Après avoir obtenu plus d’un demi-million de voix sans faire élire un seul député en 2022, le Parti conservateur du Québec transforme cette fois son appui populaire en sièges. Éric Duhaime est élu largement dans Bellechasse et mènera à l’Assemblée nationale un caucus de 19 députés, qui siégera dans un Parlement minoritaire.
Éric Duhaime fera son entrée à l’Assemblée nationale du Québec. Le chef du Parti conservateur du Québec a été élu dans Bellechasse lors de l’élection générale du 5 octobre, et sa victoire personnelle s’accompagne d’une percée beaucoup plus large de sa formation.
Au terme du dépouillement, le PCQ obtient 19 des 127 sièges, avec 885 164 voix, soit 20,7 % des suffrages valides. Il arrive troisième, derrière le Parti québécois et le Parti libéral du Québec.
De zéro à 19 députés en quatre ans
Le contraste avec 2022 est considérable. Il y a quatre ans, le Parti conservateur avait recueilli 530 786 voix et 12,91 % des suffrages, sans remporter aucune des 125 circonscriptions alors en jeu. En 2018, il n’avait obtenu que 1,46 % du vote.
En 2026, le parti ajoute plus de 350 000 voix et progresse de près de huit points de pourcentage. Surtout, son vote est cette fois assez concentré dans plusieurs régions pour produire une véritable députation.
| Élection | Part du vote | Sièges |
|---|---|---|
| 2018 | 1,46 % | 0 |
| 2022 | 12,91 % | 0 |
| 2026 | 20,7 % | 19 |
Il s’agit des premiers députés élus par l’actuel Parti conservateur du Québec, autorisé en 2009. À titre de comparaison historique, une formation distincte portant le nom de Parti conservateur du Québec avait fait élire des députés en 1935.
Éric Duhaime gagne largement dans Bellechasse
La victoire du chef a été confirmée très rapidement pendant la soirée. Il a été déclaré élu vers 20 h 20, moins d’une demi-heure après la fermeture des bureaux de vote. Il a obtenu 22 525 voix, soit 63,8 % des suffrages, très loin devant le péquiste Jérôme Couture, à 15 %. Son avance est de 17 221 voix. La députée caquiste sortante, Stéphanie Lachance, termine derrière eux.
Bellechasse avait déjà donné un signal au PCQ en 2022 : le candidat conservateur y avait recueilli 35,3 % du vote, contre 45,7 % pour la CAQ.
Pour Éric Duhaime, il s’agissait d’une troisième tentative comme chef conservateur. Il avait été battu dans Chauveau à l’élection générale de 2022, puis dans Arthabaska à l’élection partielle de 2025. Devant ses partisans réunis à Lévis, il a parlé d’une page d’histoire. « Ce soir, l’espoir renaît au Québec », a-t-il lancé, avant d’affirmer que les conservateurs entraient au Parlement « par la grande porte ».
Une vague concentrée autour de Québec
La percée est géographiquement très nette. Selon Radio-Canada, 15 des 19 élus viennent de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale. Au sud du fleuve, les conservateurs remportent les sept circonscriptions de Chaudière-Appalaches. Dans la région de Québec, seules Taschereau et Jean-Lesage, conservées par Québec solidaire, et Jean-Talon, gagnée par le Parti libéral, leur échappent.
| Circonscription | Élu ou élue |
|---|---|
| Chaudière-Appalaches | |
| Bellechasse | Éric Duhaime |
| Lévis | Karine Laflamme |
| Chutes-de-la-Chaudière | Dominique Dumas |
| Beauce-Sud | Jonathan Poulin |
| Beauce-Nord | Patricia Drouin |
| Lotbinière-Frontenac | Renaud Labrecque |
| Côte-du-Sud | Frédéric Poulin |
| Capitale-Nationale | |
| La Peltrie | Maïté Blanchette Vézina |
| Chauveau | Karim Elayoubi |
| Charlesbourg | Éloïse Coulombe |
| Vanier-Les Rivières | Patrick Paquet |
| Portneuf | Marcel Bouchard |
| Montmorency | Marie-Josée Hélie |
| Charlevoix–Côte-de-Beaupré | Caroline Simard |
| Louis-Hébert | Marcos Archambault |
| Centre-du-Québec, Mauricie et Estrie | |
| Arthabaska-L’Érable | Tarek Henoud |
| Nicolet-Bécancour | Guillaume Langlois |
| Champlain | Adriana Szalontai |
| Mégantic | Jimmy Gagnon |
La vague déborde donc la région de Québec. Dans Nicolet-Bécancour, le médecin Guillaume Langlois défait le caquiste Donald Martel, qui représentait la circonscription depuis sa création. Dans Champlain, Adriana Szalontai l’emporte par 191 voix sur le péquiste René Branchaud, au terme de près de quatre heures de dépouillement. Dans Mégantic, Jimmy Gagnon donne au parti un siège en Estrie.
