Le Parti québécois revient au pouvoir avec 59 sièges, mais demeure à cinq députés de la majorité. Derrière les résultats spectaculaires de l’élection du 5 octobre se dessine une Assemblée nationale profondément transformée — et un changement de direction qui pourrait aussi se faire sentir au ministère de la Justice.
Le Québec se réveille avec un nouveau gouvernement, mais sans majorité parlementaire. Le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon a remporté l’élection générale du 5 octobre avec 59 des 127 sièges de l’Assemblée nationale, soit cinq de moins que les 64 nécessaires pour détenir une majorité absolue.
Tous les bureaux de vote ont été dépouillés. Le PQ a recueilli environ 1,2 million de voix, soit 28 % des suffrages valides. Plus de 4,3 millions de Québécois ont voté, pour un taux de participation de 66,90 %, contre 66,15 % en 2022.
Une Assemblée nationale complètement redessinée
Le Parti québécois arrive en tête devant le Parti libéral du Québec, qui obtient 40 sièges et environ 24,2 % des voix. Le Parti conservateur du Québec réalise pour sa part une percée majeure avec 19 sièges et environ 20,7 % du vote.
Québec solidaire obtient neuf sièges avec environ 12,4 % des suffrages. La Coalition avenir Québec, au pouvoir depuis 2018, ne conserve pour sa part aucun siège malgré environ 13,3 % du vote populaire.
| Parti | Voix | Vote | Sièges |
|---|---|---|---|
| Parti québécois | 1 199 925 | 28,0 % | 59 |
| Parti libéral du Québec | 1 037 051 | 24,2 % | 40 |
| Parti conservateur du Québec | 885 164 | 20,7 % | 19 |
| Coalition avenir Québec | 571 520 | 13,3 % | 0 |
| Québec solidaire | 532 176 | 12,4 % | 9 |
Le résultat donne naissance à une Assemblée particulièrement fragmentée. Aucun parti ne détient seul les 64 sièges nécessaires pour contrôler une majorité des 127 députés.
Le contraste avec l’élection générale de 2022 est considérable. Il y a quatre ans, le Parti québécois n’avait fait élire que trois députés et avait obtenu 14,61 % des suffrages. Il passe donc de trois à 59 sièges d’une élection générale à l’autre, tandis que sa part du vote populaire a presque doublé.
| Parti | Sièges 2022 | Sièges 2026 | Vote 2022 | Vote 2026 |
|---|---|---|---|---|
| PQ | 3 | 59 | 14,61 % | 28,0 % |
| PLQ | 21 | 40 | 14,37 % | 24,2 % |
| PCQ | 0 | 19 | 12,91 % | 20,7 % |
| CAQ | 90 | 0 | 40,98 % | 13,3 % |
| QS | 11 | 9 | 15,43 % | 12,4 % |
L’Assemblée comptait 125 sièges en 2022; elle en compte 127 depuis la refonte de la carte électorale.
Une victoire avec moins de trois votes sur dix
Le résultat comporte également une particularité historique. Avec environ 28 % du vote populaire, le Parti québécois arrive au pouvoir avec moins de trois votes valides sur dix.
Selon le Globe and Mail et CBC, il s’agit de la plus faible proportion du vote populaire obtenue par un parti ayant formé le gouvernement dans l’histoire du Québec. Le précédent plancher remontait au gouvernement minoritaire péquiste de 2012, élu avec environ 32 % des voix.
Le phénomène illustre à nouveau l’effet du mode de scrutin uninominal à un tour. Le nombre de sièges ne dépend pas uniquement du nombre total de voix recueillies à l’échelle du Québec : il dépend de la manière dont ces voix sont réparties dans chacune des 127 circonscriptions.
L’exemple de la CAQ et de Québec solidaire est particulièrement frappant. La CAQ obtient environ 39 000 voix de plus que Québec solidaire à l’échelle québécoise, mais n’élit aucun député, alors que QS en fait élire neuf.
Que signifie concrètement un gouvernement minoritaire?
Paul St-Pierre Plamondon est appelé à former le prochain gouvernement, mais son parti ne pourra pas compter uniquement sur ses propres députés lorsqu’une majorité de l’Assemblée sera requise.
Cela ne signifie pas que les partis devront nécessairement former une coalition officielle. Un gouvernement minoritaire peut négocier ses appuis d’un vote à l’autre et obtenir le soutien ou l’abstention d’un ou plusieurs partis d’opposition.
