Hier, j’ai eu l’honneur de couvrir la conférence de presse de la Red Coalition, qui faisait réponse à l’affaire des 16 policiers du poste 39 du SPVM. J’ai eu la chair de poule en entendant les témoignages des victorieux. Ce premier article n’est qu’un début — EnDroit.ca documentera cette journée comme une archive au cours des prochaines semaines.
I — Pourquoi cet article
Une chair de poule, et la décision de documenter
Ce qui s’est dit hier à la conférence de presse de la Red Coalition ne se résume pas en un seul article. C’est pourquoi celui-ci ouvre une série. Notre plateforme suivra les développements au cours des prochaines semaines, parce que ces témoignages — et les demandes qui les accompagnent — méritent d’être conservés, transmis, et que jamais on n’oublie ce qui s’est dit ce jour-là.
Monsieur Alain Babineau, directeur du dossier profilage racial et sécurité publique à la Red Coalition, a pris la parole pour expliquer ce qui a été fait — et ce qui doit l’être maintenant. Sa demande est claire : une enquête publique.
La partie du dossier que notre plateforme suivra le plus attentivement est directement reliée à notre mission éditoriale : Monsieur Babineau a annoncé qu’il avait saisi le Protecteur du citoyen. C’est précisément l’angle institutionnel sur lequel notre équipe enquête depuis des mois — l’imputabilité réelle des institutions chargées au Québec de protéger les citoyens.
Notre enquête en cours porte sur la chaîne complète des mécanismes de reddition de comptes au Québec : la CDPDJ, le DPCP, les services policiers (de Repentigny à Montréal, en passant par Longueuil et plusieurs autres documentés), le Protecteur du citoyen, le Barreau du Québec, et l’Office des professions. Une enquête complète sur la discrimination documentée au poste de police de Repentigny sera d’ailleurs publiée sur notre plateforme dans les prochaines semaines. C’est dans cette continuité que nous suivrons le dossier saisi par la Red Coalition.
II — Le contexte
Ce qui s’est passé au poste 39 du SPVM
Pour ceux qui découvrent le contexte : le 12 juin 2026, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Fady Dagher, a tenu une conférence de presse extraordinaire pour annoncer le démantèlement complet d’une équipe de patrouilleurs du poste de quartier 39, à Montréal-Nord.
Au total, 16 policiers font l’objet d’une enquête. Deux ont été suspendus et leur dossier est analysé par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) en vue de possibles accusations criminelles. Quatorze autres ont été réaffectés à des tâches sans contact avec le public. Selon les sources rapportées par La Presse et Radio-Canada, certains policiers auraient notamment coupé les cheveux de citoyens racisés pour en faire des « trophées ». L’enquête, déclenchée en mars 2026, est née de dénonciations internes — ce sont d’autres policiers du même poste, indignés, qui ont parlé.
III — Les demandes
Que les rapports cessent d’être vides, que les jugements cessent d’être vides
Alain Babineau et la Red Coalition demandent de la transparence, des enquêtes claires, des comptes rendus réels. Ils demandent que les rapports cessent d’être vides, que les jugements cessent d’être vides. Que les institutions chargées de protéger la population cessent de produire des décisions qui ne disent rien — qui ferment des dossiers sans motiver, qui rejettent des plaintes sans entendre, qui défèrent des questions de droits fondamentaux à des comités qui n’ont pas la compétence pour les trancher.
Nous avions déjà documenté ce mécanisme dans notre enquête « Les juges sans jugement » — et c’est précisément ce que Monsieur Babineau a remis sur la table hier.
IV — La genèse de la Red Coalition
Joël DeBellefeuille — l’histoire qui a fait jurisprudence
Le fondateur de la Red Coalition, Joël DeBellefeuille, a raconté son histoire et expliqué pourquoi il avait fondé ce mouvement. Et son histoire, comme vous le savez tous, a fait jurisprudence au Québec.
Joël DeBellefeuille, fondateur de la Red Coalition, raconte lui-même l’interpellation policière de Longueuil de juillet 2009 qui a fait jurisprudence au Québec. Conférence de presse, juin 2026.
En juillet 2009, Monsieur DeBellefeuille est intercepté par des policiers de Longueuil alors qu’il conduisait sa famille dans son véhicule. Lorsqu’il reçoit plus tard le rapport d’infraction, il y découvre ce qui est écrit noir sur blanc : « le véhicule appartenait à un certain Debellefeuille Joël, il s’agissait d’un homme de race noir [sic] qui ne correspondait pas à première vue au propriétaire. Debellefeuille sonne comme un nom de famille québécois et non d’une autre origine ».