Des ministres caquistes battus, un siège repris au PQ
La montée conservatrice est intimement liée à l’effondrement de la Coalition avenir Québec dans les mêmes régions. Presque tous les gains du PCQ se font dans des circonscriptions remportées par la CAQ en 2022.
Dans Lévis, Karine Laflamme défait le ministre sortant Bernard Drainville avec une avance de plus de 6 000 voix. Dans Chutes-de-la-Chaudière, l’ancien animateur de radio Dominique Dumas l’emporte sur la ministre sortante Martine Biron. Dans Beauce-Sud, Jonathan Poulin bat le ministre sortant Samuel Poulin. Dans La Peltrie, l’ancienne ministre caquiste Maïté Blanchette Vézina, passée au PCQ en mars 2026 après avoir représenté Rimouski, est élue sous ses nouvelles couleurs.
Le PCQ arrache aussi Arthabaska-L’Érable au Parti québécois. Tarek Henoud y bat le député sortant Alex Boissonneault par 3 552 voix. Le résultat a une portée symbolique : c’est M. Boissonneault qui avait défait Éric Duhaime dans cette région à l’élection partielle de 2025.
Cette concentration a une conséquence inhabituelle. Le Parti québécois, qui formera le gouvernement, n’a fait élire aucun député dans la grande région de Québec. Radio-Canada souligne que la Capitale-Nationale se retrouve, pour la première fois au lendemain d’une élection générale, sans représentant du côté du gouvernement.
Le PCQ devient un groupe parlementaire reconnu
Selon le Règlement de l’Assemblée nationale, un parti est reconnu comme groupe parlementaire s’il fait élire au moins 12 députés ou s’il recueille au moins 20 % des voix à l’élection générale. Le PCQ franchit les deux seuils. Il n’aura donc pas à négocier une reconnaissance particulière avec les autres partis.
Le mode de scrutin a tout de même joué contre le parti, comme en 2022, mais dans une moindre mesure. Avec 20,7 % des voix, le PCQ obtient 15 % des sièges. Le Parti libéral, avec 24,2 % des voix, en obtient 31,5 %.
Un nouveau rapport de force dans un Parlement minoritaire
La percée prend encore plus d’importance parce que le Parti québécois n’a pas obtenu la majorité. Avec 59 députés, le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon est à cinq sièges du seuil de 64. Le PLQ formera l’opposition officielle avec 40 sièges. Avec ses 19 députés, le PCQ sera le deuxième groupe d’opposition, devant Québec solidaire, qui compte neuf élus.
Rien n’indique à ce stade que le PQ et le PCQ s’entendront, ni sur quels dossiers. Le soir du vote, la nouvelle députée de Lévis a nommé le troisième lien entre Québec et Lévis parmi ses priorités. Guillaume Langlois, pressenti comme porte-parole du parti en santé, s’est dit ouvert à travailler avec tous les partis, selon Le Nouvelliste.
Éric Duhaime n’a pas remporté l’élection. Mais le scrutin du 5 octobre transforme sa position : sans siège il y a quatre ans, il entre au Salon bleu avec un peu plus d’un vote valide sur cinq accordé à son parti et 18 collègues conservateurs à ses côtés.
Pour le Parti conservateur du Québec, le défi change de nature : après des années à tenter d’entrer à l’Assemblée nationale, il devra maintenant montrer ce qu’il entend y faire.
À propos des résultats : le dépouillement des bureaux de vote est terminé. Les résultats deviendront officiels après le recensement des votes par Élections Québec; le nombre de voix peut encore être ajusté.
Droit de réplique : les personnes nommées dans cet article peuvent nous écrire à endroit.ca@outlook.com.
Sources : Radio-Canada; Radio-Canada (région de Québec); Radio-Canada (Arthabaska-L’Érable); Le Devoir; Le Nouvelliste; Noovo Info; Le Soir; 106,9 Mauricie; Assemblée nationale du Québec (Règlement); Élections Québec (résultats de 2018 et 2022). Consultation : 6 octobre 2026.
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