De 1965 à 2026, l’auteur retrace quarante ans de racisme institutionnel documenté au SPVM — et explique pourquoi seize suspensions au poste 39 ne tiennent pas lieu de réforme.
Alain Babineau, JD/BCL, BA Laws, BA Crim, GDCR — Directeur, profilage racial et sécurité publique à la Red Coalition ; directeur de la défense des droits au BCA Secretariat ; sergent d’état-major retraité de la GRC et juriste. Texte publié sur LinkedIn le 12 juin 2026, reproduit avec son autorisation.
💬 Tribune signée. Contribution d’Alain Babineau à l’article conjoint d’EnDroit.ca sur le poste 39 du SPVM, reproduite intégralement et telle quelle. Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et n’engagent ni la position éditoriale ni la responsabilité d’EnDroit.ca.
Ce qui se passe au poste de quartier 39 à Montréal-Nord choque certains. Pas nous. Depuis des décennies, les communautés noires et racialisées de l’ensemble de Montréal — et non pas seulement du quartier baptisé « Montréal-Noir » par les policiers eux-mêmes — ont documenté, dénoncé et subi le comportement culturel raciste du SPVM. De la mort d’Anthony Griffin en 1987 à celle d’Abisay Cruz en mars 2025, le problème n’a jamais été confiné à un seul poste, une seule équipe, ou une poignée de jeunes agents. Ce qui vient d’être confirmé n’est pas une anomalie. C’est un symptôme.
- Seize policiers visés par une enquête pour gestes racistes et haineux lors d’interpellations (Radio-Canada, 12 juin 2026).
- Des agents auraient collecté des mèches de cheveux coupés sur des personnes appréhendées — à la manière de trophées. Un geste d’une violence symbolique inïe.
- Des constats d’infraction auraient été émis uniquement sur la base de l’origine ethnique des citoyens.
C’est du profilage racial. C’est du harcèlement de rue avec un badge. Et cela a un nom en droit : discrimination systémique, interdite par l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés et les articles 10 et 12 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
Le contexte — quarante ansUn problème qui dépasse Montréal-Nord : l’histoire longue du racisme institutionnel au SPVM
Rappelons — pour ceux qui auraient l’amnésie commode — que le SPVM traîne depuis des décennies un bilan documenté, analysé et maintes fois condamné. Ce n’est pas une problématique du poste 39. Ce n’est pas une problématique de Montréal-Nord. C’est une réalité que vivent les personnes noires et racialisées dans chaque arrondissement de la ville, de RDP à NDG, de Saint-Michel à Cote-des-Neiges.
Le registre des constats commence en 1984, avec les premiers dossiers du CRARR sur le profilage et la brutalité policière contre les résidents noirs de Montréal. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) documentait le phénomène dès 2011, puis de nouveau en 2019 dans son rapport sur le profilage racial et la discrimination systémique des jeunes racialisés, concluant que les jeunes noirs étaient interpellés jusqu’à quatre fois plus souvent que leurs pairs blancs dans certains secteurs de Montréal. La même année, le rapport Armony, Hassaoui et Mulone, remis directement au SPVM, chiffrait l’écart : une personne noire à Montréal avait, en 2017, 3,9 fois plus de chances d’être interpellée qu’une personne blanche, et un jeune homme noir de 15 à 34 ans, jusqu’à 5,3 fois plus de chances. En 2020, le Rapport du groupe de travail sur le racisme systémique au SPVM recommandait des réformes profondes : interdiction des interpellations arbitraires, implantation de caméras corporelles assorties de protocoles exécutoires, renforcement de la surveillance civile indépendante. Ces recommandations n’ont été que partiellement mises en œuvre. Partiellement, c’est un grand mot.
