À quelques semaines du scrutin du 5 octobre, les partis multiplient les engagements en matière d’économie, d’habitation, de santé et de services publics. Pourtant, certains enjeux qui touchent directement les personnes en situation de handicap demeurent peu présents dans le débat électoral.
Parmi eux : le transport adapté et le soutien à domicile.
Les personnes en situation de handicap sont d’abord des citoyens à part entière. Elles travaillent, étudient, sont parfois parents, ont des projets et une vie sociale. Certaines ont besoin de davantage de soutien que d’autres, mais leur handicap ne résume ni leur identité ni leur place dans la société. Cette réalité concerne aussi des jeunes et des adultes qui construisent leur vie, travaillent, prennent soin de leur famille ou souhaitent simplement demeurer actifs dans leur communauté.
Lorsqu’un manque de services limite leur possibilité de se déplacer ou de vivre dans leur milieu, il ne s’agit donc pas seulement d’un problème administratif. C’est leur autonomie et leur capacité à faire leurs propres choix qui sont touchées.
Le droit québécois reconnaît déjà des protections importantes. La Charte des droits et libertés de la personne interdit notamment la discrimination fondée sur le handicap. La Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale prévoit également des mécanismes visant à réduire les obstacles à leur intégration.
Cela ne signifie pas que la Charte garantit un nombre déterminé de trajets adaptés ou d’heures de soutien à domicile. Cela signifie que les choix politiques concernant ces services peuvent être examinés à la lumière des droits et des objectifs d’intégration déjà reconnus.
Mais entre les droits reconnus et leur exercice dans la vie quotidienne, les politiques publiques jouent un rôle déterminant. Les budgets, les programmes et l’organisation des services peuvent réduire certains obstacles ou les laisser subsister. C’est précisément là que le droit rejoint la politique.
Or, les engagements actuellement recensés pour les élections de 2026 offrent des réponses partielles et très différentes d’un parti à l’autre. Certaines propositions concernent directement l’autonomie des personnes en situation de handicap, tandis que d’autres mesures touchent plus largement le soutien à domicile ou le transport collectif.
Cela ne signifie donc pas que ces enjeux sont absents des plateformes. En revanche, en matière de transport adapté et de soutien à domicile spécifiquement adaptés aux réalités des personnes en situation de handicap, les réponses demeurent inégales et certains besoins restent peu abordés.
Cette distance entre les droits reconnus, les besoins réels et les politiques proposées mérite qu’on s’y attarde.
Le transport adapté : un moyen d’accéder à sa propre vie
Pour de nombreuses personnes en situation de handicap, le transport adapté est essentiel. Mais il faut regarder au-delà du service lui-même.
Personne ne se déplace simplement pour utiliser un service de transport. On se déplace pour travailler, étudier, voir ses proches, aller à un rendez-vous, faire ses courses, participer à une activité ou simplement prendre part à la vie qui nous entoure.
Or, les difficultés d’accès au transport adapté sont déjà documentées dans certaines régions du Québec. En Gaspésie, une étude rapportée par Radio-Canada fait état d’un manque de transport adapté pouvant accentuer l’isolement des personnes en situation de handicap. Des services jugés insuffisants ont également été rapportés en Mauricie.
Derrière la disponibilité d’un transport se joue donc quelque chose de beaucoup plus grand : la possibilité de vivre sa vie.
Cette réalité rejoint directement le droit. L’article 10 de la Charte protège l’exercice des droits et libertés sans discrimination fondée notamment sur le handicap, tandis que son article 16 interdit la discrimination dans l’emploi. L’article 61.1 de la loi québécoise sur l’exercice des droits des personnes handicapées impose également à certains ministères, organismes publics et municipalités l’identification des obstacles à l’intégration et l’adoption de mesures destinées à les réduire.
Même si l’organisation du transport adapté implique notamment des acteurs municipaux et locaux, le gouvernement du Québec conserve des leviers en matière de financement et d’orientations publiques.
La question politique est donc simple : les moyens mis en place permettent-ils réellement de réduire les obstacles à la mobilité et à l’autonomie?
Le transport adapté n’est pas seulement une façon d’aller d’un point A à un point B. C’est un moyen d’accéder à sa propre vie.
Soutien à domicile : vivre chez soi, mais surtout vivre sa vie
Le soutien à domicile est davantage présent dans les engagements électoraux recensés. Encore faut-il savoir qui bénéficiera réellement des mesures proposées et quels besoins seront couverts.
Le soutien à domicile ne concerne pas uniquement les personnes âgées. Des jeunes et des adultes en situation de handicap peuvent eux aussi dépendre de ces services pour vivre dans leur milieu et exercer leur autonomie.
Une personne qui reçoit du soutien à domicile ne se résume pas à l’aide dont elle a besoin. Elle peut travailler, être parent, vivre en couple, avoir des projets et participer à sa communauté. Pour un jeune adulte, il peut même s’agir des années où commence à se construire sa vie adulte.
