Faute de services de réadaptation suffisants au Nunavik, des jeunes Inuit sont hébergés dans la région de Montréal. L’enquête de 2021 décrit des obstacles à l’usage de l’inuktitut, des contacts familiaux limités, un suivi social fragilisé par la distance et une exclusion durable du système scolaire régulier.
L’enquête a été ouverte de la propre initiative de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Elle visait d’abord la langue maternelle et le suivi social des jeunes Inuit hébergés dans des unités du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.
La Commission a ensuite élargi son examen au droit à l’éducation après avoir constaté que des jeunes hébergés tant dans les unités du CIUSSS que dans celles du Centre de santé Tulattavik à Dorval ne recevaient pas une scolarisation qualifiante.
Une offre de réadaptation insuffisante au Nunavik
Le point de départ est structurel : l’offre limitée d’hébergement en réadaptation au Nunavik force plusieurs jeunes à quitter leur communauté. Le déplacement les éloigne de leur famille élargie, de leur territoire, de leur langue et de leur mode de vie traditionnel.
Tous les acteurs rencontrés reconnaissent que les unités du Sud ne répondent pas de façon optimale aux besoins des jeunes concernés. La Commission ne réduit donc pas le problème à un comportement individuel; elle examine l’organisation même des services.
Aucune interdiction formelle, mais des obstacles pratiques
L’enquête ne révèle pas de règle générale interdisant aux jeunes de parler l’inuktitut. Elle constate cependant que les codes de vie ne réaffirment pas positivement ce droit, ne sont pas traduits et que les intervenants n’ont pas toujours accès à des interprètes.
Dans certaines interventions de surveillance, les jeunes peuvent se sentir contraints d’utiliser l’anglais pour être compris du personnel. Pour la Commission, cet environnement peut produire un sentiment d’insécurité face à l’usage de la langue et contredit les principes de sécurisation culturelle.
Des activités ponctuelles qui ne remplacent pas les liens vivants
Certains jeunes se retrouvent seuls dans une unité, sans pair avec qui parler leur langue. Des activités culturelles sont offertes, mais elles dépendent d’organismes externes, ne sont pas toujours conçues avec les jeunes et ne peuvent recréer le rapport au territoire et à la famille élargie.
La Commission demande notamment une consultation des jeunes, un plan d’action élaboré avec des organismes inuit et une programmation permettant aux jeunes de socialiser entre eux et de parler leur langue.
La distance affaiblit la relation avec l’intervenant principal
Les intervenants du Nunavik responsables des dossiers ne peuvent pas rencontrer régulièrement les jeunes en personne. L’éloignement réduit également les possibilités de réintégration progressive dans la communauté, pourtant centrale dans une démarche de réadaptation.
Aucun seuil minimal de visites annuelles n’était déterminé ou respecté, et les contacts téléphoniques avec la famille étaient limités. La Commission recommande des rencontres régulières avec l’intervenant, des contacts technologiques mieux organisés et davantage de visites dans la communauté.
Des jeunes maintenus hors d’une scolarisation qualifiante
Au Nunavik, les enfants inuit peuvent étudier en anglais sans déclaration d’admissibilité. Dès qu’ils sont hébergés dans le Sud, cette admissibilité devient liée au territoire et exige des démarches administratives. L’obtention des documents a créé une situation chronique de non-fréquentation scolaire.
Une proportion importante des jeunes hébergés dans certaines unités depuis 2010 a reçu du tutorat non qualifiant plutôt qu’une scolarité reconnue. À Dorval, la Commission évoque des dizaines, voire des centaines de jeunes privés de scolarisation qualifiante depuis 2011. Les DPJ n’avaient pas utilisé les voies de dérogation ou humanitaire disponibles.
Éviter que les enfants passent sous le radar
Les responsabilités scolaires étaient territoriales : les commissions scolaires anglophones des lieux d’hébergement devaient assurer la scolarisation. Une entente de tutorat avec Kativik Ilisarniliriniq a néanmoins contribué à ce que les jeunes demeurent invisibles pour le système scolaire local.
La Commission recommande des ententes claires entre DPJ et commissions scolaires, un recensement annuel, un registre de scolarisation, une solution durable à l’admissibilité à l’enseignement en anglais et des services éducatifs culturellement sécurisants, incluant si possible des cours d’inuktitut et des enseignants autochtones.
Les principaux repères du dossier
Ce que les documents permettent d’établir
La Commission décrit une exclusion institutionnelle à la fois linguistique, culturelle, sociale et scolaire. Le placement dans le Sud ne peut être évalué seulement par la disponibilité d’un lit : il doit aussi préserver les droits, les liens et le développement du jeune.
La Commission n’a pas constaté une interdiction formelle générale de l’inuktitut. Le manquement documenté réside dans les restrictions pratiques, l’absence de garanties positives, le manque d’interprétation et l’environnement institutionnel.
Recommandations et points de suivi
Voir les mesures à suivre
Cette fiche distingue les faits établis par les documents publics, les déclarations attribuées à une source et les questions encore ouvertes. Elle sera corrigée ou enrichie si un jugement, un rapport, une réponse institutionnelle ou une nouvelle décision devient public.
La protection de l’identité des enfants et des familles prévaut sur l’ajout de détails sensationnels.

