois pour l’État de droit, Pascal Paradis a présenté les principales priorités du Parti québécois en matière de justice : augmenter le nombre de procureurs pour accélérer les dossiers des victimes d’actes criminels, renforcer la protection des consommateurs contre la fraude et le hameçonnage, réussir le virage numérique de tribunaux qui reposent encore sur le papier, et encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle. « Il faut s’assurer qu’à la fin, ce soient des êtres humains qui rendent les décisions », a déclaré le député de Jean-Talon. Les modalités, les échéanciers et les investissements restent à préciser.
Sommet sur l’État de droit : 55 minutes de politique, aucun chef de parti
Présenté comme un rendez-vous historique, le premier Sommet québécois pour l’État de droit avait été placé au cœur de la campagne électorale, à 26 jours du scrutin. Le dernier bloc de la programmation s’intitulait « À l’approche des élections : le débat des partis ». Aucun chef ne s’est présenté. Quatre porte-parole en matière de justice ont débattu — Pascal Paradis, André A. Morin, Guillaume Cliche-Rivard et Simon Jolin-Barrette — avec deux minutes par réponse, dans une plage horaire de 55 minutes au maximum. Le Parti conservateur du Québec, invité, n’a envoyé personne.
Intelligence artificielle : le Québec réglemente à la vitesse du papier
Ceux qui construisent les intelligences artificielles les plus puissantes disent craindre de ne bientôt plus pouvoir les contrôler. Un chercheur vient de quitter Anthropic en affirmant que les laboratoires « jouent avec nos vies », et un responsable de l’alignement évalue à plus de 10 % le risque d’extinction dans la prochaine décennie. Au même moment, la justice québécoise poursuit une transformation numérique repoussée à 2029 et le Barreau aménage un bac à sable pour décider quels services juridiques pourront être confiés à la technologie. Ceux qui développent l’IA disent ne plus pouvoir soutenir seuls la vitesse de la course. Ceux qui voudraient la réglementer avancent encore à la vitesse du papier.
Sommet sur l’état de droit : une réussite institutionnelle restée en marge de la campagne
Il faut reconnaître ce que le Sommet québécois pour l’état de droit a réussi. Une programmation substantielle, des intervenants crédibles, le juge en chef du Canada à l’ouverture, un débat entre les porte-parole des partis à 26 jours du scrutin. Mais le moment choisi n’était pas accidentel : le Barreau voulait faire parler de justice pendant que les partis parlent de santé, d’éducation et d’économie. À ce test précis, le rendez-vous est manqué. Le Sommet a créé un dialogue entre institutions. Il n’a pas réussi à transformer ce dialogue en conversation populaire.
Déclaration québécoise pour l’état de droit : douze engagements
Le Sommet québécois pour l’état de droit s’est terminé le 9 septembre au Palais des congrès de Montréal. Son résultat écrit tient sur une page : une Déclaration québécoise pour l’état de droit contenant douze engagements. Le texte appelle à protéger les institutions démocratiques, à renforcer la confiance du public par l’ouverture et la transparence, à contrer la désinformation et à rendre la justice plus accessible. Mais le document ne comporte aucune signature, aucun responsable désigné, aucun échéancier et aucun mécanisme de suivi. Une déclaration qui dit « nous nous engageons » sans nommer ce « nous » laisse une question ouverte : qui devra répondre de ces engagements?









