Les avocats de l’aide juridique affiliés à la FAAJQ seront en grève du 31 août au 4 septembre inclusivement. Plus de trois ans sans contrat de travail, et un écart de 2,46 points de pourcentage avec leurs collègues, selon la Fédération : voilà ce qui a mené là. Pour les justiciables, ce sont des dates de cour qui risquent d’être reportées.
La Fédération des avocates et avocats de l’aide juridique du Québec a annoncé la grève dans un communiqué transmis aux médias mardi soir. Ses membres débrayeront du 31 août au 4 septembre 2026 inclusivement.
La Fédération dit se trouver dans une impasse avec Québec. Ses membres travaillent sans contrat de travail depuis plus de trois ans. Cette impasse, écrit-elle dans son communiqué, fragilise la stabilité des équipes et complique directement le recrutement et la rétention d’avocats expérimentés.
Le nœud2,46 points de pourcentage
Le conflit ne porte pas sur un salaire, mais sur un principe : la parité avec les procureurs aux poursuites criminelles et pénales.
Selon la FAAJQ, le Conseil du trésor a offert 17 % aux procureurs aux poursuites criminelles et pénales, aux avocats et notaires de l’État québécois, ainsi qu’aux avocats de l’aide juridique affiliés à la CSN. Aux avocats de l’aide juridique affiliés à la FAAJQ, il en offre 14,54 %.
Deux groupes d’avocats de l’aide juridique, un même travail, deux offres différentes selon l’affiliation syndicale. C’est cet écart que la Fédération dénonce.
La parité avec les procureurs de la Couronne n’est pas une revendication nouvelle. Elle a été reconnue lors de négociations avec des gouvernements précédents, et elle a déjà déclenché des grèves en 2022 et en 2023. L’argument est resté le même depuis : comment expliquer que l’avocat qui représente la poursuite soit mieux rémunéré que celui qui assure la défense du justiciable.
Et deux échelles salariales.
Au moment d’écrire ces lignes, le Conseil du trésor n’avait pas répondu aux questions des médias sur cet avis de grève.
OùLes régions touchées
Le débrayage touche les régions où les avocats de l’aide juridique sont affiliés à la FAAJQ. L’Outaouais est confirmé par Radio-Canada. La Fédération représente historiquement plusieurs autres régions, mais la carte syndicale a bougé ces dernières années : des syndicats qui relevaient de la FAAJQ sont depuis passés à la CSN.
Autrement dit, la région ne suffit pas à déterminer si votre dossier est touché. Ce qui compte, c’est l’affiliation syndicale du bureau qui vous représente. Les avocats affiliés à la CSN ne sont pas visés par cet avis : ils font partie du groupe à qui 17 % ont été offerts.
Un seul moyen d’en avoir le cœur net : appeler votre bureau d’aide juridique.
VousCe que ça change si vous avez une date de cour
C’est la question qui compte pour les justiciables, et il faut être honnête sur ce qu’on sait et ce qu’on ignore.
Une grève à l’aide juridique entraîne des remises. Les procès et les auditions se reportent, parfois de plusieurs mois, parce qu’il faut retrouver une plage horaire dans un rôle déjà chargé. Lors des débrayages précédents, un petit nombre d’avocats continuaient de couvrir les causes qui ne pouvaient pas être reportées. Nous n’avons pas trouvé, au moment de publier, de confirmation qu’un tel mécanisme est prévu cette fois-ci.
- N’attendez pas lundi. Appelez dès aujourd’hui le bureau d’aide juridique qui vous représente pour savoir si votre dossier est touché.
- Présentez-vous quand même. Tant que personne ne vous a confirmé une remise, votre convocation demeure valide. Une absence non justifiée peut entraîner des conséquences, notamment un mandat d’arrestation en matière criminelle.
- Demandez une confirmation écrite. Si on vous annonce un report, faites-vous confirmer la nouvelle date par courriel ou par écrit.
- Vérifiez les délais qui continuent de courir. En principe, une grève ne suspend ni les délais de prescription ni les délais d’appel. Des recours existent en cas d’impossibilité d’agir, mais on ne s’y fie pas d’avance : si une échéance approche, dites-le à votre avocat.
