Les six avocates du Protecteur du citoyen ont déclenché le 8 septembre une grève à durée indéterminée. Le conflit porte principalement sur leur rémunération, mais leur syndicat soulève aussi une question plus institutionnelle : le rôle du gouvernement dans les négociations d’un organisme précisément chargé de surveiller l’administration publique. Pour l’instant, les citoyens peuvent toujours déposer plaintes et divulgations auprès du Protecteur.
Une institution chargée de défendre les citoyens contre les défaillances de l’administration québécoise se retrouve elle-même au cœur d’un conflit de travail.
Les six avocates employées par le Protecteur du citoyen ont déclenché, mardi 8 septembre, une grève à durée indéterminée.
Elles travaillent dans les bureaux de Montréal et de Québec et sont représentées par Les avocats et notaires de l’État québécois (LANEQ).
Six avocates, toutes en grève
Le conflit porte principalement sur une revendication de parité salariale.
Selon LANEQ, les avocates du Protecteur du citoyen bénéficiaient historiquement de conditions de rémunération comparables à celles des avocats et notaires de la fonction publique québécoise. Le syndicat réclame la parité salariale avec les avocats et notaires de la fonction publique ainsi qu’avec les procureurs aux poursuites criminelles et pénales.
Les avocates sont sans convention collective depuis le 28 février 2022.
LANEQ affirme que les autres aspects de la négociation ont été réglés et que la rémunération constitue maintenant le principal point d’achoppement.
La grève a effectivement débuté le 8 septembre 2026. Elle est annoncée à durée indéterminée et vise les six avocates du Protecteur du citoyen. L’avis de grève avait été transmis le 31 août, à la suite d’un vote unanime.
Les affirmations voulant que le gouvernement bloque ou limite la marge de manœuvre salariale du Protecteur du citoyen proviennent toutefois de LANEQ et doivent être comprises comme la position syndicale dans le conflit. Le Protecteur du citoyen en donne une lecture différente, reproduite plus bas.
Une question d’indépendance soulevée par le syndicat
LANEQ ne présente pas le conflit comme une simple négociation salariale.
Le syndicat soutient que le gouvernement du Québec contrôle les mandats de négociation accordés au Protecteur du citoyen et empêche l’organisme d’accorder à ses avocates la même rémunération que celle offerte à certains autres juristes de l’État. Son président, Me Alexis Milette, va plus loin : selon lui, le gouvernement oblige le Protecteur du citoyen à négocier une rémunération plus basse que celle qu’il consent lui-même aux avocats et notaires de la fonction publique.
Il y voit une contradiction avec la mission même de l’institution.
Le Protecteur du citoyen est un organisme indépendant de l’administration gouvernementale. Sa mission consiste notamment à examiner les plaintes de citoyens concernant les ministères et organismes du gouvernement ainsi que le réseau de la santé et des services sociaux.
Il exerce également depuis 2024 des responsabilités élargies en matière de divulgation d’actes répréhensibles et de protection des lanceurs d’alerte.
Le syndicat soutient qu’un organisme chargé de surveiller l’action gouvernementale devrait pouvoir bénéficier d’une autonomie réelle dans la négociation des conditions de travail de ses propres juristes.
La réponse du Protecteur du citoyen
L’employeur, lui, maintient qu’il est indépendant du gouvernement, et sa réponse repose sur une distinction précise.
Le Protecteur du citoyen rappelle qu’il exerce ses fonctions en toute indépendance à l’égard du gouvernement en ce qui concerne sa mission, ses enquêtes et ses interventions. Il ajoute cependant que sur le plan administratif, notamment en matière de gestion des fonds publics et de conditions de travail, l’organisation demeure assujettie à certaines balises applicables aux organismes publics.
Autrement dit, l’institution ne conteste pas que ses conditions salariales soient encadrées; elle soutient que cet encadrement administratif n’entame pas l’indépendance de ses enquêtes.
Le Protecteur se dit par ailleurs soucieux de maintenir ses services à la population et souhaite limiter les répercussions du conflit sur les citoyens.
Aucun service essentiel prévu
Avant le déclenchement de la grève, LANEQ indiquait qu’aucun service essentiel n’était prévu pour les avocates concernées.
Cela ne signifie toutefois pas que le Protecteur du citoyen ferme ses portes.
Son site officiel continue actuellement d’indiquer que les citoyens peuvent déposer une plainte en ligne ou communiquer avec l’institution par téléphone. Les formulaires permettant de faire une divulgation d’actes répréhensibles demeurent également accessibles.
Au moment de publier, les mécanismes publics de dépôt de plaintes et de divulgations du Protecteur du citoyen demeurent disponibles.
EnDroit.ca n’a toutefois pas encore pu établir si la grève entraînera des délais supplémentaires dans certains dossiers ou empêchera certaines interventions nécessitant directement le travail d’une avocate.
Que font les avocates du Protecteur du citoyen?
Le faible nombre d’avocates concernées ne signifie pas nécessairement que leurs fonctions sont marginales.