La mort d’Anthony Griffin, 19 ans, abattu d’une balle à la tête par un policier dans le stationnement d’un poste de police de NDG en 1987, et celle de Marcellus François, 24 ans, abattu par une équipe tactique en 1991 alors qu’il n’était même pas la personne recherchée — le coroner Harvey Yarosky blâmera sévèrement le Service et le sergent responsable, Michel Tremblay — ouvrent ce registre. Le rapport Yarosky (1992) recommandait la création d’un groupe de travail spécial chargé d’élaborer un plan d’action concret contre le racisme au sein du SPCUM. Le rapport Corbo, publié la même année par le Groupe de travail sur les relations entre les communautés noires et le SPCUM, recommandait de renforcer la formation initiale des futurs policiers en matière de diversité culturelle. Trente-quatre ans plus tard, le poste 39 démontre ce qu’il est advenu de ces recommandations. Puis vinrent la mort de Nicholas Gibbs en 2011 à NDG, celle de Pierre Coriolan en 2017 dans le Plateau-Mont-Royal, celle de Jean-Pierre Bony en 2016 à Montréal-Nord, celle d’Abisay Cruz en mars 2025 à Saint-Michel : ce ne sont pas des incidents isolés survenus dans un quartier particulier. C’est un continuum de violence institutionnelle exercé sur des corps noirs à travers la ville entière, par une institution qui n’a jamais été véritablement contrainte de rendre des comptes. L’enquête du coroner Luc Malouin sur la mort de Pierre Coriolan (2019) l’a dit clairement. Le rapport Viens (2019) l’a dit autrement. Les recommandations du CRARR le disent chaque année. Personne à qui de droit n’a voulu entendre.
Toute tentative de circonscrire l’affaire du poste 39 à une équipe déviante, un poste problem, ou un quartier stigmatisé, est soit une méconnaissance profonde de l’histoire institutionnelle du SPVM, soit une stratégie délibérée de contention narrative. Dans les deux cas, elle doit être refusée.
Pour comprendre la profondeur du problème, il faut remonter plus loin que 2008. En 1965, George Springate — alors policier à Montréal, futur joueur des Alouettes, futur député à l’Assemblée nationale et futur juge de la citoyenneté — menait un sondage informel auprès de ses collègues sur les relations raciales. Résultat : environ le quart des policiers estimaient que les personnes noires devraient vivre dans des quartiers séparés. Ce constat n’a jamais été traité comme un scandale par l’institution. Il a été reçu comme une donnée — troublante, peut-être, mais ne remettant rien en cause structurellement. Ce sondage ne mesurait pas une déviance individuelle. Il mesurait une conscience collective. Et une conscience collective ne se corrige pas par une mesure disciplinaire : elle exige une transformation institutionnelle, un projet bien plus coûteux et bien plus menaçant pour l’establishment policier.
Depuis, le SPVM — sous ses différents noms successifs, le SPCUM en 1972, puis le SPVM en 2002 — a adopté une succession de slogans rassembleurs : « Ensemble pour mieux servir », la « police de quartier » des années 1990, et aujourd’hui le Plan local de développement et de réconciliation (PLDR). Chaque fois, la rhétorique progresse. Chaque fois, la pratique sur le terrain reste essentiellement inchangée. C’est ce que les chercheurs en théorie critique de la race appellent une rhétorique de réforme déployée pour gérer la pression politique sans transformer la structure.
La preuve la plus accablante de cette pratique vient des propres données du SPVM. En 2008, le chercheur Mathieu Charest a analysé le registre des interpellations du Service pour la période 2001-2007. Résultat : 10 000 personnes y étaient répertoriées comme membres ou sympathisants de gangs — alors que le SPVM lui-même estimait à 500 le nombre réel de membres de gangs sur son territoire. Un écart de vingt fois entre la fiction administrative et la réalité opérationnelle. Ces 9 500 personnes excédentaires n’ont été ni arrêtées ni accusées. Elles ont simplement été consignées, de façon permanente, dans une base de données policière, sur la base de critères — le quartier fréquenté, un « profil » que les agents sont formés à reconnaître — qui frappent de façon disproportionnée les jeunes racialisés. Un tel écart ne s’explique pas par des erreurs ponctuelles commises par quelques agents isolés. Il exige une pratique systématique, répétée par des centaines de policiers sur plusieurs années, dans un environnement institutionnel où la jeunesse racialisée est présumée suspecte par défaut.
