1 289 rapports d’examen répertoriés, 125 profils et dossiers canoniques, 9 catégories et 211 classements thématiques : EnDroit.ca met en ligne un dossier d’enquête permanent pour rendre consultable, comparable et compréhensible près d’un demi-siècle de documentation publique sur la magistrature québécoise et fédérale.
Cinq repères pour mesurer l’ampleur du corpus documentaire désormais réuni et rendu navigable.
Un juge peut ordonner une détention, décider de la protection ou de la garde d’un enfant, trancher un conflit qui met une maison ou une hypothèque en jeu, imposer une peine, condamner au paiement d’une somme considérable ou mettre fin à des années de procédure. Peu de fonctions publiques disposent d’un pouvoir aussi immédiat sur la liberté, la famille, le patrimoine et la trajectoire d’une personne.
Ce pouvoir est légitime parce qu’il repose sur des garanties exigeantes : l’indépendance judiciaire, l’intégrité, la compétence, la retenue, la dignité et l’impartialité — réelle comme apparente. Le citoyen obéit à une ordonnance même lorsqu’elle le bouleverse. L’avocat respecte le tribunal même lorsqu’il conteste vigoureusement sa décision. Toute l’architecture judiciaire dépend donc d’une confiance particulière : celle voulant que la personne qui tranche soit non seulement indépendante, mais à la hauteur de l’autorité exceptionnelle qui lui est confiée.
Or les juges sont aussi des êtres humains. Ils peuvent commettre des erreurs de droit, perdre patience, tenir des propos déplacés, tarder à rendre jugement, mal apprécier une situation ou se placer dans une apparence de conflit. Cette réalité rend les mécanismes de surveillance indispensables et impose une question essentielle : comment le système examine-t-il l’erreur, l’allégation, le manquement et la faute grave lorsqu’ils touchent ceux qui rendent la justice?
La confiance envers la magistrature repose sur une exigence simple : lorsque l’autorité judiciaire est mise en cause, le système doit examiner les faits, corriger les manquements et rendre ses conclusions accessibles.
La raison d’être du nouveau dossier d’EnDroit.ca125 dossiers pour suivre la responsabilité judiciaire
Le corpus couvre tout le cycle de la responsabilité judiciaire : plaintes rejetées, enquêtes en cours, manquements reconnus, réprimandes, recommandations de destitution, accusations criminelles, condamnations, démissions, décisions renversées, nominations contestées et arrêts de principe.
Chaque fiche fixe le statut documentaire du dossier, l’organisme compétent, la période, les principales étapes et le résultat connu. Cette architecture permet de suivre les faits plutôt que de s’arrêter à un titre ou à une impression.
Les 125 entrées uniques sont formées de trois blocs. Leur addition est simple; leur nature, beaucoup moins.
Neuf portes d’entrée — et 211 présences dans le classement
Un même dossier peut soulever plusieurs enjeux. Une affaire portant sur des propos discriminatoires peut aussi concerner la conduite en audience, l’apparence de partialité et un recours judiciaire. La forcer dans une seule case ferait disparaître une partie de ce qu’elle révèle.
Le dossier a donc été construit comme une toile : 125 dossiers uniques, mais 211 présences thématiques réparties entre neuf grandes catégories. Chaque présence renvoie au même numéro de dossier, ce qui relie les enjeux tout en conservant une seule fiche de référence.
Répartition par catégorie
Nombre de dossiers reliés; un même dossier peut apparaître dans plusieurs catégories.
Le croisement est lui-même mesurable. Soixante-dix dossiers n’apparaissent que dans une catégorie. Cinquante-cinq autres touchent deux, trois ou quatre catégories.
1 289 rapports d’examen : la masse documentaire rendue navigable
Le registre reproduit les 1 289 entrées affichées dans l’archive publique des rapports d’examen du Conseil de la magistrature du Québec au moment de la capture. Ce chiffre mesure le volume documentaire de l’archive et révèle l’ampleur du travail nécessaire pour la rendre réellement consultable.
