Vous avez été nombreux à suivre ce qui s’est passé au Centre Héritage, en Outaouais. Des vigiles ont été tenues. Des témoignages nous sont parvenus par dizaines depuis notre appel à témoins du 3 septembre.
Aujourd’hui, c’est la mère de l’adolescente décédée qui prend la parole.
Elle nous a écrit. Elle a choisi de rester dans l’ombre pour le moment, et nous respectons ce choix : nous ne publions ni son nom, ni celui de sa fille, ni aucun renseignement permettant de les identifier. Elle tenait à ce que son message soit transmis. Le voici, intégralement, dans ses mots.
Le témoignage
Il était important pour moi de faire ce post pour vous remercier très sincèrement pour tout ce que vous faites en mémoire de ma grande, qui méritait de vivre et qui avait, plus souvent qu’autrement, une joie de vivre et de beaux projets de vie. À mon humble avis, ce suicide aurait dû être évité.
Je veux que vous sachiez que j’ai pris le temps de regarder chacune de vos vidéos. Les témoignages sont venus me toucher et, surtout, m’attrister. Pour le moment, je préfère rester dans l’ombre, car la DPJ m’a enlevé ma raison de vivre. Je ressens un grand vide, de la tristesse, de la colère et surtout beaucoup d’incompréhension. Il m’est difficile de comprendre, suite aux dénonciations, aux erreurs de la DPJ et au documentaire à Télé-Québec « Je suis là : les proches aidants en santé mentale », que le système de santé et notre gouvernement ne réagissent pas. Il est triste de voir la DPJ avoir un tel impact sur nos vies, soit de démolir des familles et des enfants, quand leur rôle premier est de les aider et de les protéger.
Lors d’une rencontre Teams le 26 mars 2026, un gestionnaire m’a répété à plusieurs reprises que son mandat était de garder ma fille en sécurité. C’est à ce moment que j’ai compris que la DPJ se soucie seulement de la sécurité physique, et non psychologique. J’ai donc compris qu’il y avait trois options possibles. Soit que ma fille, par un miracle, se réveille et ait le goût de vivre dans un environnement malsain avec peu d’aide; soit qu’elle ait 18 ans pour qu’elle puisse quitter les centres jeunesse; soit, malheureusement, le geste fatal. Lorsque j’ai mentionné ces trois options, on m’a dit que j’étais pessimiste.
Aujourd’hui, j’aimerais que ce gestionnaire me réponde : est-ce que j’étais pessimiste ou réaliste ? Trouvez-vous que vous avez manqué à votre devoir ? Et surtout, pourquoi personne ne prend le temps de s’excuser ?
Extrait du témoignage
Je souhaite sincèrement que ma fille ne sera pas juste un autre cas à ajouter aux autres horreurs. J’espère que vos témoignages seront écoutés afin que les choses bougent pour nos ados en détresse.
Dans la dernière année, ma fille s’est fait dire par les intervenants des centres jeunesse Héritage et Taché qu’elle cherchait de l’attention en faisant des tentatives. Je vous remercie donc de toute l’attention et de l’amour que vous apportez en sa mémoire, car elle le mérite grandement, comme elle méritait de vivre.
Il est triste que la DPJ voie un appel à l’aide comme une demande d’attention ! Plus elle approchait de son but, plus ils me disaient que le risque zéro n’existait pas. Pour finir, la DPJ m’a dit : il ne faut pas oublier que c’était son choix !!! Peut-être que ces réflexions les déculpabilisent, mais n’enlèvent en rien la douleur que je porte aujourd’hui d’avoir perdu ma fille unique.
D’une maman dévastée
Suicide.ca — 1 866 APPELLE (277-3553), clavardage et texto au 535353, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Info-Social — 811, option 2.
Note éditoriale. Ce texte est le témoignage d’une mère, publié avec son accord et reproduit intégralement. Il rapporte sa compréhension des faits et des propos qui lui ont été tenus. EnDroit.ca n’a pas obtenu de confirmation institutionnelle sur les circonstances du décès, et le Bureau du coroner nous a répondu que ces documents ne relèvent pas du régime de l’accès à l’information en vertu de l’article 180 de la Loi sur les coroners. Santé Québec a accusé réception de notre demande. Nos autres demandes d’accès à l’information auprès des institutions concernées sont toujours en traitement, et aucune n’a fait l’objet d’un refus à ce jour. Nous publierons les réponses reçues.
Droit de réplique. Le CISSS de l’Outaouais, Santé Québec, le Directeur de la protection de la jeunesse de l’Outaouais et les personnes concernées peuvent nous écrire à endroit.ca@outlook.com. Nous publierons intégralement toute réponse reçue.
Sources
Témoignage écrit transmis à EnDroit.ca et publié avec l’autorisation de son autrice · Correspondance du Bureau du coroner · Accusé de réception de Santé Québec · Loi sur les coroners (RLRQ, c. C-68.01), art. 180 · Télé-Québec, Je suis là : les proches aidants en santé mentale.
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