Le Barreau du Québec présente sa marque employeur autour du « juste équilibre », du bien-être et d’un environnement de travail sain. Mais ses propres procès-verbaux, des avis publiés par des employés sur Indeed et Glassdoor, un conflit syndical ayant mené à une grève et une décision du Tribunal administratif du travail racontent un portrait beaucoup plus contrasté. En 2023, le Barreau reconnaissait déjà trois enjeux à améliorer à l’interne. Deux ans plus tard, la surcharge de travail se retrouvait au cœur d’un conflit avec une quarantaine de ses avocats salariés.
« Une organisation qui a votre bien-être à cœur vous attend. » La formule apparaît encore aujourd’hui dans des offres d’emploi du Barreau du Québec. Sur sa page Carrières, l’Ordre affirme mettre en place les conditions nécessaires pour permettre à ses employés de trouver un « juste équilibre » entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle.
En juin 2024, lorsqu’il dévoile publiquement sa marque employeur, le Barreau va plus loin. Il affirme que ses employés aiment leur travail et leurs collègues, qu’ils sont attachés à l’organisation et que l’ambiance y est agréable, respectueuse et inclusive.
Cette présentation n’est pourtant qu’une partie du portrait. Des documents publics du Barreau montrent qu’avant même cette campagne, sa direction avait identifié des difficultés en matière de communication et de développement professionnel. Des employés et anciens employés ont aussi publié sur Indeed et Glassdoor des évaluations allant de l’expérience très positive à des critiques sévères de la gestion et de l’organisation du travail. Puis, en 2025, une quarantaine d’avocats salariés sont entrés en conflit de travail avec l’Ordre, notamment sur une question de surcharge de travail.
« Employeur remarquable » : d’abord un programme interne
Le terme « employeur remarquable » n’est pas né avec les commentaires d’employés ni avec le conflit syndical. Il était déjà utilisé officiellement à l’intérieur du Barreau.
Dans le procès-verbal d’une réunion du conseil d’administration tenue le 21 septembre 2023, la directrice générale, Me Catherine Ouimet, présente aux administrateurs le programme d’amélioration continue « Employeur remarquable ».
Un premier sondage avait été réalisé auprès des employés en 2021. Un second venait d’être complété. Selon le procès-verbal, ce deuxième exercice avait permis d’identifier trois principaux enjeux sur lesquels le Barreau devait travailler : des outils informatiques plus performants, le développement professionnel des employés et une meilleure communication de l’équipe de direction vers les employés.
Le même document apporte une précision importante : le Barreau indiquait alors qu’il n’entreprenait pas de processus de certification d’employeur. L’expression « Employeur remarquable » désignait donc le programme d’amélioration continue présenté à l’interne, et non une certification obtenue par l’organisation.
Trois priorités ressortaient du sondage des employés : améliorer les outils informatiques, favoriser le développement professionnel et accroître la communication de la direction vers les employés.
Un mois plus tard : rétention élevée et roulement inférieur au marché
Les documents publics du Barreau ne présentent pas uniquement des problèmes.
Lors d’une réunion du conseil d’administration tenue le 19 octobre 2023, la direction générale indiquait que le taux de roulement des employés était inférieur au taux moyen observé sur le marché et que le taux de rétention était élevé.
La direction annonçait également qu’une campagne de prévention portant sur le bien-être au travail serait lancée en collaboration avec l’équipe des communications.
Le portrait présenté au conseil d’administration était donc déjà nuancé : certains enjeux avaient été identifiés grâce aux sondages internes, mais l’organisation rapportait parallèlement des indicateurs favorables en matière de rétention de son personnel.
En 2024, la marque employeur devient publique
Le 20 juin 2024, le Barreau rend publique sa marque employeur. Le message insiste sur le bien-être, la conciliation travail-vie personnelle, le travail hybride, la diversité et l’engagement des équipes.
L’Ordre affirme vouloir permettre à ses employés d’évoluer dans un « environnement sain et motivant » et soutient que le juste équilibre est facilité par plusieurs conditions de travail.
« Les membres du personnel du Barreau aiment leur travail, leurs collègues. »
Barreau du Québec — marque employeur, 20 juin 2024
Le message institutionnel est clair. Pour savoir comment cette expérience est perçue par certaines personnes qui disent y travailler ou y avoir travaillé, deux plateformes d’évaluation permettent toutefois d’observer un portrait beaucoup moins uniforme.
