Le premier débat des chefs de la campagne électorale québécoise a placé l’économie, les services publics et l’avenir du Québec au centre de près de deux heures d’échanges. Au lendemain du Face-à-Face, deux éléments ressortent particulièrement : Christine Fréchette a dû défendre à plusieurs reprises le bilan de la CAQ, tandis qu’un sondage éclair réalisé après l’émission place Paul St-Pierre Plamondon en tête lorsqu’on demande aux répondants quelle performance ils ont préférée.
Pour la première fois de la campagne, les cinq principaux chefs se sont retrouvés mardi soir sur le même plateau. Christine Fréchette pour la Coalition avenir Québec, Paul St-Pierre Plamondon pour le Parti québécois, Charles Milliard pour le Parti libéral, Ruba Ghazal pour Québec solidaire et Éric Duhaime pour le Parti conservateur ont débattu pendant près de deux heures autour de trois grands thèmes : l’économie, les impôts et les services publics, puis l’avenir du Québec.
Au-delà des formules et des échanges plus musclés, le débat a surtout permis de mettre en évidence des différences importantes sur la fiscalité, le rôle de l’État, l’itinérance, l’environnement et la question nationale. Il a également placé la cheffe caquiste dans une situation particulière : contrairement aux quatre autres chefs, Christine Fréchette devait présenter ses propositions tout en répondant du bilan d’un gouvernement au pouvoir depuis près de huit ans.
Le bilan de la CAQ s’invite constamment dans le débat
Les controverses et décisions des dernières années ont rapidement refait surface. SAAQclic, Northvolt, l’évolution des dépenses gouvernementales et le projet informatique SIFA dans le réseau de la santé ont notamment été invoqués par les adversaires de Christine Fréchette pour attaquer la gestion caquiste.
Le dossier SIFA arrivait d’ailleurs au débat après de nouvelles révélations concernant ses coûts potentiels. Une analyse du ministère de la Cybersécurité et du Numérique avait évoqué un scénario pouvant faire passer le coût du projet, initialement évalué à environ 96 millions de dollars, à près d’un milliard. Le gouvernement conteste toutefois cette lecture et la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, a présenté cette estimation comme un scénario catastrophe qui ne correspondrait pas à la trajectoire retenue.
Christine Fréchette a donc cherché à défendre son gouvernement tout en présentant sa propre direction pour un prochain mandat. Cette tension entre continuité et changement devrait demeurer présente dans la campagne : la cheffe caquiste dirige maintenant le parti, mais plusieurs des décisions débattues mardi ont été prises sous son prédécesseur François Legault.
Un sondage éclair mesure la perception immédiatement après le débat
Quelques minutes après la fin du Face-à-Face, un sondage éclair Léger–Le Journal–TVA a demandé à 1 171 répondants quel chef avait, selon eux, offert la meilleure performance. Paul St-Pierre Plamondon obtient 38 % des réponses, devant Christine Fréchette à 15 % et Éric Duhaime à 14 %. Charles Milliard obtient 11 % et Ruba Ghazal 10 %.
Ce résultat ne constitue pas une mesure de l’intention de vote. Le sondeur Jean-Marc Léger a lui-même souligné qu’il s’agissait d’une impression du débat et qu’il restait à voir si cette perception aurait un effet sur les intentions de vote dans les jours suivants.
Impôts : des positions qui se distinguent nettement
L’un des échanges les plus révélateurs est venu d’une question très simple : faut-il baisser les impôts? Les réponses ont montré des approches assez différentes. Éric Duhaime défend une importante réduction de l’impôt sur le revenu, tandis que Ruba Ghazal propose des réductions ciblées pour la majorité des contribuables accompagnées d’un nouvel impôt sur les grandes fortunes.