Et ce que les données montrent, des policiers noirs l’ont dit à voix haute, de l’intérieur, pendant cinquante ans. En 2006, l’Office national du film diffusait « Tolérance Zéro », où Édouard Anglade — premier policier noir de Montréal et du Québec, qui avait pourtant gagné dès 1988 une poursuite pour harcèlement racial contre le Service — témoignait aux côtés d’autres agents noirs, Florence Darius, Robert Milord et Jean-Ernest Célestin, du racisme institutionnel vécu dans les rangs. En juin 2020, neuf policiers noirs du SPVM — « les SPVM 9 » — écrivaient à leur syndicat, par l’entremise du CRARR, pour exiger la reconnaissance du racisme systémique et dénoncer une « culture du silence » ; la Fraternité a contesté la terminologie et décliné les entrevues. En septembre 2024, le commandant Patrice Vilcéus, trente ans de service, démissionnait dans une lettre de quatre pages décrivant le racisme comme « un cancer qui ronge l’organisation », citant la recherche commandée par le SPVM lui-même et la conclusion du juge Dominique Poulin sur le caractère « systémique » du profilage. La réponse du ministre de la Sécurité publique ? Reconnaître que Vilcéus avait « vu certaines situations », tout en maintenant n’avoir jamais cru à l’existence d’un racisme systémique au SPVM. Cinquante ans, quatre générations de témoins internes, et la même réponse : on absorbe la critique, on conteste les mots, on refuse l’entrevue, et on continue.
Et ce dont on parle, depuis 2008, n’est même pas nouveau pour Montréal. Le CRARR, fondé en 1983, ne s’est pas contenté de documenter des dossiers individuels : dès cette époque, le profil racial des plaintes pointait déjà vers des secteurs précis de patrouille. Entre 1989 et 1993, deux policiers notoirement brutaux et racistes — que les résidents de la Petite-Bourgogne avaient surnommés « Batman et Robin », et dont les collègues désignaient leur secteur de patrouille par un mot insultant envers les personnes noires — ont mené une campagne de terreur et de violence contre les résidents noirs de ce quartier. Une seule plainte, parmi les nombreuses déposées, a mené à une sanction : cinq jours de suspension. En 2020, le rapport Livingstone, Meudec et Harim sur le profilage racial à Montréal confirmait ce que les décennies précédentes laissaient déjà voir : ce profilage n’est pas le simple produit de préjugés individuels, mais le résultat de politiques organisationnelles du SPVM lui-même. Quarante ans, presque à l’année, entre le premier dossier du CRARR et le poste 39.
Et c’est ici que se referme la boucle avec le poste 39. Les travaux de Victor Armony et de ses collègues, menés auprès d’agents du SPVM eux-mêmes, ont révélé le mécanisme exact par lequel le racisme s’institutionnalise sans reconnaissance consciente : environ 85 % des policiers interrogés ne considéraient pas le racisme comme un problème significatif au sein de l’organisation. Les 15 % restants reconnaissaient l’existence d’une discrimination profonde et répandue. Cette majorité ne ment pas : elle perçoit sincèrement son travail comme neutre, parce qu’elle a été formée à définir le racisme de façon si étroite — une intention raciste explicite, verbalisée — que la discrimination systémique, qui opère par des patrons, des formations et des pratiques normalisées, en devient invisible par définition. Un agent l’a résumé sans détour : « c’est une institution raciste, la police de Montréal. Il ne faut pas se cacher. » Un autre : « je pense que neuf policiers sur dix que je rencontre tiennent des propos racistes. » Voilà, en quinze pour cent, l’effectif qui a fini par parler au poste 39. Le ratio n’a, structurellement, rien d’exceptionnel : il est la norme statistique de l’institution depuis des années. Ce qui était exceptionnel, le 12 juin, c’est que pour une fois, la hiérarchie a écouté la minorité plutôt que de se ranger derrière la majorité. Et pendant qu’on démantèle une équipe à Montréal-Nord, la Ville de Montréal plaide, en avril 2026, devant la Cour d’appel du Québec dans le dossier Lamontagne, pour renverser un jugement de 2024 qui avait reconnu le profilage racial par interpellations comme un « problème systémique » au SPVM et tenu la Ville responsable des dommages. La main droite démantèle une équipe. La main gauche conteste, devant les tribunaux, l’existence même du problème que cette équipe vient d’illustrer.