Indeed et Glassdoor : deux petits échantillons, des expériences très différentes
Indeed et Glassdoor publient des évaluations anonymes attribuées à des employés ou anciens employés. Ces plateformes ne constituent pas des sondages scientifiques et leurs échantillons sont particulièrement faibles dans le cas du Barreau du Québec. Elles ne permettent donc pas de mesurer à elles seules le climat de travail de l’ensemble de l’organisation.
Au moment de notre vérification, Indeed affiche une note globale de 2,3 étoiles sur 5, basée sur sept avis. Sur Glassdoor, la fiche « Quebec Bar » affiche pour sa part 3,4 sur 5 à partir de six avis. Glassdoor indique également que 51 % des répondants recommanderaient l’employeur à un proche.
| Plateforme | Note globale | Avis affichés | Portrait général |
|---|---|---|---|
| Indeed | 2,3 / 5 | 7 | Plusieurs avis récents très critiques, notamment sur la gestion, l’organisation du travail, la progression et la surcharge. |
| Glassdoor | 3,4 / 5 | 6 | Portrait très partagé : plusieurs évaluations à 5 étoiles, mais aussi plusieurs avis à 2 étoiles dénonçant la gestion ou le climat de travail. |
Indeed : des commentaires récents particulièrement sévères
Les avis publiés sur Indeed ne sont pas tous négatifs. En décembre 2018, une personne qui travaillait notamment à l’entrée de données et à la répartition des appels accordait quatre étoiles sur cinq au Barreau. Elle donnait également quatre étoiles à l’équilibre travail-vie personnelle, au salaire et à la gestion. Son principal reproche concernait plutôt la sécurité d’emploi.
« Belle équipe – heures de travail – salaire »
Avis Indeed — 7 décembre 2018
Les commentaires visibles à partir de 2024 deviennent toutefois beaucoup plus critiques.
Le 30 juillet 2024, une personne identifiée comme préposé à Montréal accorde deux étoiles sur cinq au Barreau sous le titre « Passez votre tour ». L’auteur reconnaît des salaires élevés et juge la conciliation avec la vie personnelle adéquate. Son évaluation de l’équilibre travail-vie personnelle est d’ailleurs de cinq étoiles sur cinq et celle de la rémunération de quatre étoiles.
Son appréciation de la gestion, de la culture d’entreprise ainsi que de la sécurité d’emploi et de l’évolution professionnelle tombe cependant à une étoile.
« Les employés sont beaucoup consultés mais sont néanmoins ignorés. »
Avis Indeed — préposé, Montréal, 30 juillet 2024
Dans les aspects négatifs, cette personne évoque également de « graves lacunes dans l’organisation du travail et la gestion de personnel » ainsi qu’une inertie qu’elle attribue aux gestionnaires.
Le 13 avril 2024, une personne affirmant avoir travaillé au service à la clientèle à Montréal attribue une étoile sur cinq au Barreau. Son avis porte simplement le titre « Toxique ».
Le témoignage décrit notamment des problèmes de communication, un manque de soutien de la direction, des tensions entre collègues, un leadership que l’auteur juge autoritaire et une importante pression liée au travail.
« La surcharge de travail était un problème majeur. »
Avis Indeed — service à la clientèle, Montréal, 13 avril 2024
Cette personne accorde une étoile dans chacune des cinq catégories évaluées sur Indeed.
Un autre avis, daté du 26 mars 2025 et publié par une personne identifiée comme avocat à Québec, attribue également une seule étoile au Barreau sous le titre « Quelle honte cette organisation! ». L’auteur inscrit « Rien » comme point positif et « Tout » comme point négatif.
Glassdoor : de l’« excellente expérience » au « milieu toxique »
Glassdoor raconte une histoire plus partagée. Sa moyenne de 3,4 sur 5 cache des évaluations situées aux deux extrêmes : trois des témoignages transmis à EnDroit.ca accordent cinq étoiles au Barreau, tandis que d’autres en accordent seulement deux.
L’avis le plus récent parmi ceux consultés, publié le 13 janvier 2026 par une personne identifiée comme analyste-programmeur, employée depuis plus d’un an à Montréal, accorde cinq étoiles sur cinq et porte le titre « Excellente expérience au Barreau du Québec ».