Le PQ n’est donc qu’à cinq sièges de cette majorité. Les neuf députés de Québec solidaire, par exemple, suffiraient mathématiquement à faire adopter une mesure soutenue conjointement par les deux formations. Le même principe vaut toutefois pour les autres partis : chaque projet de loi pourra générer des alliances différentes.
La question devient particulièrement importante lors des votes mettant directement en jeu la confiance de l’Assemblée envers le gouvernement, notamment autour de la politique générale, du budget et des crédits.
Et du côté de la Justice?
Le changement de gouvernement ne concerne évidemment pas seulement les grands dossiers économiques ou constitutionnels. Il entraînera aussi un changement de direction au ministère de la Justice du Québec, dont le prochain titulaire n’est pas encore connu.
Le rôle est loin d’être symbolique. Le ministère établit les politiques publiques de l’État en matière de justice, veille à l’administration du système judiciaire, travaille à l’amélioration de l’accès à la justice et intervient notamment auprès des personnes victimes. Le ministre agit également comme procureur général et notaire général du Québec.
Pendant la campagne, le Parti québécois a donné plusieurs indications sur la direction qu’il souhaite prendre. Son porte-parole en matière de justice avait notamment évoqué des investissements supplémentaires dans l’aide juridique, dans l’information juridique destinée au public et dans les organismes responsables de la protection du consommateur.
Le parti s’est également engagé à embaucher 100 procureurs supplémentaires, avec l’objectif déclaré de réduire la pression exercée sur le Directeur des poursuites criminelles et pénales et d’obtenir des peines qu’il juge plus proportionnelles.
La modernisation technologique devrait elle aussi revenir rapidement sur la table. Le PQ a affirmé pendant la campagne vouloir poursuivre la transformation numérique de la justice et mieux encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle. Son représentant en matière de justice avait toutefois réclamé davantage de transparence concernant l’état d’avancement et les coûts du projet Lexius.
En matière de justice, l’accès aux services sera notamment l’un des dossiers à surveiller. Deux semaines avant le scrutin, le Barreau du Québec avait d’ailleurs soumis 18 propositions aux partis, dont quatre prioritaires : le financement de l’aide juridique, l’achèvement de Lexius, la simplification de la procédure civile et familiale ainsi que l’encadrement des parajuristes.
Des programmes déjà en marche
Le prochain gouvernement héritera également de plusieurs initiatives déjà engagées. L’entente Justice citoyens, conclue avec le Barreau du Québec et la Chambre des notaires, vise notamment à soutenir des services juridiques de proximité.
En juillet, un financement de 8,5 millions de dollars avait été annoncé pour permettre l’embauche d’une trentaine de juristes dans 26 organismes communautaires et cliniques juridiques universitaires. Un autre projet de plus de 21 millions de dollars vise le déploiement de juristes provenant des centres Info Justice directement dans les palais de justice partout au Québec.
Le nouveau gouvernement devra donc déterminer ce qu’il conserve, ce qu’il accélère et ce qu’il modifie dans les politiques déjà implantées.
Il faut aussi distinguer les pouvoirs du Québec de ceux d’Ottawa. Le gouvernement provincial contrôle notamment l’administration de la justice et le financement de nombreux services judiciaires, mais le droit criminel substantiel et le Code criminel relèvent du Parlement fédéral. Un nouveau ministre québécois de la Justice peut donc modifier beaucoup de choses dans le fonctionnement et l’accessibilité du système, mais il ne peut pas, à lui seul, réécrire les règles fédérales de détermination des peines.
59 sièges : assez pour gouverner, pas assez pour gouverner seul
Le résultat du 5 octobre place finalement Paul St-Pierre Plamondon dans une situation particulière : il obtient clairement le plus grand caucus de l’Assemblée nationale et le mandat de former le prochain gouvernement, mais devra composer avec une opposition totalisant 68 députés.
Pour les citoyens, les prochains jours permettront de connaître la composition du Conseil des ministres et, notamment, l’identité de la personne qui héritera du ministère de la Justice.
Après une campagne dominée par les changements de gouvernement, la souveraineté, l’économie et le coût de la vie, une autre question s’ouvre désormais : que fera concrètement le nouveau pouvoir des leviers dont Québec dispose pour rendre la justice plus accessible?
À propos des chiffres : les résultats présentés sont ceux diffusés par Élections Québec une fois tous les bureaux de vote dépouillés. Ils deviendront officiels après le recensement des votes dans chaque circonscription; d’ici là, le nombre de voix peut encore être ajusté.
Sources : Élections Québec (résultats et données ouvertes); Radio-Canada; The Globe and Mail; CBC; Parti québécois; Barreau du Québec; ministère de la Justice du Québec. Consultation : 6 octobre 2026.
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