Et lorsqu’une institution est forcée d’enquêter sur elle-même, le résultat illustre la même architecture. En 2021, le juge Louis Dionne, mandaté par Québec pour examiner l’arrestation injustifiée de Mamadi Camara — accusé à tort d’avoir tenté de tuer un policier du SPVM, détenu pendant près d’une semaine avant d’être totalement exonéré — a conclu que M. Camara n’avait pas été victime de profilage racial, tout en formulant dix-huit recommandations sur les pratiques du SPVM et de l’École nationale de police. Les avocats de M. Camara, eux, ont refusé de collaborer à une enquête qu’ils jugeaient trop fermée pour permettre un véritable contre-interrogatoire des policiers impliqués, et M. Camara maintient, dans la poursuite civile qu’il a intentée, avoir été victime de profilage racial. Une enquête administrative, commandée par l’État, menée par un ancien haut dirigeant du DPCP, qui blanchit l’institution sur la question raciale tout en confirmant dix-huit dysfonctionnements : voilà, encore, la définition même du Niveau 2 et du Niveau 3 du déni — reconnaître les ratés de procédure pour mieux fermer la porte sur la question plus large.
Ce que Dagher a accompli là où ses prédécesseurs ont échoué
Je dois ici rendre crédit là où il est dû, et je le fais sans réserve. Fady Dagher a accompli quelque chose que, à ma connaissance, aucun directeur du SPVM — ni aucun chef de police des grandes agglomérations québécoises — n’avait su accomplir avant lui : démontrer, par ses gestes et par ses mots, devant les caméras, avec l’appui visible de son état-major, que la hiérarchie soutiendrait les policiers qui dénoncent le racisme de leurs collègues.
La « loi du silence » — la « blue wall of silence » — est l’une des pathologies les plus tenaces et les mieux documentées de la culture policière. Elle ne repose pas sur la lâcheté individuelle. Elle est le produit d’une structure d’incitations perverses où dénoncer un collègue expose à l’ostracisme, aux représailles, et au blocage de carrière. Dans un tel système, le silence rationnel devient la norme. Ce n’est pas un secret. C’est un mécanisme.
Ce qui distingue cette affaire — et c’est là sa véritable portée interne — c’est que des policiers ont parlé. Pas à un journaliste. Pas à un organisme communautaire. À leur hiérarchie. Et que la hiérarchie a agi. Vite. Et visiblement. En tenant une conférence de presse en soirée, en nommant les choses, en assumant publiquement l’ampleur de la situation, Dagher a envoyé un message sans ambigüité à ses troupes : si vous voyez quelque chose d’inacceptable, parlez. Vous serez protégés. Ce message — soutenu énergiquement et visiblement par l’état-major — n’avait, à ma connaissance, jamais été envoyé aussi clairement dans l’histoire récente du SPVM.
Applaudissons cela. Mais n’y arrêtons pas l’analyse. Un signal culturel, aussi puissant soit-il, n’est pas une réforme structurelle. Il peut disparaître avec le prochain directeur, ou s’éroder sous la pression corporative. La culture change par l’exemple ; elle se consolide par la loi.