Le 20 septembre 2012, après trois années de bataille judiciaire, le juge Pierre-Armand Tremblay de la Cour municipale de Longueuil rend une décision historique de 66 pages. Il déclare que Monsieur DeBellefeuille a bel et bien été victime de profilage racial, et que ses droits constitutionnels à l’égalité et à la protection contre la détention arbitraire ont été violés. L’ensemble de la preuve obtenue a été écartée. Le juge écrit notamment : « le fait de croire faussement ou par ignorance que le nom de famille Debellefeuille ne puisse être le patronyme d’une personne à la peau noire ne peut que dénoter un manque flagrant de connaissances de la société québécoise ».
En novembre 2020, dans un second dossier impliquant une interpellation de 2012, le Tribunal des droits de la personne condamne deux policiers et la Ville de Longueuil à verser 12 000 $ à Monsieur DeBellefeuille — 10 000 $ en dommages moraux, 2 000 $ en dommages punitifs. Le Tribunal ordonne en outre à la Ville de recueillir et publier annuellement des statistiques sur l’origine ethnique perçue des personnes interpellées par sa police, et de dispenser une formation à l’ensemble de ses effectifs policiers.
Cette jurisprudence — la décision de 2012 et celle de 2020 — est devenue une référence judiciaire utilisée dans plus de 240 causes au Québec depuis. C’est l’histoire d’un seul homme, arrêté parce qu’il était noir au volant d’une voiture qu’on jugeait « pas pour lui ». C’est ça, le profilage racial. C’est ça, les histoires inacceptables.
V — Les visages des victorieux
Ce ne sont pas des victimes — ce sont des victorieux
Nous avons ensuite pu entendre des témoins. Des hommes et des femmes interpellés sur des motifs qui défient l’entendement. Et comme l’a si bien dit Alain Babineau hier — et c’est cette formulation qui me reste avec force —, on ne peut pas les appeler des « victimes ». On ne peut pas les catégoriser ainsi.
Ce sont des victorieux. Ils ont survécu. Ils ont parlé. Ils ont déposé. Ils ont gagné — ou ils se battent encore.
Les visages des victorieux et des membres du Conseil d’administration de la Red Coalition. Conférence de presse, Montréal, juin 2026.
Et c’est cette partie — les témoignages eux-mêmes — que nous vous présenterons dans les prochains articles. Pas dans celui-ci. Parce que chacun de ces récits mérite qu’on s’y arrête seul, avec rigueur, avec respect, et avec toute la prudence juridique qui s’impose lorsqu’on rapporte des faits dont l’instruction est en cours.
VI — Onze jours plus tôt
Avant la conférence de presse de Dagher — la chronique d’Alain Babineau sur EnDroit.ca
Je veux ici partager un constat factuel, sans triomphalisme. Le 1er juin 2026, notre plateforme publiait « Le désengagement policier : réalité interne, récupération politique », une chronique signée par Monsieur Alain Babineau, JD/BCL, juriste diplômé de McGill et ex-sous-officier d’état-major de la GRC.
Dans ce texte, écrit onze jours avant la conférence de presse du SPVM du 12 juin, Monsieur Babineau identifiait avec précision le mécanisme par lequel des cultures policières défaillantes se transmettent — non par la surveillance externe, mais à l’intérieur même des corps policiers, par des officiers-tuteurs qui « dés-enseignent » l’académie, par des vétérans qui normalisent l’évitement, par une sous-culture qui survit à toutes les réformes externes. Il identifiait aussi le scénario type : la révélation, lorsqu’elle survient, vient de l’intérieur — par des collègues intègres qui finissent par parler.
C’est exactement ce qui s’est passé au poste 39, où ce sont des policiers eux-mêmes qui ont dénoncé leurs collègues. Et c’est exactement le mécanisme que Monsieur Babineau anticipait à la fois dans sa chronique et hier, devant les journalistes.
Je ne reviens pas sur cet article pour me féliciter. Je reviens dessus pour dire pourquoi EnDroit.ca publie Alain Babineau comme collaborateur : parce que sa lecture du terrain est rigoureuse, mesurée, documentée, et juste — souvent avant que les institutions ne reconnaissent ce qu’il a déjà décrit.
VII — Les trois questions fondamentales
Ce qu’une vraie enquête systémique doit demander
En complément, notre collaborateur Alain Babineau nous a fait parvenir le supplément d’information ci-dessous. Il pose, avec la précision d’un juriste et la mesure d’un ancien officier supérieur, les questions que toute enquête systémique digne de ce nom devra poser — et identifie les personnes qu’il serait prudent d’interroger.
