Lors de la cérémonie de rentrée judiciaire de la Cour suprême du Canada, le juge en chef Richard Wagner a lancé un avertissement clair sur l’état du débat public et les pressions qui s’exercent sur les institutions démocratiques. Polarisation, accélération des événements et transformation rapide du droit par l’intelligence artificielle : pour lui, la primauté du droit doit demeurer l’ancre du système de justice canadien.
La Cour suprême du Canada a officiellement lancé sa nouvelle année judiciaire lundi, dans un décor temporaire mais avec un message très permanent : les institutions démocratiques doivent être protégées, particulièrement lorsque le contexte devient plus instable.
Dans son allocution prononcée à l’occasion de la cérémonie de rentrée judiciaire, le juge en chef du Canada, Richard Wagner, a insisté sur l’importance de la primauté du droit, de l’indépendance judiciaire et de l’accès à la justice dans une époque marquée par la polarisation, l’accélération des crises et la montée en puissance de l’intelligence artificielle.
« Les pressions qui s’exercent sur nos institutions ne connaissent aucun répit. »
Richard Wagner · juge en chef du Canada · 5 octobre 2026
Un discours plus large qu’une simple rentrée judiciaire
Au-delà du protocole et de l’ouverture symbolique de l’année judiciaire, le cœur du discours de Richard Wagner portait sur la solidité des institutions démocratiques canadiennes.
Le juge en chef a reconnu que le monde devient plus incertain, que la polarisation s’accentue et que les événements se succèdent à un rythme effréné. À cela s’ajoute, selon lui, une transformation rapide du monde juridique par l’intelligence artificielle, plus rapide encore que ce que plusieurs auraient imaginé.
Le message ne se voulait pas alarmiste pour le simple plaisir de l’être. Il visait plutôt à rappeler que les tribunaux doivent continuer d’agir à partir de principes stables, même lorsque le contexte social, politique ou technologique se modifie rapidement.
L’intelligence artificielle comme nouveau facteur de changement
Richard Wagner n’a pas traité l’intelligence artificielle comme un thème marginal. Il l’a intégrée à un portrait plus vaste des pressions qui s’exercent sur le droit et sur les institutions.
En évoquant l’IA dans le même souffle que la polarisation et l’instabilité du monde contemporain, le juge en chef situe clairement cette technologie parmi les grands facteurs qui obligent le système de justice à s’adapter sans perdre ses repères fondamentaux.
Il ne s’agit donc pas, dans son discours, d’un refus du progrès technologique, mais d’un appel à préserver les principes qui donnent au système sa légitimité : justice, impartialité, stabilité et confiance du public.
La primauté du droit comme « ancre »
Pour exprimer son idée, Richard Wagner a utilisé une image simple : lorsque la mer devient agitée, une ancre empêche de dériver. Selon lui, les institutions démocratiques remplissent exactement cette fonction.
La force de la primauté du droit, a-t-il expliqué, ne se mesure pas lorsque tout va bien, mais lorsque le contexte devient turbulent. Elle fournit alors un cadre stable pour régler les différends, garantir l’impartialité et maintenir la continuité des principes fondamentaux.
Dans le discours du juge en chef, la véritable nouvelle n’est pas seulement la reprise d’une cérémonie institutionnelle. C’est le rappel que la Cour suprême voit dans la primauté du droit un point d’ancrage essentiel face à la polarisation, à l’incertitude internationale et à la transformation rapide du droit par l’intelligence artificielle.
Une Cour qui s’attend à une année chargée
Sur le plan concret, la Cour suprême amorce aussi une année particulièrement occupée. Richard Wagner a indiqué que la Cour devrait entendre plus de 60 appels d’ici la fin de la session, un niveau d’activité qui n’avait pas été atteint depuis la pandémie.
Le juge en chef a cependant insisté sur le fait que le rôle de la Cour ne se réduit pas au traitement des dossiers. À ses yeux, la défense de la primauté du droit et la pédagogie publique sur le rôle des institutions font aussi partie de la responsabilité collective du milieu juridique.
Le Canada vu comme un pays stable
Richard Wagner a aussi raconté un épisode récent survenu à Chypre, où il a participé à une rencontre du Réseau des présidents des Cours suprêmes judiciaires de l’Union européenne.
Il était alors le seul participant provenant de l’extérieur de l’Europe. Selon lui, dans ces échanges, le Canada revenait souvent comme exemple d’un pays dont les institutions démocratiques demeurent solides et résilientes malgré l’incertitude ambiante.
Le juge en chef y voit à la fois un motif de confiance et une responsabilité supplémentaire : celle de préserver les institutions qui fondent cette réputation.
Un clin d’œil au Québec
Dans son allocution, Richard Wagner a également cité la lettre publiée dans La Presse à la suite du Sommet québécois pour l’état de droit organisé par le Barreau du Québec en septembre dernier.
Il a rappelé que plus de 700 personnes de différents milieux s’y étaient réunies pour réfléchir à la protection de l’état de droit, avant de reprendre l’idée selon laquelle la prochaine page de la démocratie doit s’écrire collectivement.
Ce passage élargit son propos : la défense des institutions n’incombe pas uniquement aux juges ou aux tribunaux, mais à l’ensemble de la société.
Une rentrée dans une salle d’audience temporaire
La cérémonie de cette année se déroulait dans la salle d’audience temporaire de la Cour suprême, aménagée à l’Édifice commémoratif de l’Ouest pendant les travaux de réhabilitation de l’édifice principal de la Cour.
Richard Wagner a souligné l’importance symbolique de cette transition, en rappelant que la Cour demeure pleinement opérationnelle malgré le déménagement. Un parchemin commémoratif devait d’ailleurs être signé pour inaugurer officiellement cette nouvelle salle d’audience.
Le juge en chef a aussi souhaité la bienvenue au juge Joyal, assermenté au cours de l’été, qui doit bientôt entendre son premier appel à titre de juge de la Cour suprême du Canada.
Derrière la cérémonie et le changement de décor, Richard Wagner a voulu transmettre un message institutionnel clair : dans une époque marquée par la polarisation, l’incertitude et l’intelligence artificielle, la solidité des institutions démocratiques et la primauté du droit ne doivent pas être tenues pour acquises.
Précision. L’allocution citée est celle du juge en chef du Canada prononcée le 5 octobre 2026 à l’occasion de la cérémonie de rentrée judiciaire de la Cour suprême du Canada. La version prononcée fait foi selon la Cour suprême du Canada.
Droit de réplique. La Cour suprême du Canada et toute personne directement concernée peuvent transmettre leurs précisions ou commentaires à EnDroit.ca à l’adresse endroit.ca@outlook.com.
Sources
Cour suprême du Canada — Cérémonie de la rentrée judiciaire, allocution du juge en chef du Canada, 5 octobre 2026.
Cour suprême du Canada — renseignements sur l’Édifice commémoratif de l’Ouest et la transition de la Cour.
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