Vous venez de voir le témoignage de Julien. Reste la question qui compte vraiment : qu’est-ce que ça change ? Parce que son histoire n’est pas un cas isolé — c’est le symptôme d’un système qui se juge lui-même. Et ce système se réunit en sommet dans quelques semaines.
Le témoignage de Julien. Voix anonymisée et certaines images générées par IA afin de protéger l’identité des enfants.
I — Qu’est-ce que ça change ?
Qu’est-ce que ça change ?
Vous venez de voir et d’entendre Julien : un père autiste, atteint du syndrome Gilles de la Tourette, qui a passé plus de quatre ans et demi à se défendre seul devant les tribunaux du Québec — jusqu’à se retrouver sans aucun contact avec ses jumeaux, malgré des rapports positifs en sa faveur. Son récit est difficile à entendre. Mais une fois l’émotion retombée, une question demeure, et c’est elle qui compte vraiment : qu’est-ce que ça change ?
Parce que l’histoire de Julien n’est pas, d’abord, une tragédie personnelle. C’est le symptôme d’un système. Chaque porte qui s’est refermée sur lui — le syndic, le greffe, les recours, les tribunaux — n’est pas un accident isolé. C’est le fonctionnement normal d’un modèle où une profession se surveille elle-même, se juge elle-même et se discipline elle-même. Et ce modèle, dans quelques semaines, se réunira en grand sommet pour s’inquiéter… de la confiance du public.
Nous ne reprendrons pas ici le détail de son parcours : vous venez de le voir, et le dossier complet est accessible au bas de cet article. Ce qui nous intéresse maintenant, c’est ce que cette histoire révèle — et le silence qu’on s’apprête, fort probablement, à maintenir là-dessus.
II — Un sommet pour la confiance
Un sommet pour la confiance
Les 8 et 9 septembre 2026, le Barreau du Québec tiendra son tout premier Sommet québécois sur l’État de droit, au Palais des congrès de Montréal. Sous le thème « S’unir pour protéger notre État de droit », l’événement réunira environ 750 personnes issues des milieux d’affaires, juridique, politique, universitaire et communautaire. Il sera animé par Paul Arcand et Marie-Claude Barrette, et se tiendra en pleine campagne électorale provinciale — un choix assumé par le bâtonnier, qui souhaite que l’on « parle de justice » pendant que les partis se disputent l’attention du public.
La prémisse du Sommet est solide, et il faut le reconnaître d’emblée. Selon un sondage Léger réalisé pour le Barreau, 43 % des Québécois estiment que leur confiance envers les institutions publiques a diminué au cours des dernières années. Deux tiers craignent une influence politique sur les décisions judiciaires. La méfiance envers le gouvernement, les partis et les médias atteint des sommets. Le diagnostic est juste : quelque chose se fissure dans le lien entre les citoyens et leurs institutions.
La vraie question est ailleurs. Où commence cette fissure ?
Le Sommet, on peut le prévoir, pointera surtout vers l’extérieur : le gouvernement, les tribunaux débordés, les médias, le climat politique. Ces facteurs sont réels. Mais il y a une hypothèse plus inconfortable, et c’est celle que nous posons : et si une partie de l’érosion naissait à l’intérieur même des institutions chargées de garder l’État de droit — y compris au cœur de la profession juridique, qui se réglemente elle-même ?
La loi est limpide : la fonction première du Barreau est d’assurer la protection du public, et non la défense de ses membres. Quand les deux entrent en conflit, toute la question est de savoir lequel l’institution protège d’instinct.
III — Ce que dit la loi
Ce que dit la loi : protéger le public
Le point de départ n’est pas une opinion, c’est un texte de loi. L’article 23 du Code des professions est sans ambiguïté : la fonction principale de tout ordre professionnel — le Barreau y compris — est d’assurer la protection du public. Pas la défense de ses membres. Pas la préservation de l’image de la profession. La protection du public. Pour y parvenir, l’ordre doit notamment contrôler l’exercice de la profession par ses membres.
