Décès, violences, placements, décisions judiciaires, enquêtes publiques et témoignages : EnDroit.ca rassemble désormais 53 dossiers documentés sur la DPJ et les centres jeunesse du Québec dans une même page, organisée en sept grandes catégories.
Les informations sur la protection de la jeunesse sont nombreuses, mais elles sont dispersées. Un jugement se trouve dans une base de données juridique, un rapport sur le site d’une institution, une enquête dans les archives d’un média et un témoignage ailleurs. Pris séparément, chaque dossier raconte une histoire. Réunis, ils permettent de voir les répétitions, les ruptures et les questions qui reviennent d’une région et d’une époque à l’autre.
C’est pour cette raison qu’EnDroit.ca met en ligne « DPJ au Québec : les défaillances documentées », un dossier d’enquête permanent qui rassemble actuellement 53 dossiers documentés. Il ne s’agit pas d’une simple liste de liens : chaque entrée mène vers une page de référence permettant de comprendre les faits, leur contexte et les sources disponibles.
Sept portes d’entrée pour comprendre le système
Les 53 dossiers sont classés selon sept catégories. Un même événement peut apparaître dans plusieurs catégories lorsqu’il soulève différents enjeux, mais il conduit toujours vers une seule page complète afin d’éviter les doublons.
- Décès, suicides et ruptures de soins — les décès pendant ou après une prise en charge, la surveillance, la santé mentale et la transition vers la vie adulte.
- Violences, inconduites sexuelles et sécurité du personnel — les agressions commises ou alléguées, les abus d’autorité, les antécédents, les dénonciations internes et les responsabilités du personnel.
- Hébergement, besoins particuliers et mesures de contrôle — la surpopulation, l’isolement, la contention, les placements à l’hôtel et l’accès à des services adaptés.
- Enfants autochtones, liens familiaux et qualité des suivis — le déracinement, la langue, les contacts parentaux, l’adoption, les signalements répétés et la continuité des services.
- Justice, recours collectifs et reddition de comptes — les jugements en lésion de droits, les actions collectives, les pouvoirs des tribunaux et la responsabilité des institutions.
- Repères historiques et enquêtes systémiques — les grandes affaires, les commissions, les rapports publics et les réformes qui ont marqué l’histoire de la protection de la jeunesse.
- Témoignages de familles et de jeunes — les récits humains derrière les procédures, les placements et les décisions administratives ou judiciaires.
À qui cette page peut-elle servir?
Aux parents qui cherchent à savoir si ce qu’ils vivent s’est déjà produit ailleurs. Aux jeunes placés et aux anciens enfants pris en charge qui veulent replacer leur expérience dans un contexte plus large. Aux intervenants qui tentent de comprendre les failles signalées dans d’autres établissements ou d’autres régions.
Elle peut aussi servir aux journalistes, chercheurs, avocats, organismes communautaires, élus et citoyens qui ont besoin d’un point de départ clair. Plutôt que de recommencer chaque recherche à zéro, ils peuvent parcourir les dossiers par enjeu, retrouver les sources et comparer ce qui a changé avec ce qui persiste.
Elle ne tranche pas chaque controverse et ne remplace ni une enquête officielle ni un avis juridique. Elle rend visibles, dans un même espace, des faits déjà documentés qui deviennent souvent difficiles à relier lorsqu’ils demeurent dispersés.
Pourquoi EnDroit.ca a construit ce dossier
Depuis des mois, EnDroit.ca reçoit des témoignages de parents, de jeunes et d’anciens employés. Certains récits concernent une décision individuelle; d’autres soulèvent des questions sur la surveillance, la santé mentale, l’isolement, la sécurité, la continuité des soins ou les mécanismes de plainte.
Publier un témoignage ou une nouvelle demeure important. Mais sans mémoire commune, chaque événement risque d’être traité comme un cas isolé. Ce dossier permanent vise à conserver cette mémoire, à relier les événements aux jugements et aux rapports publics, puis à rendre l’information accessible à ceux qui n’ont ni les outils ni le temps nécessaires pour fouiller des dizaines de sources.
Le nombre 53 n’est donc pas une conclusion. Il représente l’état actuel d’un travail appelé à évoluer. De nouveaux jugements, rapports, témoignages et événements vérifiables seront ajoutés à mesure qu’ils seront documentés.
Deux autres grands dossiers suivront
Le dossier sur la DPJ est le premier de trois grands outils documentaires qu’EnDroit.ca prépare. Deux autres dossiers semblables seront mis en ligne au cours des prochaines semaines.
Le premier portera sur la magistrature québécoise et canadienne. Elle couvrira les juges qui siègent ou ont siégé au Québec, qu’ils relèvent du Conseil de la magistrature du Québec ou du Conseil canadien de la magistrature. Le travail en cours rassemble des décisions, des plaintes, des rapports d’examen, des enquêtes et leurs résultats sur plusieurs décennies. Il comprendra aussi un registre distinct de près de 1 300 rapports d’examen anonymisés afin que ces documents officiels, même lorsqu’aucun juge n’y est nommé, demeurent repérables.
Cette future page fera une distinction essentielle entre une plainte, un examen, une enquête, un blâme, une recommandation, un rejet et une allégation. Le fait qu’un juge ait été visé ou examiné ne signifie pas qu’une faute a été établie. L’objectif sera de montrer ce qui a été examiné, par quelle instance et avec quel résultat.
Le second portera sur le syndic et la discipline du Barreau du Québec. Elle réunira des décisions disciplinaires, les parcours d’avocats et d’ex-avocats radiés, les étapes allant de la plainte à la décision ainsi que des entrevues exclusives. Elle permettra de mieux comprendre ce qui est public, ce qui ne l’est pas, comment une plainte est traitée et ce que deviennent les personnes au-delà du seul avis de radiation.
Comme pour la DPJ, ces deux dossiers ne seront pas figés. Ils seront enrichis au fil des décisions, des documents obtenus et des témoignages vérifiables.
Rassembler ce qui est dispersé, distinguer les faits des allégations, conserver les résultats — y compris les rejets — et permettre au public de consulter les sources.
Une porte d’entrée, pas un verdict
Documenter un système ne consiste pas à affirmer que toutes ses décisions sont mauvaises ni que toutes les personnes qui y travaillent agissent de la même manière. Cela consiste à donner au public les moyens de voir ce qui a été rapporté, jugé, enquêté ou raconté, puis d’en mesurer lui-même la portée.
Les 53 dossiers sur la DPJ sont maintenant accessibles. Ils ne racontent pas toute l’histoire de la protection de la jeunesse au Québec. Ils offrent toutefois un point de départ commun pour ne plus perdre, d’une crise à l’autre, la mémoire de ce qui a déjà été documenté.
Note éditoriale. Les pages du dossier distinguent les faits établis par des décisions ou des rapports officiels des allégations et témoignages qui n’ont pas fait l’objet d’une conclusion judiciaire. Le classement dans ce dossier ne constitue pas, à lui seul, une conclusion de faute contre une personne ou une institution.
Corrections et droit de réponse. Toute personne ou organisation concernée peut demander une correction factuelle ou transmettre une réponse à endroit.ca@outlook.com.
Sources
EnDroit.ca, « DPJ au Québec : les défaillances documentées », dossier d’enquête permanent · Décisions judiciaires, rapports publics, enquêtes médiatiques et témoignages citoyens recensés dans chacune des pages du dossier.
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