Au stade de l’examen, les rapports sont généralement anonymisés. Ils peuvent clore une plainte, constater qu’elle vise le bien-fondé d’un jugement, demander des renseignements supplémentaires ou ordonner une enquête publique. Le registre rend ces décisions retrouvables tout en respectant l’anonymisation imposée par leur source.
Le travail de structuration rend également visibles les irrégularités de la source : 14 répétitions exactes du même triplet numéro-date-rapport apparaissaient dans l’archive, tandis que 22 entrées ne comportaient pas de rapport directement exploitable lors de la capture. Ces anomalies font partie du portrait documentaire et sont signalées dans le registre.
Des chiffres qui ramènent à des personnes
Derrière les nombres se trouvent des décisions qui ont eu des conséquences concrètes. Le dossier suit les procédures, les versions opposées, les résultats connus et les effets institutionnels de chaque affaire.
mandats d’emprisonnement
Le dossier Martin Gosselin et Joanne Cousineau porte sur 1 669 mandats visant 1 126 personnes. Le comité a recommandé la destitution et la fiche en retrace les suites institutionnelles.
Voir le dossier 012 →plaintes dans l’affaire Marengo
Vingt-huit plaintes ont été regroupées pour enquête après le refus d’entendre une justiciable portant le hijab. Le dossier s’est terminé par des excuses acceptées; aucune réprimande n’a été prononcée.
Voir le dossier 035 →réprimandes visant Joëlle Roy
Deux rapports distincts ont mené à deux réprimandes, réunies dans une même fiche et une même chronologie.
Voir le dossier 010 →dossiers fédéraux majeurs
Le corpus distingue le régime du Conseil canadien de celui du Québec, notamment pour les juges de la Cour supérieure et de la Cour d’appel nommés par Ottawa.
L’obscurité pratique : tout était public, presque rien n’était réuni
Cette enquête illustre directement le phénomène de l’obscurité pratique. Une information peut être publique sans être réellement accessible. Elle peut exister dans un PDF, porter un numéro administratif, être enfouie dans une archive ou répartie entre un conseil de la magistrature, une cour d’appel, la Cour suprême, un rapport annuel et plusieurs articles publiés à des années d’intervalle.
Pour retrouver une décision concernant un juge, il faut souvent déjà connaître son nom exact, l’organisme compétent, le numéro du dossier, l’année, le vocabulaire déontologique et parfois l’existence même du document.
La force du nouveau dossier tient précisément à ce travail : rassembler, classer, relier, résumer et rendre navigable ce qui était dispersé.
Pris isolément, un rapport d’examen raconte un événement. Réunis sur plusieurs décennies, les rapports permettent de voir quels reproches reviennent, quelles plaintes sont rejetées parce qu’elles contestent une décision, quels comportements mènent à une enquête et quelles sanctions sont réellement utilisées. La mise en commun ne change pas les documents. Elle change ce que le public peut comprendre.
Le respect de l’autorité — et la peur de la contester
Le citoyen qui entre dans une salle d’audience se trouve devant une institution dont il connaît immédiatement le pouvoir, mais rarement tous les mécanismes. La robe, le décorum, le langage spécialisé, les délais, les coûts et la possibilité d’une décision défavorable créent une asymétrie considérable. Pour une personne non représentée, contredire un juge peut sembler risqué même lorsque la procédure lui donne le droit de faire valoir sa position.
Les avocats connaissent mieux les règles, mais ils exercent eux aussi dans un système où ils peuvent revenir régulièrement devant les mêmes tribunaux. La retenue peut relever du professionnalisme; elle peut aussi être nourrie par la crainte d’être mal perçu, de nuire au dossier du client ou de fragiliser une relation professionnelle. La peur n’a pas toujours besoin d’être imposée par une menace explicite. Elle peut naître de l’anticipation des conséquences.