L’hébergement en institution peut répondre à certains besoins, mais il ne remplace pas nécessairement tout ce qui constitue une vie dans son propre milieu. Le lieu où une personne vit influence son quotidien, ses relations, son autonomie et les choix qu’elle peut faire.
Le manque de soutien touche également les familles. Lorsque les services sont insuffisants, les proches doivent souvent combler une partie des besoins eux-mêmes, avec des répercussions possibles sur leur travail, leurs responsabilités et leur propre quotidien. Investir dans le soutien à domicile peut donc bénéficier à une personne, mais également à toute une famille.
La Charte protège notamment la dignité et l’égalité. Depuis la réforme du réseau, la Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux constitue également une référence importante du cadre actuel dans lequel s’organisent les services de santé et les services sociaux au Québec. Mais les budgets, les priorités et l’organisation des services dépendent en grande partie de décisions politiques et administratives.
Un engagement financier ne devrait donc pas être évalué uniquement selon le montant annoncé. Il faut demander ce qu’il changera réellement dans la vie des personnes et des familles concernées.
Les budgets sont aussi des choix de société
Les fonds publics servent à de nombreux besoins que chaque contribuable n’utilisera pas personnellement. C’est précisément le principe d’une société qui met en commun une partie de ses ressources.
Les gouvernements investissent dans les infrastructures, le développement économique et le soutien aux entreprises. Ils doivent aussi consacrer des ressources aux services essentiels à la population.
Le transport adapté et le soutien à domicile ne sont pas simplement des dépenses destinées à une minorité. Ils peuvent permettre à des citoyens de travailler, de demeurer dans leur milieu et de participer à la société, tout en évitant que leurs proches aient à compenser seuls un manque de services.
Le débat ne devrait donc pas seulement porter sur ce que ces services coûtent, mais aussi sur les conséquences humaines et sociales lorsque les ressources nécessaires ne sont pas au rendez-vous.
Une question aux partis
À l’approche du scrutin, la demande peut être formulée simplement :
Avant le 5 octobre, que chaque parti précise les moyens concrets qu’il compte mettre en œuvre pour réduire les obstacles à l’autonomie des personnes en situation de handicap et soutenir leurs familles, particulièrement en matière de transport adapté et de soutien à domicile.
Quels obstacles seront ciblés? Quels moyens seront investis? Et surtout, qu’est-ce qui changera réellement dans la vie des êtres humains derrière ces décisions?
Car derrière les lois, les programmes et les budgets, il y a des citoyens à part entière et leurs familles.
Leur handicap fait partie de leur réalité. Il ne résume pas leur vie.
Note de la rédaction. Ce texte est signé par une collaboratrice d’EnDroit.ca et reproduit intégralement. Les opinions qui y sont exprimées sont les siennes. L’appareil de références qui suit est celui de l’autrice; les sources en ligne ont été consultées en septembre 2026.
Note éditoriale. Cet article porte sur des engagements électoraux en cours de campagne. Les plateformes des partis peuvent évoluer d’ici le scrutin du 5 octobre 2026. Ce texte ne constitue pas un avis juridique : une personne qui estime être victime de discrimination fondée sur le handicap peut s’adresser à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Droit de réplique. Les partis politiques nommés ou visés par ce texte, le ministère des Transports et de la Mobilité durable, le ministère de la Santé et des Services sociaux et l’Office des personnes handicapées du Québec peuvent nous écrire à endroit.ca@outlook.com. Nous publierons intégralement toute réponse reçue.
Sources
Législation québécoise. Charte des droits et libertés de la personne, RLRQ, c. C-12 — art. 4 (sauvegarde de la dignité, de l’honneur et de la réputation), art. 10 (reconnaissance et exercice des droits sans discrimination, notamment fondée sur le handicap), art. 16 (interdiction de discrimination dans l’emploi) · Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale, RLRQ, c. E-20.1 — art. 61.1 (obligation, pour certains ministères, organismes publics et municipalités visés par la loi, d’adopter annuellement un plan d’action identifiant les obstacles à l’intégration des personnes handicapées et décrivant les mesures prises afin de les réduire) · Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux, RLRQ, c. G-1.021.
Personnes en situation de handicap et soutien à domicile. Gouvernement du Québec, Participation sociale des personnes handicapées · Gouvernement du Québec, Services de soutien à domicile.
Transport adapté. Gouvernement du Québec, Aide financière au transport adapté · Ministère des Transports du Québec, Cadre d’intervention en transport adapté · Radio-Canada, Des personnes handicapées en manque de transport adapté, reportage concernant la situation en Gaspésie · TVA Nouvelles, Les services de transport adapté jugés insuffisants en Mauricie, 26 avril 2022.
Engagements électoraux. Radio-Canada, Élections Québec 2026 — Comparateur des programmes et plateformes des partis politiques, 2026 · Parti Québécois, Projet de loi du Parti Québécois sur l’assistance personnelle autodirigée.
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