- Si votre situation est urgente — protection de la jeunesse, violence conjugale, détention —, mentionnez-le explicitement. Ce sont les dossiers qui font l’objet d’une couverture prioritaire lorsqu’un mécanisme existe.
Le calendrierUne grève qui tombe en pleine campagne
Le moment n’est pas anodin. Les Québécois voteront le 5 octobre, et la campagne électorale doit s’amorcer jeudi 27 août, soit le surlendemain de l’annonce de la grève. Le débrayage commencera donc le lundi de la première semaine complète de campagne.
Une fois l’Assemblée nationale dissoute, il n’y a plus de période de questions où l’opposition peut interpeller la présidente du Conseil du trésor, l’accès aux cabinets ministériels se réduit et la publicité gouvernementale est encadrée. Ce qui veut dire que la réponse du Conseil du trésor, toujours absente au moment de publier, pourrait ne pas venir avant des semaines.
Pour un syndicat sans contrat de travail depuis plus de trois ans, débrayer le lundi matin de la première semaine complète de campagne n’a rien d’un hasard de calendrier. Les autobus roulent, les chefs cherchent un sujet, et c’est le seul moment de l’année où un conflit de travail dans le réseau de la justice peut se retrouver sur leur route.
Le fondCe que le conflit dit du système
Il faut voir ce qui se joue derrière un pourcentage.
L’aide juridique, c’est le dernier filet. Ce sont les avocats qui représentent des personnes en protection de la jeunesse, en violence conjugale, en santé mentale, en droit familial, en défense criminelle. Ce sont ceux vers qui on se tourne quand on n’a pas les moyens de se tourner ailleurs.
Il y a aussi une mécanique qui explique pourquoi ces conflits s’éternisent. L’employeur formel de ces avocats n’est pas le Conseil du trésor, mais la Commission des services juridiques. Lors du conflit de 2023, le Secrétariat du Conseil du trésor avait précisément fait valoir que c’est la Commission qui agit comme interlocuteur dans les négociations, tout en disant travailler étroitement avec elle. Le syndicat négocie donc avec une organisation qui ne tient pas les cordons de la bourse.
La Fédération répète depuis des années que la parité est indispensable au recrutement et à la rétention. Ce n’est pas un argument corporatiste : un réseau qui n’arrive pas à garder ses avocats expérimentés finit par offrir un service plus mince à des gens qui n’ont aucune solution de rechange.
Et pendant qu’on discute de 2,46 points de pourcentage, ce sont des justiciables sans moyens qui verront leur date reportée à l’automne.
L’admissibilité à l’aide juridique dépend de vos revenus, de votre situation familiale et de la nature de votre dossier. Une part importante de la population se situe juste au-dessus des seuils : trop riche pour l’aide juridique, trop pauvre pour un avocat privé.
Si vous n’êtes pas admissible et que votre dossier ne peut pas attendre, informez-vous des services de référence du Barreau, des cliniques juridiques universitaires et des centres de justice de proximité de votre région.
Les faits rapportés proviennent du communiqué de la FAAJQ transmis aux médias le 25 août 2026 et de la couverture de Radio-Canada et de Droit-inc. Le Conseil du trésor n’avait pas répondu aux questions des médias au moment de publier. Les conseils pratiques sont d’ordre général et ne remplacent pas l’avis de l’avocat qui vous représente. Nous mettrons cet article à jour si des services essentiels sont annoncés ou si une entente intervient.
EnDroit.ca est une plateforme citoyenne indépendante d’information juridique. Ce texte ne constitue pas un avis juridique.
Sources
Radio-Canada, « Les avocats de l’aide juridique de l’Outaouais feront grève dès le 31 août », 26 août 2026 · Droit-inc, 26 août 2026 · Communiqué de la Fédération des avocates et avocats de l’aide juridique du Québec, 25 août 2026 · Radio-Canada, couverture des grèves de 2022 et 2023 à l’aide juridique · Syndicat des avocats de l’aide juridique de Montréal (FP-CSN), historique de la parité salariale.
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