Cette asymétrie explique pourquoi le suivi public de la magistrature est nécessaire. L’indépendance judiciaire protège le juge contre les pressions; elle ne place pas la fonction à l’écart de l’examen public. Les décisions disciplinaires, les plaintes rejetées, les recours et les sanctions permettent de vérifier concrètement les mécanismes sur lesquels repose la confiance.
Où se situe la frontière entre impartialité et exemplarité?
L’impartialité exige que le juge ne favorise aucune partie et qu’il offre une audience équitable. L’exemplarité ajoute une dimension institutionnelle : la conduite doit préserver la confiance que le public place dans la fonction. Un propos, un retard, un conflit d’intérêts ou un comportement hors cour peut donc soulever une question même lorsque le jugement rendu demeure juridiquement valide.
La rigueur exige de conserver l’ensemble de la trajectoire : les accusations, les réponses, les conclusions, les dissidences, les recours, les sanctions et les plaintes rejetées. C’est cette chronologie complète qui permet au public d’évaluer le fonctionnement réel du système.
Le dossier donne au public les moyens de voir ce qui a été allégué, ce qui a été vérifié, ce qui a été sanctionné, ce qui a été corrigé et ce qui est demeuré sans suite. En regroupant ces faits sur plusieurs décennies, il expose une mémoire institutionnelle qu’aucune archive prise isolément ne permettait de saisir.
1 289 rapports d’examen, 125 dossiers et 9 catégories pour explorer les plaintes, enquêtes, sanctions, recours, nominations et décisions qui ont façonné la magistrature au Québec.
Consulter le dossier Juges au Québec →Après la DPJ, la magistrature : le deuxième grand dossier institutionnel d’EnDroit.ca
Le premier dossier de la série a réuni 53 cas documentés sur la DPJ et les centres jeunesse. Le dossier sur la magistrature constitue la deuxième étape d’un projet beaucoup plus vaste : reconstruire la mémoire publique des institutions québécoises, une décision, un rapport et un témoignage vérifiable à la fois.
D’autres dossiers porteront notamment — sans se limiter à cette liste ni suivre nécessairement cet ordre — sur les institutions et mécanismes suivants :
Dans chaque cas, la méthode restera la même : retrouver les documents, conserver les numéros de dossier, distinguer les étapes, rendre visibles les contradictions, publier les réponses et permettre au lecteur de remonter aux sources. Une institution n’est pas jugée par le nombre de critiques qu’elle reçoit, mais par ce que les faits documentés permettent réellement de conclure.
Repère méthodologique. Le corpus évolue avec les nouveaux rapports et les décisions ultérieures. Chaque fiche précise l’étape atteinte — plainte, rejet, enquête, constat, sanction, accusation, condamnation, recours ou décision finale — afin que le lecteur puisse suivre exactement ce qui a été établi.
Corrections et droit de réponse. Toute personne, institution ou organisation concernée peut signaler une erreur factuelle, transmettre une décision ultérieure ou faire parvenir une réponse à endroit.ca@outlook.com. Les corrections documentées seront intégrées au dossier.
Sources principales
- EnDroit.ca — Juges au Québec : plaintes, enquêtes, sanctions et pouvoir judiciaire, dossier d’enquête permanent et ses neuf catégories.
- Conseil de la magistrature du Québec — Rapports d’examen, archive publique structurée dans le registre de 1 289 entrées.
- Conseil de la magistrature du Québec — Rapports d’enquête, dossiers publics et conclusions déontologiques.
- Conseil canadien de la magistrature — Procédures d’examen des plaintes, régime applicable aux juges de nomination fédérale.
- EnDroit.ca — L’obscurité pratique : quand une information publique demeure inaccessible.
- EnDroit.ca — DPJ au Québec : les défaillances documentées, premier grand dossier institutionnel de la série.
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