Simon Jolin-Barrette annonce la création d’un forum régional sur le transport collectif dans sa circonscription de Borduas. L’idée est bonne.
Réunir les municipalités, écouter leurs réalités, chercher des solutions concrètes pour améliorer l’offre, l’accessibilité et le financement du transport collectif : difficile d’être contre ça. C’est exactement ce qu’on attend d’un député lorsqu’un service essentiel fonctionne mal ou ne répond plus suffisamment aux besoins de la population.
Mais en lisant son annonce, une autre fonction de Simon Jolin-Barrette vient nécessairement à l’esprit.
Il est aussi ministre de la Justice du Québec.
Et s’il existe actuellement au Québec un autre service essentiel qui aurait grandement besoin qu’on réunisse les acteurs, qu’on écoute les citoyens et qu’on s’intéresse sérieusement aux obstacles d’accès, c’est bien la justice.
Parce que l’accès à la justice ne consiste pas simplement à avoir un palais de justice quelque part sur une carte.
Encore faut-il pouvoir s’y rendre juridiquement.
Il faut pouvoir comprendre la procédure. Trouver un avocat — et être capable de le payer. Obtenir son dossier. Comprendre une décision. Respecter des délais parfois complexes. Savoir quelle demande déposer, devant quelle instance et de quelle façon. Et lorsque l’on doit se représenter seul, il faut essayer de naviguer dans un système essentiellement conçu par des juristes et pour des juristes.
Pour beaucoup de citoyens, ce n’est plus une question théorique.
Une personne peut avoir parfaitement accès au bâtiment et pourtant n’avoir pratiquement aucun accès réel à la justice qui s’y rend.
C’est d’ailleurs pourquoi l’image du transport est assez intéressante.
Lorsqu’un train ne passe pas, qu’un autobus n’existe pas ou qu’une municipalité est mal desservie, personne ne répond au citoyen : « Le réseau existe, débrouillez-vous. »
On cherche normalement à comprendre où se trouve le problème.
En justice, trop souvent, l’existence du tribunal semble suffire à conclure que l’accès existe lui aussi.
Ce n’est pas la même chose.
Alors oui, M. Jolin-Barrette, créons un forum régional sur le transport collectif. Écoutons les municipalités. Cherchons les obstacles. Réunissons les gens capables de les régler.
Mais puisque cette méthode semble vous paraître bonne pour le transport, elle pourrait aussi servir au ministère de la Justice.
Réunir les citoyens, les justiciables non représentés, les organismes communautaires, les avocats, les juges, les chercheurs et ceux qui travaillent chaque jour avec les gens qui n’arrivent plus à naviguer dans le système serait peut-être un excellent point de départ.
Parce qu’au Québec, il n’y a pas que des citoyens qui attendent leur autobus.
Il y en a aussi beaucoup qui attendent encore d’avoir véritablement accès à la justice.
Note éditoriale. Ce texte est une chronique d’opinion signée par l’éditeur d’EnDroit.ca. Il commente une annonce publique du député de Borduas et ne rapporte aucune allégation à l’endroit de qui que ce soit.
Droit de réplique. Simon Jolin-Barrette et le ministère de la Justice du Québec peuvent nous écrire à endroit.ca@outlook.com. Nous publierons intégralement toute réponse reçue.
Sources
Annonce publique de Simon Jolin-Barrette, député de Borduas, concernant la création d’un forum régional sur le transport collectif.
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