Pour des milliers de Québécois qui n’ont ni les moyens d’un avocat privé ni accès à l’aide juridique, l’intelligence artificielle devient une bouée de sauvetage inattendue — désormais reconnue par le Barreau et la magistrature.
Face à la complexité croissante du système judiciaire et aux coûts prohibitifs des services juridiques, une révolution silencieuse est en marche.
L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme le nouvel outil des justiciables qui doivent affronter seuls les tribunaux — une réalité que le Québec commence à prendre très au sérieux.
Le vide entre l’aide juridique et l’avocat privé
Il existe au Québec une zone grise largement méconnue : celle des citoyens dont les revenus dépassent les seuils d’admissibilité à l’aide juridique, mais qui ne peuvent pas pour autant se payer les services d’un avocat privé.
Ce sont ces justiciables — parents en litige de garde, petits entrepreneurs en conflit commercial, locataires aux prises avec un propriétaire — qui se retrouvent seuls face à un système conçu pour ceux qui maîtrisent son langage.
Ce que le Barreau reconnaît officiellement
Le Barreau du Québec a publié en décembre 2025 un guide pratique spécifiquement destiné aux personnes qui se représentent seules devant les tribunaux, reconnaissant ainsi officiellement la réalité de ce phénomène en pleine croissance.
Martine Meilleur, porte-parole du Barreau, l’a confirmé :
Le phénomène de la représentation seule n’est pas en voie de disparition, bien au contraire, pour toutes sortes de raisons, notamment les coûts d’avocat. C’est sûr que c’était le souci du Barreau. — Martine Meilleur, porte-parole · Barreau du Québec
Ce guide identifie trois usages légitimes et bénéfiques de l’IA pour le justiciable non représenté.
La juge en chef du Québec y croit
Le potentiel de l’IA pour désengorger les tribunaux et améliorer l’accès à la justice suscite même l’enthousiasme au sommet de la magistrature.
La juge en chef du Québec, Manon Savard, s’est dite ouverte à l’idée d’intégrer ces technologies, évoquant des applications concrètes comme la gestion documentaire, la transcription rapide des notes sténographiques et le soutien à la recherche juridique.
Le gros défi sera de trouver l’équilibre entre le recours à l’intelligence artificielle pour ce qui peut favoriser l’accès à la justice et le maintien de notre indépendance et de notre impartialité. — Manon Savard, juge en chef du Québec
La Cour fédérale du Canada reconnaît elle aussi officiellement parmi les avantages de l’IA le soutien aux parties non représentées dans leur compréhension de la procédure judiciaire — une reconnaissance institutionnelle majeure.
Ce que l’IA peut faire — concrètement et positivement
Utilisée avec discernement, l’IA offre des bénéfices réels et documentés pour le justiciable non représenté.
Un mouvement qui dépasse le Québec
Cette transformation n’est pas propre au Québec. À l’échelle internationale, l’IA inclusive est reconnue comme un levier pour permettre aux populations historiquement non représentées d’accéder à leurs droits fondamentaux.
Le portail Justice à l’ère de l’IA générative du Barreau du Québec offre d’ailleurs des ressources structurées pour le grand public, avec une approche centrée sur l’explication en langage simple et l’orientation vers les bons services.
Un outil d’assistance, jamais un substitut
Le consensus des experts est clair : l’IA doit rester un outil d’assistance, jamais un substitut au jugement humain. Il convient toujours de vérifier les informations générées auprès de sources officielles fiables.
Sources
Cet article s’appuie sur le guide pratique du Barreau du Québec destiné aux justiciables non représentés (décembre 2025), sur les déclarations publiques de Martine Meilleur, porte-parole du Barreau, et de la juge en chef Manon Savard, ainsi que sur les travaux du Laboratoire de cyberjustice de l’Université de Montréal et les ressources de la Cour fédérale du Canada.
Ensemble, on va plus loin.
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