« La bienveillance de l’ensemble des employés et de la Direction est vraiment un gage de qualité. »
Avis Glassdoor — analyste-programmeur, Montréal, 13 janvier 2026
L’auteur souligne positivement les missions et le cadre de travail. L’inconvénient qu’il identifie concerne plutôt la lenteur de certains processus de validation.
Le 9 septembre 2024, un ancien agent administratif accorde lui aussi cinq étoiles au Barreau sous le titre « Très bon employeur ». Il cite comme avantages le cadre de travail, le télétravail et une entreprise qu’il décrit comme étant en évolution. Son reproche concerne le logiciel utilisé, qu’il juge très limitant.
En septembre 2022, une personne employée depuis moins d’un an avait également donné cinq étoiles, évoquant une bonne équipe, de bons avantages et le fonctionnement hybride.
En janvier 2026, un analyste-programmeur accorde 5 étoiles et décrit une « excellente expérience ». En décembre 2023, un agent administratif accorde 2 étoiles sous le titre « Bien sur papier, détestable en réalité ».
L’avis du 25 décembre 2023, publié par une personne identifiée comme agent administratif et employée depuis plus d’un an, présente effectivement une expérience radicalement différente. Elle accorde deux étoiles sur cinq au Barreau et reconnaît comme avantage des salaires qu’elle juge élevés par rapport au niveau de responsabilités.
Les critiques sont toutefois nombreuses : l’auteur reproche à l’organisation un encadrement insuffisant, une mauvaise organisation du travail ainsi que des engagements qui, selon lui, ne se concrétisent pas. Il décrit également très négativement certaines pratiques de gestion.
« Aucune progression professionnelle possible, latérale seulement. »
Avis Glassdoor — agent administratif, Montréal, 25 décembre 2023
Cette remarque est particulièrement intéressante lorsqu’elle est mise en parallèle avec le sondage interne présenté au conseil d’administration quelques mois auparavant, dans lequel le développement professionnel des employés figurait justement parmi les trois enjeux sur lesquels le Barreau disait devoir travailler. Cette correspondance ne permet pas de confirmer le témoignage individuel, mais elle montre que le thème de la progression professionnelle ne se retrouve pas uniquement sur une plateforme d’avis.
Un autre témoignage Glassdoor, publié le 14 octobre 2020 par une personne identifiée comme avocat et employée depuis plus de cinq ans, attribue également deux étoiles. Son titre : « Gestion inefficace et milieu toxique ».
L’auteur reconnaît pourtant plusieurs aspects positifs : la sécurité d’emploi, un travail qu’il juge peu stressant et une mission de protection du public qu’il considère intéressante. Il reproche en revanche à l’organisation l’absence de possibilités d’avancement, un manque d’écoute qu’il attribue aux gestionnaires, des coupures de postes et un manque de reconnaissance du travail d’équipe.
Enfin, un ancien employé anonyme accordait deux étoiles en novembre 2019. Il soulignait positivement le régime de retraite, mais critiquait sévèrement la vision et l’efficacité qu’il attribuait aux gestionnaires.
Des avis anonymes qui ne permettent pas de généraliser
Au total, les deux plateformes offrent donc des expériences parfois contradictoires. Certains employés décrivent un cadre de travail agréable, le télétravail, de bons avantages et une direction bienveillante. D’autres parlent plutôt de problèmes d’organisation, de gestion, de communication ou d’avancement professionnel.
Avec sept avis sur Indeed et six sur Glassdoor, quelques commentaires peuvent faire varier fortement les moyennes. EnDroit.ca ne peut par ailleurs confirmer l’identité des auteurs ni vérifier indépendamment que chacun a occupé le poste qu’il indique.
Il serait donc injustifié de transformer ces treize évaluations en portrait de l’ensemble des employés du Barreau. Elles deviennent toutefois plus pertinentes lorsqu’on constate que certains des thèmes qui y apparaissent — communication, développement professionnel, organisation du travail et surcharge — se retrouvent aussi dans des documents institutionnels ou dans le conflit collectif qui a suivi.
Des avis anonymes à un véritable conflit de travail
Une quarantaine d’avocats salariés du Barreau, représentés par le Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau, section locale 571, se retrouvent sans convention collective à compter du 31 mars 2024.