C’est la raison d’être du système professionnel québécois, créé en 1973. Les ordres sont des organismes autogérés : ils adoptent leurs propres règlements, disciplinent leurs propres membres, et sont financés par les cotisations de ces mêmes membres. Au sein de chaque ordre, un syndic enquête sur les plaintes et veille au respect du code de déontologie. Le tout est chapeauté, de loin, par l’Office des professions du Québec, dont la mission est précisément de veiller à ce que chaque ordre remplisse son devoir de protection du public.
Sur papier, le système offre au citoyen une garantie de compétence et d’intégrité. Dans les faits, il repose sur un équilibre fragile, parce qu’il demande à une profession de se juger elle-même. C’est la tension structurelle de toute autorégulation : l’organisme qui protège le public est aussi celui dont les membres sont visés par les plaintes. Juge et partie. Et lorsque cet équilibre se rompt, le réflexe institutionnel peut tranquillement s’inverser — protéger le membre plutôt que le public, sans que personne ne l’ait jamais décidé ouvertement.
Que ce risque ne soit pas théorique, le système l’a déjà démontré. L’Office des professions a dû placer l’Ordre des ingénieurs sous administration lorsqu’il a jugé que la capacité de cet ordre à assurer sa mission première — protéger le public — était sérieusement compromise. Autrement dit : oui, un ordre professionnel peut faillir à son devoir fondamental. Le modèle n’est pas infaillible. Il est surveillé précisément parce qu’il peut dérailler.
IV — La question qui dérange
La question que le Sommet n’osera peut-être pas poser
Voici ce qu’il faut comprendre, et c’est tout le propos de cet article : ces drames sont évitables.
Quand une plainte peut s’éteindre avec la simple démission de l’avocat visé, comme si quitter l’ordre suffisait à effacer la question. Quand un citoyen frappe à toutes les portes du système professionnel et que toutes se referment poliment. Quand, plutôt que d’enquêter jusqu’au bout pour protéger le public, l’institution choisit — consciemment ou non — son propre confort. Chacun de ces maillons défaillants correspond à un endroit où la mission inscrite à l’article 23 a été trahie. Et chacun de ces choix, mis bout à bout, fabrique exactement le résultat que le Barreau s’apprête à déplorer en grande pompe : un citoyen qui ne croit plus que ses institutions sont là pour lui.
Alors voici la question que nous adressons au Sommet. Réunir 750 personnes pour s’inquiéter de l’érosion de la confiance, c’est utile. Mais le Barreau aura-t-il le courage de braquer le projecteur sur lui-même ? D’inscrire à l’ordre du jour la vraie question de fond : l’autorégulation — une profession qui se juge elle-même — est-elle encore un gage de protection du public, ou est-elle devenue, dans certains dossiers, un mécanisme de protection des membres ?
La vraie question pour les 8 et 9 septembre : le Barreau acceptera-t-il d’examiner sa propre autorégulation — son syndic, ses mécanismes de plainte, son fonds d’indemnisation — ou se contentera-t-il de désigner la défiance citoyenne comme un mal venu d’ailleurs ?
Un véritable État de droit ne se mesure pas à la solennité des sommets. Il se mesure à la capacité des institutions à se regarder en face quand un citoyen, le plus vulnérable de surcroît, vient leur dire qu’elles l’ont abandonné.
V — Ce n’est pas un cas isolé
Et ce n’est pas un cas isolé
Il faut le dire clairement, parce que c’est le cœur de ce que nous observons depuis des mois.
Le dossier de Julien n’est pas une exception. C’est par centaines que nous avons reçu, sur cette plateforme, des témoignages documentés de citoyens placés dans des situations presque identiques — mêmes portes fermées, mêmes recours vidés de leur sens, même sentiment d’avoir affaire à un système conçu pour ne jamais répondre.