Le Protecteur du citoyen intervient dans des dossiers pouvant toucher des questions juridiques complexes : administration publique, santé et services sociaux, droits des personnes, enquêtes administratives et intégrité publique.
Dans les dossiers de représailles visant des lanceurs d’alerte, l’institution offre même un service de représentation juridique sans frais. Le Protecteur du citoyen indique sur son site officiel qu’en l’absence de règlement ou en cas de refus de la médiation, un avocat de l’institution est affecté au dossier et peut représenter la personne devant un tribunal, avec son accord. S’il s’agit de représailles liées à l’emploi, cet avocat peut l’accompagner dans toutes ses démarches devant le Tribunal administratif du travail.
Ce ne sont donc pas des honoraires versés à un avocat de pratique privée : ce sont ces avocates-là qui plaident. Elles sont six, et toutes sont en grève.
Il sera donc particulièrement important de déterminer si ce type de fonction est affecté par le conflit actuel.
Un conflit qui survient dans un contexte particulier
Le déclenchement de la grève survient alors que le Protecteur du citoyen assume un rôle de plus en plus large dans le système québécois de surveillance administrative.
Depuis le 30 novembre 2024, l’institution occupe notamment une place centrale dans le régime québécois de divulgation d’actes répréhensibles dans le secteur public.
Elle reçoit également les plaintes visant différents organismes publics et intervient en deuxième recours dans le réseau de la santé et des services sociaux.
Le conflit ne se limite par ailleurs pas à cette seule institution. Au même moment, LANEQ annonçait une entente qu’il qualifiait d’historique à la Régie de l’énergie, après une convention échue depuis plus de six ans. Les avocats et notaires de l’Agence du revenu du Québec et de la Société québécoise des infrastructures demeurent eux aussi sans convention collective, avec la même revendication de parité.
Cette situation rend les conséquences éventuelles de la grève particulièrement intéressantes du point de vue de l’accès aux recours : si le conflit devait se prolonger, la question ne serait plus seulement celle des conditions de travail de six juristes, mais celle de la capacité de l’institution à exercer certaines de ses fonctions spécialisées.
La suite
La grève est annoncée pour une durée indéterminée. Aucune date de retour au travail n’est donc actuellement connue.
Il faudra maintenant surveiller deux choses : l’évolution des négociations entre LANEQ et le Protecteur du citoyen, mais surtout les conséquences concrètes du conflit pour les citoyens.
Si des enquêtes, représentations judiciaires, plaintes ou autres dossiers commencent à être retardés en raison de l’absence des avocates, le conflit prendra alors une dimension directement liée à l’accès aux mécanismes de protection offerts par l’État.
Le Protecteur du citoyen maintient ses formulaires électroniques et ses coordonnées pour les plaintes et les divulgations.
Note éditoriale. Les affirmations relatives au contrôle exercé par le gouvernement du Québec sur le mandat de négociation du Protecteur du citoyen et à la parité historique de rémunération sont celles de LANEQ. La réponse du Protecteur du citoyen reproduite dans ce texte provient de ses déclarations publiques du 8 septembre 2026. Le gouvernement du Québec n’a pas, à notre connaissance, précisé publiquement sa propre position dans ce conflit. EnDroit.ca mettra ce texte à jour si de nouvelles précisions sont rendues publiques.
Droit de réplique. Le Protecteur du citoyen, le gouvernement du Québec, LANEQ ou toute personne directement concernée peut nous écrire à endroit.ca@outlook.com. Nous publierons intégralement toute réponse reçue.
Sources
Les avocats et notaires de l’État québécois (LANEQ), communiqué du 8 septembre 2026 annonçant le déclenchement de la grève à durée indéterminée · LANEQ, avis de grève du 31 août 2026 · Déclarations publiques du Protecteur du citoyen, 8 septembre 2026 · La Presse Canadienne et La Presse, 8 septembre 2026 · Droit-inc, 2 septembre 2026 · Protecteur du citoyen, « Traitement des plaintes en cas de représailles » et renseignements officiels sur le dépôt des plaintes et les divulgations.
En savoir plus sur EnDroit.ca
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


Y a de plus en plus de plaintes concernant la dpj, la cnesst et autres institutions gouvernementale qui profitent des citoyens. Le système est engorgé et aujourd’hui plus personne ne peut défendre nos dossiers. Jai l’impression que tous étaient prévus pour que les citoyens se fassent attaquer encore plus sans la défense du protecteur. Pensez-vous que le gouvernement vas accepter leurs demandes… Non! Car ils vont caché encore leurs manquements et ils mettront la faute sur le protecteur du citoyens qui a fait la grève. Ridicule ! Tout est là pour que les personnes vulnérables n’obtiennent pas » Justice » regardez biens le système corrompus réglé les dossiers un par un et étouffer tous les préjudices sans l’intervention de ceux qui pouvaient faire la différence. Meilleur moyen d’y parvenir…aide juridique en grève, protecteur du citoyens en grève. Quoi de mieux !?
Du grand n’importe quoi encore une fois. Et ont paye nos taxes pour des services inexistants.