Charles Milliard s’est opposé à une baisse de l’impôt des particuliers dans le contexte budgétaire actuel. Christine Fréchette a indiqué vouloir d’abord retrouver l’équilibre budgétaire avant d’envisager de nouvelles réductions. Paul St-Pierre Plamondon a lui aussi invoqué la situation des finances publiques pour écarter, dans l’immédiat, des baisses générales de l’impôt sur le revenu, tout en défendant plutôt certaines réductions de taxes.
L’épicerie publique provoque l’un des échanges les plus directs
La proposition de Québec solidaire de créer des épiceries publiques a donné lieu à l’un des affrontements les plus facilement identifiables de la soirée. Ruba Ghazal a défendu l’intervention de l’État comme un moyen d’accroître la concurrence dans le secteur alimentaire et de réduire la facture des consommateurs, tout en favorisant les producteurs locaux.
Éric Duhaime a rejeté cette conception du rôle de l’État et a utilisé la gestion de SAAQclic pour remettre en question la capacité du gouvernement à administrer directement des épiceries. Derrière l’échange se trouvait ainsi une divergence plus fondamentale : jusqu’où l’État québécois devrait-il intervenir directement dans l’économie pour répondre au coût de la vie?
Itinérance : cinq réponses, mais pas la même façon de gouverner
L’itinérance a également permis de comparer différentes conceptions de l’action gouvernementale. Ruba Ghazal propose un superministre chargé de coordonner l’intervention de l’État. Éric Duhaime estime au contraire que le Québec compte déjà trop de ministres et souhaite davantage de ressources sur le terrain.
Christine Fréchette a défendu la structure gouvernementale existante et le rôle du ministre responsable du dossier. Paul St-Pierre Plamondon a indiqué qu’il entendait personnellement faire de l’itinérance une priorité sociale de son éventuel gouvernement. Charles Milliard a rejeté l’idée d’un superministre, tout en soutenant que l’ensemble du gouvernement devrait traiter le dossier comme une priorité.
Le référendum présent, même lorsqu’on évite le mot
La question nationale était inévitable dans le dernier segment du débat. Charles Milliard a cherché à se présenter comme le choix fédéraliste le plus clairement affirmé. Christine Fréchette a attaqué le projet souverainiste du Parti québécois, tandis qu’Éric Duhaime a soutenu que le Québec ne devrait pas être replongé dans un nouveau référendum.
Paul St-Pierre Plamondon a pour sa part parlé de souveraineté et du projet politique de son parti sans centrer sa prestation sur le référendum lui-même. Il a également affirmé qu’un gouvernement péquiste pourrait collaborer avec le gouvernement fédéral lorsque les intérêts du Québec le commandent, tout en maintenant ses désaccords constitutionnels avec Ottawa.
Deux autres débats avant le vote
Le Face-à-Face ne constitue que le premier des trois débats prévus pendant cette campagne. Les chefs doivent de nouveau s’affronter dès mercredi sur Noovo, avant un troisième débat présenté à Radio-Canada le 23 septembre.
Le sondage éclair de mardi fournit donc une photographie immédiate de la perception du premier affrontement, mais pas le verdict de la campagne. Les prochains jours permettront surtout de voir quels thèmes du débat continueront d’alimenter la campagne et si les chefs modifieront leur approche lors des deux prochains rendez-vous.
Note éditoriale. EnDroit.ca ne désigne aucun « gagnant » du débat. Les données présentées dans cet article concernant la performance des chefs proviennent du sondage éclair Léger–Le Journal–TVA réalisé après l’émission. Les positions des partis sont présentées à des fins d’information.
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Sources
- TVA Nouvelles, couverture en direct et faits saillants du Face-à-Face des chefs, 15 septembre 2026.
- Léger–Le Journal–TVA, sondage éclair réalisé après le Face-à-Face auprès de 1 171 répondants, publié le 15 septembre 2026.
- Global News, couverture du premier débat des chefs et des échanges concernant le bilan gouvernemental, 16 septembre 2026.
- TVA Nouvelles, positions des chefs concernant les impôts, l’itinérance, l’environnement, les épiceries publiques et la question nationale, 15 septembre 2026.
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