Mais cela ne s’arrête pas aux citoyens. Des avocats — membres en règle du Barreau du Québec — communiquent avec nous en nombre croissant pour dénoncer leur propre organisme et le bureau du syndic. Des praticiens de l’intérieur, qui connaissent les rouages mieux que quiconque, et qui refusent désormais le silence. Et à venir : certains d’entre eux signeront prochainement, sur notre plateforme, une lettre ouverte adressée au ministère de la Justice, pour dénoncer publiquement cette situation et réclamer un examen sérieux de l’autorégulation de la profession.
Quand ce sont les membres eux-mêmes qui sonnent l’alarme sur l’organisme censé les encadrer, il devient difficile de prétendre que le problème est imaginaire.
Conclusion
La mesure d’un sommet réussi
Les 8 et 9 septembre, le Barreau parlera de confiance. Nous, nous parlerons de ce qui la détruit, dossier après dossier, derrière des portes qui se ferment poliment. La protection du public n’est pas un slogan de sommet : c’est une obligation légale, inscrite noir sur blanc à l’article 23 du Code des professions. Le jour où elle redeviendra une pratique plutôt qu’une formule, la confiance reviendra d’elle-même — sans qu’on ait besoin d’un palais des congrès pour la décréter. D’ici là, posez-vous la question que le Sommet, peut-être, n’osera pas poser.
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Note éditoriale. Ce texte est une chronique d’opinion d’intérêt public. EnDroit.ca est une plateforme citoyenne indépendante de journalisme juridique, non affiliée au Barreau du Québec ni à aucun organisme officiel. Aucun contenu publié ne constitue une accusation de faute déontologique contre un avocat individuel ni une accusation de mauvaise foi contre un syndic individuel : seules les instances compétentes peuvent prononcer de telles conclusions. La présomption d’innocence et la présomption de bonne foi sont strictement respectées. Les éléments relatifs au dossier de Julien constituent des allégations qui n’ont pas fait l’objet de conclusions judiciaires ou disciplinaires définitives. Cet article ne constitue pas un avis juridique. L’auteur n’est pas avocat.
Avertissement IA. Cette publication a été préparée avec l’aide d’outils d’IA générative, lesquels peuvent inventer des faits, des chiffres ou des articles de loi : vérifiez toujours auprès d’une source officielle, d’un avocat ou sur Légis Québec. La voix de la vidéo a été anonymisée et certaines images ont été générées par IA afin de protéger l’identité des enfants.
Sources et références
Le Sommet et les données de sondage. Barreau du Québec, communiqué « Perte de confiance dans nos institutions : le Barreau du Québec lance un premier sommet pour protéger l’État de droit au Québec » (CNW, 17 juin 2026) — dates (8 et 9 septembre 2026), lieu (Palais des congrès de Montréal), thème (« S’unir pour protéger notre État de droit »), 750 participants, animation (Paul Arcand et Marie-Claude Barrette), et résultats du sondage Léger (43 % de confiance en baisse ; 66 % craignent une influence politique sur les décisions judiciaires). Couverture : Le Devoir, La Presse et L’actualité, 17 juin 2026 (tenue en pleine campagne électorale ; propos du bâtonnier Marcel-Olivier Nadeau).
La mission de protection du public. Code des professions, RLRQ c. C-26, art. 23 : « Chaque ordre a pour principale fonction d’assurer la protection du public. À cette fin, il doit notamment contrôler l’exercice de la profession par ses membres. »
L’autorégulation et sa surveillance. Office des professions du Québec (mission de veiller à ce que chaque ordre assure la protection du public) ; rôle du syndic dans le traitement des plaintes ; système professionnel autogéré et autofinancé par les cotisations des membres, institué par le Code des professions (1973).
Quand un ordre faillit. Mise sous administration (tutelle) de l’Ordre des ingénieurs du Québec par l’Office des professions, après constat que la capacité de l’ordre à assurer sa mission de protection du public était sérieusement compromise.
Cet article est une chronique d’opinion fondée sur des documents et des déclarations publics. EnDroit.ca est une plateforme indépendante de journalisme juridique. Cet article ne constitue pas un avis juridique. L’auteur n’est pas avocat.
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