Des élus indignés… mais jusqu’où ?
On a beaucoup entendu les élus, à tous les niveaux — municipal, provincial, fédéral — condamner avec vigueur ce qui vient d’être révélé au poste 39. Les déclarations ont fusé, les mots ont été forts, les tons indignés. C’est bien. Et c’est insuffisant.
Ces mêmes élus ont condamné avec la même vigueur les événements de Shawinigan : un acte caractérisé de racisme et de suprématie blanche qui avait à son tour provoqué une onde de choc. L’indignation avait été unanime. Puis : on est passé à un prochain appel. La mémoire institutionnelle a duré le temps d’un cycle médiatique. Les mesures structurelles attendues ne sont pas venues.
Nous posons donc la question, aujourd’hui, avec toute la gravité que la situation commande : l’affaire du poste 39 sera-t-elle une nouvelle occasion de condamner pour condamner ? Ou sera-t-elle enfin le moment où les élus commenceront — non pas par une enquête supplémentaire, non pas par une déclaration de principe additionnelle — mais par reconnaître officiellement, dans un texte ayant force de loi, l’existence du racisme systémique dans nos institutions ?
Parce que les rapports existent. Nombreux, rigoureux, convergents, et accumulés depuis quarante ans. Le CRARR, dès 1984. Le rapport du coroner Yarosky sur la mort de Marcellus François et le rapport Corbo, tous deux en 1992. Le rapport Charest pour le SPVM (2008-2009). Les rapports de la CDPDJ sur le profilage racial (2011, 2019). Le rapport Armony, Hassaoui et Mulone remis au SPVM (2019). Le rapport Livingstone, Meudec et Harim (2020). Le rapport du groupe de travail sur le racisme systémique au SPVM, dit rapport Gaudreault (2020). Le rapport Viens (2019). Les conclusions des coroners dans les affaires Griffin, François, Villanueva, Coriolan et Bony. Aucun n’a été pleinement mis en œuvre. Plusieurs ont à peine été lus par ceux à qui ils étaient adressés.
L’heure n’est plus aux rapports. L’heure est à leur exécution. Et si l’exécution ne suit pas, les communautés noires et racialisées de Montréal — et du Québec — en tireront les conclusions qui s’imposent sur la nature de l’engagement de ceux qui nous gouvernent.
Certains voient dans la dénonciation interne une lueur d’espoir — des policiers qui ont brisé l’omerta. Soit. Mais soyons clairs : la dénonciation entre collègues n’est pas une stratégie de réforme. C’est, au mieux, une fissure dans un mur qui n’aurait jamais dû exister.
Les communautés noires et racialisées, les chercheurs, la société civile le répètent depuis des années : il faut interdire les interpellations aléatoires, comme le recommandent les organismes communautaires, la CDPDJ et de nombreux chercheurs à travers le Québec et le Canada.
La Cour d’appel du Québec l’a déjà confirmé dans l’arrêt Luamba (Procureur général du Québec c. Luamba, 2024 QCCA 1387) : les contrôles routiers aléatoires violent les droits des conducteurs noirs en vertu des articles 9 et 15 de la Charte canadienne. La réponse législative et politique demeure nettement insuffisante.
Ce n’est pas un problème de pommes pourries. On ne peut pas assainir un baril corrompu en retirant seize pommes. Il nous faut un nouveau baril — bâti sur une surveillance civile indépendante, l’interdiction législative des interpellations arbitraires, des caméras corporelles assorties de protocoles exécutoires, et des mécanismes de reddition de comptes qui ne confient pas l’enquête aux policiers eux-mêmes.
Les communautés réclament depuis des décennies. Le diable a toujours été dans les détails. Les détails sont maintenant à la une.