Selon le syndicat, l’un des principaux enjeux de la négociation concerne la surcharge de travail et l’embauche de professionnels supplémentaires afin de traiter des dossiers qu’il affirme plus nombreux et plus complexes. La rémunération et le régime de retraite font également partie des négociations.
Le SEPB soutient que certains avocats doivent travailler le soir et parfois la fin de semaine afin de maintenir le rythme. Il affirme également que la direction ne reconnaît pas l’ampleur de la surcharge. Le Barreau, de son côté, mise notamment sur sa transformation numérique et affirme pendant le conflit demeurer ouvert à une entente négociée.
En décembre 2024, 95 % des membres de cette unité syndicale votent en faveur d’un mandat de deux journées de grève non consécutives.
26 mars 2025 : les avocats salariés débraient
La première journée de grève est tenue le 26 mars 2025.
Le conflit porte notamment sur la rémunération, la charge de travail et le régime de retraite. Le syndicat demande entre autres l’embauche de professionnels supplémentaires. Le Barreau indique pour sa part vouloir poursuivre les discussions afin d’arriver à une entente.
Le conflit ne concerne toutefois pas l’ensemble des employés du Barreau. Il vise une unité regroupant une quarantaine d’avocats salariés. Cette distinction est importante lorsque l’on met ces événements en parallèle avec les avis publiés par des personnes occupant différentes fonctions dans l’organisation.
« Employeur remarquable, on attend… »
Le conflit donne lieu à un moyen de pression directement inspiré du vocabulaire utilisé par le Barreau lui-même.
Selon la décision Barreau du Québec c. Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau, section locale 571, SEPB CTC-FTQ, 2025 QCTAT 1491, des salariés modifient leur signature électronique afin d’y inscrire :
« employeur remarquable, on attend… »
2025 QCTAT 1491 — moyen de pression syndical
Les salariés cessent également d’effectuer la fermeture officielle de certains dossiers dans le système interne. Le Barreau considère ce moyen de pression comme un ralentissement illégal de travail et s’adresse au Tribunal administratif du travail.
Au stade provisoire, le Tribunal conclut que le refus de fermer les dossiers constitue à première vue une tâche normale qui n’est plus effectuée et que le syndicat a encouragé un ralentissement d’activités contraire à l’article 108 du Code du travail. La demande provisoire du Barreau est accueillie.
Le Tribunal conclut également que le syndicat n’a pas démontré, à cette étape, que l’employeur entravait ses activités syndicales.
Le Tribunal n’a pas conclu que le Barreau était un bon ou un mauvais employeur et n’a pas validé les commentaires publiés sur Indeed ou Glassdoor. La décision porte sur la légalité de moyens de pression précis dans un contexte de négociation collective.
84 % acceptent le règlement
Le conflit se règle finalement le 9 mai 2025.
Selon le SEPB-571, 84 % des membres acceptent la recommandation du conciliateur, mettant fin à plus d’un an de négociations.
Sur le plan salarial, les syndiqués obtiennent une augmentation de 14 % sur quatre ans.
La question de la surcharge ne disparaît toutefois pas de l’entente. Le syndicat annonce la création d’un comité paritaire chargé de chercher des solutions à cette problématique. Il précise qu’il aurait souhaité obtenir des mesures plus concrètes, mais qu’il entend participer aux travaux du comité.
Nos recherches dans les sources publiques accessibles au moment de publier n’ont pas permis d’identifier un rapport public détaillant les conclusions de ce comité ou indiquant précisément quelles mesures auraient depuis été adoptées à la suite de ses travaux.
Le Barreau surveille lui-même son climat organisationnel
Le rapport annuel 2025-2026 du Barreau contient une information particulièrement pertinente lorsqu’on cherche à comprendre le climat de travail à l’intérieur de l’organisation.
Le mandat du Comité des ressources humaines prévoit qu’il reçoit annuellement un rapport de la direction générale portant notamment sur la gestion des risques liés aux ressources humaines, le climat organisationnel, l’état des relations de travail et la gestion de la performance des directeurs.
Le rapport annuel public décrit ce mécanisme, mais ne fournit pas à cet endroit les résultats détaillés de l’évaluation du climat organisationnel.
Au 31 mars 2026, le Barreau déclarait 184 employés au Barreau du Québec et 43 à l’École du Barreau. En tenant compte des différents horaires de travail, le rapport calcule l’équivalent d’une moyenne de 221,58 employés à 35 heures par semaine.
