Une femme appelle la police et présente des vidéos des violences qu’elle dit subir. Le policier venu l’aider aurait reconnu son conjoint, puis effacé le contenu incriminant de son téléphone. Sa partenaire aurait dénoncé les gestes à deux sergents, dont l’inaction alléguée l’aurait poussée à s’adresser plus haut dans la hiérarchie du SPVM.
Ces allégations, rendues publiques jeudi, concernent un policier du poste de quartier 39, à Montréal-Nord. Le Service de police de la Ville de Montréal confirme qu’une enquête criminelle est en cours pour des gestes présumés de prévarication et d’entrave à la justice liés à un événement de violence conjugale survenu en 2025.
Des vidéos présentées aux policiers auraient été effacées
Selon les informations rapportées, un policier et une policière se seraient rendus dans un domicile de Montréal-Nord à la suite de l’appel d’urgence d’une femme se disant victime de violence conjugale.
La femme aurait ouvert l’album de son téléphone pour leur montrer des vidéos de menaces et de voies de fait qu’elle aurait subies. Après avoir reconnu le conjoint de la femme, qui était l’agresseur présumé, le policier aurait effacé le contenu incriminant sous les yeux de sa partenaire policière.
La nature du lien entre le policier et l’homme qu’il aurait reconnu n’a pas été précisée.
Une dénonciation qui aurait dû remonter la hiérarchie
Toujours selon ces informations, la policière aurait signalé les agissements de son collègue aux deux sergents en service. Devant leur inaction alléguée, elle aurait sollicité une intervention à un échelon supérieur de l’organisation.
Le SPVM confirme que la dénonciation provient de l’interne. Les informations auraient été obtenues dans le cadre de l’enquête visant le poste de quartier 39, déjà secoué par des allégations de comportements racistes et discriminatoires.
Les deux sergents auraient été mutés au sein du SPVM. Leur réaction au signalement constitue un autre volet préoccupant de cette affaire : au-delà du geste reproché au patrouilleur, c’est le traitement d’une dénonciation par ses supérieurs qui est mis en cause.
Réaffecté sans contact avec le public
Le policier visé a été réaffecté à des tâches administratives, sans contact avec les citoyens, pour la durée de l’enquête. Son déplacement vers un autre poste, décidé par la Division des normes professionnelles, remonterait à la mi-septembre.
Il ne s’agit donc pas, selon les informations rendues publiques, d’une suspension. La suspension annoncée parallèlement par le SPVM concerne un autre policier, affecté au poste de quartier 21, pour de possibles actes discriminatoires et racistes liés à l’enquête principale sur le poste 39.
La Fraternité des policiers et policières de Montréal dit vouloir prendre connaissance de l’ensemble du dossier et ne fait aucun commentaire.
Une nouvelle affaire dans un poste déjà sous enquête
En juin, le SPVM avait démantelé une équipe de 16 patrouilleurs du poste de quartier 39. Certains de ses membres sont soupçonnés d’actes racistes et discriminatoires, dont la collecte de mèches de cheveux de personnes interpellées comme des trophées.
Des éléments de preuve dans cette enquête ont été transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Le SPVM indique être en communication avec le DPCP concernant les prochaines étapes du volet lié aux possibles actes discriminatoires et racistes.
Réagissant aux révélations sur la preuve de violence conjugale qui aurait été détruite, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, s’est dite ébranlée.
« Ma confiance est ébranlée par rapport à plusieurs policiers qui font ombrage, sérieux ombrage, au travail de certains policiers qui est exceptionnel. » Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal
Elle a demandé au directeur du SPVM, Fady Dagher, de fournir des réponses aux citoyens et de travailler à rétablir leur confiance.
Pour une personne qui appelle à l’aide, remettre une vidéo à la police devrait permettre de préserver la preuve. Dans cette affaire, cette démarche aurait plutôt mené à sa destruction, puis à une dénonciation interne qui aurait nécessité de dépasser les premiers échelons de supervision.
- Radio-Canada, Pascal Robidas, « Un policier du SPVM aurait effacé la preuve fournie par une victime de violence conjugale », 29 octobre 2026.
- La Presse, Léa Lemieux, « Poste de quartier 39 du SPVM — Un policier est visé par une enquête criminelle pour une histoire de violence conjugale », 29 octobre 2026.
- Le Devoir, Benoit Valois-Nadeau, « Un policier du SPVM soupçonné d’entrave à la justice dans une affaire de violence conjugale », 29 octobre 2026.
Les gestes rapportés demeurent des allégations faisant l’objet d’une enquête criminelle. Le policier n’a pas été nommé publiquement et aucune accusation n’a été déposée contre lui. Toute personne ou organisation concernée peut exercer son droit de réplique en écrivant à endroit.ca@outlook.com.
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