Ministre de la Justice depuis 2020, Simon Jolin-Barrette a été battu dans Borduas par le candidat du Parti québécois. Celui qui a piloté la réforme du droit de la famille, les tribunaux spécialisés et le projet de constitution québécoise quitte l’Assemblée nationale après douze ans, emporté avec l’ensemble de la députation caquiste.
Le ministre sortant de la Justice du Québec ne siégera plus à l’Assemblée nationale. Simon Jolin-Barrette a perdu la circonscription de Borduas, en Montérégie, aux mains du péquiste Cédric Gagnon-Ducharme lors de l’élection générale du 5 octobre.
Le candidat du Parti québécois a obtenu 15 581 voix, soit 35,32 % des suffrages, contre 10 448 voix pour le ministre sortant, soit 23,69 %. L’écart est de 5 133 voix. La défaite a été annoncée peu après 21 h le soir du scrutin.
De 99 voix d’avance à plus de 5 000 voix de retard
Le parcours de Simon Jolin-Barrette dans Borduas se referme là où il avait commencé : face au Parti québécois. En 2014, il avait arraché la circonscription au ministre péquiste Pierre Duchesne par 99 voix, mettant fin à vingt ans de représentation péquiste. Il avait ensuite été réélu en 2018, puis en 2022 avec plus de la moitié des suffrages.
Son adversaire de 2026 n’était pas un inconnu. Cédric Gagnon-Ducharme s’était déjà présenté contre lui en 2018 et avait alors terminé deuxième avec 21,4 % des voix, loin derrière. Huit ans plus tard, les positions se sont inversées.
| Élection | Voix | Part du vote | Écart |
|---|---|---|---|
| 2014 · élu | 14 331 | 33,5 % | + 99 |
| 2018 · réélu | 20 852 | 47,8 % | + 11 513 |
| 2022 · réélu | 22 760 | 51,2 % | + 14 114 |
| 2026 · défait | 10 448 | 23,69 % | − 5 133 |
Les limites de la circonscription ont été modifiées en 2026; les résultats bruts des différentes élections ne sont donc pas directement comparables.
Le recul demeure considérable. Simon Jolin-Barrette avait obtenu 22 760 voix et 51,2 % des suffrages en 2022, contre 10 448 voix et 23,69 % en 2026. La comparaison doit toutefois être interprétée avec prudence puisque les limites de Borduas ont été modifiées pour l’élection de 2026.
Avant le vote, Radio-Canada présentait Borduas comme le comté caquiste le plus sûr : si le ministre de la Justice n’y était pas réélu, écrivait le diffuseur public, c’est que son parti risquait d’être rayé de la carte. C’est ce qui s’est produit. La Coalition avenir Québec n’a fait élire aucun député.
Simon Jolin-Barrette n’est pas le seul ministre emporté. Bernard Drainville dans Lévis, Jean-François Roberge dans Chambly, Eric Girard, Ian Lafrenière, Sonia Bélanger et France-Élaine Duranceau ont eux aussi été battus. Selon Radio-Canada, le ministre de la Justice a passé la soirée électorale en privé et n’a accordé aucune entrevue.
Six ans à la Justice : ce qu’il laisse derrière lui
Avocat de formation, Simon Jolin-Barrette était ministre de la Justice et procureur général du Québec depuis juin 2020. Peu de titulaires récents du poste ont fait adopter autant de textes.
Son chantier le plus vaste est la réforme du droit de la famille, menée en trois projets de loi adoptés entre 2022 et 2024. Elle a revu les règles de filiation et de connaissance des origines, encadré la grossesse pour autrui et créé le régime de l’union parentale pour les conjoints de fait qui ont un enfant. Ces lois ont été adoptées à l’unanimité.
Il a aussi fait adopter, en 2021, la loi créant le tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale, déployé par étapes dans les palais de justice du Québec. En 2025, il a également fait adopter la loi instaurant le Tribunal unifié de la famille au sein de la Cour du Québec, destinée à regrouper progressivement devant un même tribunal plusieurs dossiers familiaux aujourd’hui répartis entre différentes juridictions.
S’y ajoutent des mesures de protection du consommateur, dont la loi contre l’obsolescence programmée et l’encadrement de l’affichage des pourboires. À l’automne 2025, le ministre soulignait que le budget de son ministère était passé de 1 milliard à 1,9 milliard de dollars en sept ans.
Un bilan qui divise
Simon Jolin-Barrette était aussi la figure de proue de l’aile nationaliste de la CAQ. Il a fait adopter la Loi sur la laïcité de l’État en 2019, alors qu’il était ministre de l’Immigration, puis la réforme de la Charte de la langue française, connue comme la loi 96. Ces deux lois ont été contestées devant les tribunaux et critiquées par des organismes de défense des libertés civiles, des représentants des communautés d’expression anglaise et des leaders autochtones.
Son dernier grand projet n’a toutefois pas abouti. Le projet de constitution québécoise est mort au feuilleton à la fin de la session parlementaire de juin 2026. Jolin-Barrette avait alors reproché aux partis d’opposition de ralentir son adoption, tandis que plusieurs d’entre eux contestaient la démarche et le contenu du projet.
Sa fin de mandat avait aussi été marquée par plusieurs changements politiques. Simon Jolin-Barrette a quitté ses fonctions de leader parlementaire du gouvernement le 6 avril 2026, quelques jours avant le vote à la direction de la CAQ, où il a appuyé Bernard Drainville. Lors de la formation de son Conseil des ministres, Christine Fréchette l’a maintenu à la Justice, lui a retiré les Relations canadiennes et lui a confié les Affaires constitutionnelles.
Qui héritera de la Justice?
La défaite du ministre ne laisse pas le ministère sans titulaire. Les membres du gouvernement sortant demeurent en fonction jusqu’à l’assermentation du prochain Conseil des ministres, que doit former le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon.
Le nom de la personne qui prendra la relève n’est pas connu. Le Parti québécois s’est engagé pendant la campagne à embaucher 100 procureurs supplémentaires et à investir davantage dans l’aide juridique. Il a aussi réclamé plus de transparence sur l’avancement et les coûts du projet Lexius.
Pour les justiciables, la question dépasse le sort d’un ministre : les réformes adoptées depuis 2020 sont en vigueur, mais plusieurs sont encore en cours d’implantation. Le prochain gouvernement devra décider lesquelles il mène à terme, lesquelles il ajuste et à quel rythme.
À propos des chiffres : le dépouillement des bureaux de vote est terminé. Les résultats deviendront officiels après le recensement des votes par Élections Québec; le nombre de voix peut encore être ajusté.
Droit de réplique : les personnes nommées dans cet article peuvent nous écrire à endroit.ca@outlook.com.
Sources : Élections Québec (résultats de 2014, 2018 et 2022); Radio-Canada; Le Devoir; Noovo Info; FM 103,3; Le Québec Vote; Assemblée nationale du Québec; Gouvernement du Québec; Le Journal de Québec; L’actualité; L’Œil Régional. Consultation : 6 octobre 2026.
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