Les états financiers indiquent par ailleurs des dépenses de 23 630 309 $ en salaires et charges sociales en 2025-2026, comparativement à 22 429 211 $ l’année précédente.
Des changements dans l’organisation du travail
Le rapport annuel montre également que certains secteurs du Barreau ont connu des changements importants dans leur organisation du travail. Il ne permet cependant pas d’établir que ces changements découlent directement du conflit syndical.
Au Bureau du syndic, le Barreau reconnaît une augmentation constante des demandes d’enquête ainsi que du volume de pages et de documents dans les dossiers. Une réorganisation du travail a été priorisée et une Unité de traitement accéléré des dossiers a été mise en place afin d’effectuer une analyse sommaire de certaines demandes.
Selon le Barreau, l’implantation de cette unité et les mesures qui l’accompagnent ont contribué à une progression de près de 30 % du traitement et de la fermeture des dossiers d’enquête au cours de l’exercice 2025-2026. L’organisation indique également que des outils technologiques doivent être intégrés pour poursuivre l’optimisation.
Ces changements montrent que l’organisation reconnaît une hausse du volume de travail dans certains secteurs et cherche à modifier ses processus. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de déterminer si la surcharge dénoncée par les avocats salariés a été résorbée.
Le Barreau recommande lui-même de prévenir la surcharge
Le contraste est d’autant plus intéressant que le Barreau conseille lui-même aux avocats et aux organisations juridiques de prévenir les situations de surcharge.
Dans son guide pratique sur les devoirs et obligations déontologiques, une section consacrée au devoir de compétence recommande de mettre en place des mesures afin d’éviter une charge de travail susceptible de nuire à la qualité des services.
« Adopter des mesures pour éviter la surcharge de travail. »
Barreau du Québec — guide sur le devoir de compétence
Cette recommandation vise la pratique professionnelle des avocats et ne constitue évidemment pas une conclusion sur les conditions de travail des propres salariés du Barreau. Elle montre néanmoins que la surcharge est un enjeu dont l’Ordre reconnaît lui-même les conséquences possibles sur la qualité du travail juridique.
De 2021 à 2026 : cinq années de signaux différents
| Période | Élément documenté |
|---|---|
| 2021 | Premier sondage auprès des employés dans le cadre de la démarche « Employeur remarquable ». |
| 2023 | Un deuxième sondage identifie trois enjeux : outils informatiques, développement professionnel et communication de la direction vers les employés. Le Barreau rapporte aussi un taux de roulement inférieur au marché et une rétention élevée. |
| 2024 | Lancement public de la marque employeur autour du « juste équilibre » et de l’environnement sain. Des avis très positifs et très négatifs sont parallèlement visibles sur les plateformes d’évaluation. |
| 2025 | Une quarantaine d’avocats salariés entrent en conflit de travail. Une journée de grève est tenue. La surcharge, la rémunération et le régime de retraite font partie des enjeux. L’entente prévoit notamment un comité paritaire sur la surcharge. |
| 2026 | Le rapport annuel confirme que le Comité des ressources humaines reçoit annuellement de l’information sur le climat organisationnel et les relations de travail. Un avis Glassdoor publié en janvier 2026 décrit par ailleurs une expérience très positive. |
Derrière la marque employeur
Les évaluations publiées sur Indeed et Glassdoor ne permettent pas, à elles seules, de conclure que le Barreau du Québec constitue un bon ou un mauvais milieu de travail. Leur nombre est faible, leurs auteurs sont anonymes et les expériences décrites varient considérablement selon les postes et les périodes.
C’est d’ailleurs ce qui ressort désormais beaucoup plus clairement du portrait. Sur Glassdoor, un employé parle en 2026 de bienveillance et d’une excellente expérience; un autre, quelques années auparavant, parle plutôt d’une gestion inefficace. Sur Indeed, une personne évoquait en 2018 une belle équipe et de bonnes conditions, tandis que plusieurs commentaires plus récents sont nettement plus sévères.
La marque employeur du Barreau ne peut davantage, à elle seule, établir l’expérience vécue par tous ses employés.
