EnDroit grandit, et j’ai dû m’adapter aux réseaux comme tout le monde. En chemin, j’ai croisé des avocates et des avocats qui vulgarisent le droit et aident les citoyens, concrètement. Voici pourquoi je crois qu’ils dessinent l’avenir — et pourquoi il faut les remercier.
EnDroit grandit. Et en grandissant, j’ai dû faire ce que je demande souvent aux institutions de faire : m’adapter. Facebook, LinkedIn, puis TikTok — j’ai appris, plateforme après plateforme, que rejoindre les gens aujourd’hui, ce n’est plus attendre qu’ils frappent à la porte. C’est aller là où ils sont déjà.
Et là où ils sont, il y a les algorithmes. On leur reproche bien des choses, souvent avec raison. Mais ils ont un effet secondaire que je trouve précieux : ils poussent vers les gens les sujets qu’ils cherchent, ou qu’on choisit soi-même de mettre de l’avant. À force de faire défiler, j’ai fini par tomber, encore et encore, sur une catégorie de personnes qui méritent qu’on s’arrête : des avocates et des avocats qui utilisent ces mêmes plateformes non pas pour se vendre, mais pour aider les justiciables. Concrètement.
Ce qui compteAider, concrètement
C’est le mot qui compte : concrètement. Pas en théorie, pas dans un colloque fermé, pas dans une revue que personne ne lit hors du milieu. En vidéo, en trois minutes, dans une langue que ma mère comprendrait.
On me dira que l’intelligence artificielle fait déjà ça. C’est vrai en partie : elle répond à une grande partie de nos questions en quelques clics. Mais quand la réponse vient d’un être humain, d’un expert qui met son visage et son nom, qui vulgarise sans d’abord tendre la facture de la première heure de consultation — celle que trop de gens n’ont jamais eu les moyens de se payer —, il se passe autre chose. Ça crée de la confiance. Et cette confiance-là, une machine ne la donne pas encore. On sent, en écoutant ces gens, qu’ils ne sont pas là pour la course aux mentions « j’aime » ni pour l’argent. Ils sont là parce qu’ils croient que le droit appartient à ceux qui le vivent.
Ceux que je croiseEt que je tiens à remercier
Je pense à Sophie Mongeon, que j’ai écoutée sur des dizaines de vidéos. Avocate depuis près de trente ans, spécialisée dans la défense des accidentés du travail et de la route, elle a compris avant bien d’autres que TikTok pouvait servir à autre chose qu’à divertir : informer les gens sur leurs droits, courtement, simplement.
Rendre l’information juridique courte, cool et accessible.
Et il faut le dire, parce que je l’ai vu de mes yeux, à répétition : il lui arrive de reverser en direct les revenus de ses réseaux à des organismes de bienfaisance, demandant même à sa communauté vers qui les diriger. C’est tout à son honneur.
Je pense à Éric Lamontagne, criminaliste depuis un quart de siècle, qui explique au grand public ce que la télévision déforme — ce qui arrive vraiment quand on est accusé, ce que la police peut et ne peut pas faire — dans un langage clair, sans jargon.
Je pense à Me Anne-France Goldwater, figure marquante du droit de la famille au Québec, qui accepte de se prêter à l’exercice de la vulgarisation grand public — expliquer, sans filtre, un droit familial que trop de gens subissent sans le comprendre.
Je pense à Alexandre Langlois, du cabinet Alter Lexis à Québec, parmi les plus jeunes du Barreau, qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes en expliquant le droit criminel — et le métier d’avocat lui-même — avec humour, parce qu’il trouvait qu’il n’existait à peu près rien, en français, pour ceux qui voulaient comprendre.
Et il y en a d’autres. Je les nomme parce que ce sont ceux que je croise le plus souvent dans mon fil — ce n’est pas une liste exhaustive, et j’en oublie sûrement d’excellents. Mais le point n’est pas la liste. Le point, c’est le geste.
Le vrai obstacleLa malédiction de l’expert
Car il y a une chose qu’on oublie quand on devient expert dans un domaine : on oublie que la base est difficile. On finit par tenir pour acquis que tout le monde connaît au moins le minimum — alors que non. Le plus petit détail, évident pour celui qui a passé sept ans à l’étudier, est un mur pour celui qui n’y a jamais touché. Ces avocats-là ont fait l’effort inverse. Ils sont redescendus à la base. Ils se sont rappelé que c’était compliqué. Et ils l’ont expliqué.
J’ai un espoir pour la suite, et il va aux étudiants en droit qui nous lisent : que vous suiviez cette voie-là. Que vous fassiez de l’accès au droit un réflexe, pas une faveur.
Pendant longtemps, comprendre le droit supposait de demander à quelqu’un qui savait — et ce quelqu’un facturait l’accès. Cette rareté de l’expertise a soutenu, des décennies durant, un quasi-monopole sur l’information juridique. Ce que changent les réseaux, ce n’est pas le rôle de l’avocat en cour : c’est l’accès à la première marche, celle de savoir de quoi on parle. Et cette marche-là, désormais, plusieurs choisissent de l’ouvrir à tous.
ConclusionUne porte déjà entrouverte
Pendant longtemps, le savoir juridique a été gardé comme un trésor. Le Barreau du Québec, sous prétexte que seuls les avocats avaient le droit de connaître le droit, a voulu conserver le monopole de l’information. Ce temps-là achève. Ce n’est plus vrai — et ce n’est plus tenable. La vraie question aujourd’hui n’est pas de savoir si on peut refermer le système. C’est de savoir si on choisit de l’ouvrir davantage, ou de résister à une porte qui est déjà entrouverte.
Certains avocats ont déjà choisi. Ils ont compris avant les autres. Et pour ça, aujourd’hui, simplement : merci.
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Note éditoriale. Cette chronique est un texte d’opinion signé. Les personnes et cabinets nommés le sont sur la base de contenus publics qu’ils diffusent eux-mêmes ; ils ne sont pas affiliés à EnDroit.ca et n’ont pas été sollicités pour ce texte. EnDroit.ca est une plateforme indépendante de journalisme juridique. Cette chronique ne constitue pas un avis juridique. L’auteur n’est pas avocat.
Où les retrouver
Sophie Mongeon — Desroches Mongeon Avocats ; TikTok (@mesophieavocate), Facebook, Instagram et le balado À 2 Maîtres / C’est ton droit.
Éric Lamontagne — Éric Lamontagne, avocat (Longueuil) ; interventions télé/radio, Facebook et TikTok.
Anne-France Goldwater — Goldwater Droit (Montréal) ; participation au balado C’est ton droit.
Alexandre Langlois — Cabinet Alter Lexis (Québec) ; TikTok (@avocat_alexlanglois).
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