La prochaine fois, le feu
James Baldwin nous l’a dit il y a plus de soixante ans, et ses mots n’ont rien perdu de leur brûlure. Dans La Prochaine Fois, le feu (1963), il convoquait le chant des esclaves de l’Ancien Testament :
« Dieu a montré à Noé l’arc-en-ciel en signe — plus d’eau : la prochaine fois, le feu. »
Le déluge des rapports, des commissions, des déclarations de principe et des promesses non tenues a eu lieu. Il a eu lieu à plusieurs reprises. Si les institutions refusent toujours d’entendre — si le cycle Shawinigan se répète avec l’affaire du poste 39, si les recommandations sont une fois de plus classées sans suite — alors il ne faudra pas s’étonner de ce qui viendra. La colère des communautés qui attendent depuis des décennies n’est pas sans fond. Et la patience n’est pas une ressource infinie.
EnDroit.ca — Journalisme juridique indépendant
📄 Le contexte factuel de cette affaire — déroulé du démantèlement, chiffres et repères juridiques — est présenté dans notre article d’actualité : Racisme au SPVM : seize policiers du poste 39 visés, une équipe démantelée →
À lire aussi — d’Alain Babineau sur EnDroit.ca
Sources et autorités citées
Jurisprudence — Procureur général du Québec c. Luamba, 2024 QCCA 1387, confirmant 2022 QCCS 3866 (art. 9 et 15 de la Charte canadienne) ; pourvoi entendu par la Cour suprême du Canada en janvier 2026, en délibéré. Lamontagne c. Ville de Montréal, 2024 (première instance), en appel devant la Cour d’appel du Québec (plaidoiries, avril 2026).
Textes constitutionnels — Charte canadienne des droits et libertés, art. 9 et 15 ; Charte des droits et libertés de la personne, RLRQ c. C-12, art. 10 et 12.
Enquêtes du coroner — Yarosky (décès de Marcellus François, 1992) ; Malouin (décès de Pierre Coriolan, 2019) ; enquêtes relatives aux décès d’Anthony Griffin (1987), Fredy Villanueva (2008) et Jean-Pierre Bony (2016).
Rapports institutionnels et gouvernementaux — Corbo (1992) ; Charest, analyse des interpellations du SPVM 2001-2007 (2008-2009) ; CDPDJ, profilage racial (2011, 2019) ; Armony, Hassaoui & Mulone, remis au SPVM (2019) ; Livingstone, Meudec & Harim (2020) ; groupe de travail sur le racisme systémique au SPVM, dit rapport Gaudreault (2020) ; rapport Viens (2019) ; Dionne, examen administratif sur l’arrestation de M. Mamadi Camara (2021).
Sources médiatiques et documentaires — Radio-Canada et La Presse, 12 juin 2026 ; Teisceira-Lessard, La Presse, 24 septembre 2024 (commandant Patrice Vilcéus) ; ONF, Tolérance Zéro (2006) ; sondage Springate (1965) ; CRARR (communiqué, 28 juin 2020) ; lettre des « SPVM 9 » (juin 2020). Sur les agents « Batman et Robin » (Petite-Bourgogne, 1989-1993) : Hétu, La Presse, 30 septembre 1990 ; Collister, The Gazette, 20 novembre 1991 ; rapports du coroner (Fletcher, 1992 ; François, 1992) ; lacrap.org / CMAQ (2011).
Source littéraire — James Baldwin, The Fire Next Time (Dial Press, 1963).
Tribune signée. Ce texte exprime l’opinion personnelle de son auteur, Alain Babineau, et n’engage ni la position éditoriale ni la responsabilité d’EnDroit.ca. Il est reproduit intégralement, avec sa permission, sans modification de son contenu.
Présomption d’innocence. Les comportements évoqués demeurent, à ce stade, des allégations : aucune accusation n’a été déposée et la présomption d’innocence s’applique pleinement aux policiers visés.
EnDroit.ca est une plateforme citoyenne indépendante de journalisme juridique. Ce texte ne constitue pas un avis juridique.
En savoir plus sur EnDroit.ca
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