Ce qui rend le dossier plus intéressant que la simple compilation d’avis en ligne est l’existence d’autres sources. Les propres procès-verbaux du Barreau montrent qu’il avait identifié des enjeux de communication et de développement professionnel. Ils indiquent également qu’il rapportait une forte rétention à la même période. Puis, en 2025, une partie de ses avocats salariés a mené un conflit collectif dans lequel la surcharge de travail occupait une place importante.
Ce conflit a mené à une journée de grève, à une procédure devant le Tribunal administratif du travail et finalement à la création d’un comité paritaire chargé de travailler sur la surcharge.
Pendant ce temps, le Barreau continue de mettre de l’avant le bien-être, l’équilibre et un environnement sain lorsqu’il recrute.
Une donnée demeure particulièrement intéressante : le Comité des ressources humaines reçoit chaque année de la direction générale un rapport portant notamment sur le climat organisationnel et l’état des relations de travail.
Après les sondages de 2021 et 2023, les témoignages extrêmement partagés des employés, le conflit de 2025 et la création d’un comité sur la surcharge, cette information interne permettrait de documenter beaucoup plus directement l’évolution réelle du milieu de travail.
Deux ans après le lancement public de sa marque employeur et plus d’un an après le règlement du conflit de travail, que disent aujourd’hui les propres indicateurs du Barreau sur le climat vécu par ses employés?
Précision méthodologique. Les avis publiés sur Indeed et Glassdoor sont anonymes. EnDroit.ca ne peut confirmer l’identité de leurs auteurs ni vérifier indépendamment chacune des expériences décrites. Les notes, le nombre d’avis et les pourcentages affichés par ces plateformes peuvent également évoluer après la publication de cet article.
Précision sur les avis. Les témoignages d’employés sont présentés comme tels et non comme des faits établis concernant l’ensemble du milieu de travail. Leur intérêt réside notamment dans la diversité des expériences rapportées et dans le fait que certains thèmes se retrouvent également dans des sources institutionnelles ou syndicales indépendantes.
Précision sur « Employeur remarquable ». Le procès-verbal du 21 septembre 2023 décrit « Employeur remarquable » comme un programme d’amélioration continue entrepris par le Barreau. La direction précisait alors qu’aucun processus de certification d’employeur n’était entrepris.
Précision sur le conflit de travail. La grève et la négociation de 2024-2025 concernaient une unité d’une quarantaine d’avocats syndiqués et non l’ensemble du personnel du Barreau du Québec. Les affirmations concernant la surcharge et certaines conditions de travail sont attribuées au SEPB-571 lorsqu’elles proviennent du syndicat.
Décision du TAT. La décision 2025 QCTAT 1491 concernait des demandes d’ordonnances provisoires relatives à certains moyens de pression. Elle ne constitue pas une évaluation générale du Barreau comme employeur et ne confirme pas les témoignages anonymes publiés sur Indeed ou Glassdoor.
Droit de réplique. Le Barreau du Québec, le SEPB-571, les employés ou anciens employés concernés et toute personne directement visée par cet article peuvent transmettre leurs précisions ou commentaires à EnDroit.ca à l’adresse endroit.ca@outlook.com.
Sources
Barreau du Québec — « Le Barreau du Québec est fier de sa marque employeur », 20 juin 2024.
Barreau du Québec — Page Carrières, consultée en octobre 2026.
Barreau du Québec — Procès-verbal du conseil d’administration du 21 septembre 2023, programme « Employeur remarquable » et sondages des employés.
Barreau du Québec — Procès-verbal du conseil d’administration du 19 octobre 2023, taux de roulement, rétention et bien-être au travail.
Indeed — Avis des employés du Barreau du Québec, consultés le 2 octobre 2026.
Glassdoor — Profil et avis « Quebec Bar », consultés le 2 octobre 2026.
SEPB-571 — Négociation et mandat de grève des avocats salariés du Barreau, 2025.
Tribunal administratif du travail — Barreau du Québec c. Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau, section locale 571, SEPB CTC-FTQ, 2025 QCTAT 1491.
SEPB-571 — « Les syndiqué.es du Barreau acceptent la recommandation du conciliateur », mai 2025.
Barreau du Québec — Rapport annuel 2025-2026, notamment le Comité des ressources humaines, le personnel, les états financiers et l’Unité de traitement accéléré des dossiers.
Barreau du Québec — Guide pratique sur les devoirs et obligations déontologiques, section sur la prévention de la surcharge de travail.
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