Plusieurs questions ont été soulevées au sujet du rôle du directeur Fady Dagher dans le scandale de racisme au poste 39 du SPVM. La responsabilité ultime de toute organisation policière incombe à sa direction, certes ; mais il serait injuste de lui attribuer la responsabilité exclusive de la conduite d’agents individuels au sein de l’organisation qu’il dirige.
La direction porte un devoir : établir des attentes claires, favoriser une culture éthique, et réagir de manière appropriée lorsque des manquements sont identifiés. Cela dit, la responsabilité d’un comportement raciste doit d’abord et avant tout reposer sur ceux qui s’y livrent — par leurs actes de commission, mais aussi par leurs actes d’omission.
À moins qu’il puisse être démontré que le directeur Dagher était au courant des manquements et qu’il a omis d’agir en temps opportun et de manière appropriée, il serait inapproprié de le tenir personnellement responsable de chaque acte fautif commis par les membres de l’organisation. La question clé n’est pas simplement de savoir si des manquements se sont produits, mais si la direction y a réagi efficacement une fois informée du problème.
Trois questions fondamentales doivent être posées dans le cadre d’une telle enquête systémique :
1. Étiez-vous au courant des comportements racistes au poste 39 ?
2. Quand l’avez-vous appris ?
3. Qu’avez-vous fait à cet égard ?
Ce mois-ci, Maxime St-Pierre est entré en fonction comme commandant du PDQ 39. Sa prédécesseure, Hélène Mercier, a occupé ce poste pendant environ trois ans, de 2023 à juin 2026, et a annoncé sa retraite ce mois-ci. Cédric Couture (Direction des services de proximité, responsable des postes de quartier et des initiatives de police communautaire) et Marc Charbonneau (Direction des services organisationnels, responsable de la logistique interne et des opérations) devraient également être entendus.
Pour obtenir une compréhension complète de la culture organisationnelle et des enjeux systémiques qui ont pu exister au PDQ 39 au fil du temps, il serait prudent d’interroger plusieurs ex-commandants qui ont dirigé ce poste durant des périodes significatives. Par exemple :
· Miguël Alston, MAP, commandant du PDQ 39 vers 2018, responsable des relations avec la communauté lors du dixième anniversaire de la fusillade très médiatisée de Fredy Villanueva.
· Jonathan Martel, commandant du poste durant une période particulièrement sensible vers 2016, lors de l’intervention policière impliquant Bony Jean-Pierre.
· Roger Jr. Bélair, commandant en poste lors de la fusillade mortelle de Fredy Villanueva en 2008, qui a par la suite témoigné de manière détaillée sur la réponse opérationnelle du poste et la supervision exercée dans l’immédiat après-coup.
Ces questions et ces noms ne constituent pas une accusation. Ils constituent la structure méthodologique d’une enquête sérieuse — celle que la Red Coalition réclame depuis le départ, et que nous suivrons à EnDroit.ca avec la rigueur qu’elle mérite.
VIII — Ce qui s’en vient
Ce que nous suivrons dans les prochaines semaines
EnDroit.ca documentera cette conférence de presse comme une archive. Voici, sans ordre fixé, ce que nous aborderons dans les prochains articles :
· Les témoignages des victorieux — interpellations sur des motifs aberrants, présentés avec le respect et la prudence juridique nécessaires.
· Le suivi de la saisine du Protecteur du citoyen par la Red Coalition — en lien direct avec notre enquête en cours sur l’imputabilité des institutions de surveillance au Québec.
· Le suivi devant la CDPDJ et les autres mécanismes annoncés hier.
· L’analyse de la jurisprudence DeBellefeuille — 2012, 2020, et l’usage qu’en font les tribunaux québécois depuis.
· Le croisement entre l’affaire du poste 39, la chronique Babineau du 1er juin et les demandes formulées hier — comment ces trois pièces, prises ensemble, dessinent une question structurelle qui ne se réduit pas à « un panier de pommes pourries ».
IX — Mon mot personnel
Un partenaire de leur histoire
C’est avec grand respect, beaucoup d’humilité — et surtout, une profonde incompréhension que j’ai assisté hier à cette conférence de presse historique. On ne doit jamais l’oublier. C’est pour cette raison que notre plateforme la documentera comme on documente une archive — pour que jamais ces témoignages, et les demandes qui les accompagnent, ne soient effacés.
Cet article n’est pas mon histoire. C’est la leur. La mienne, c’est de la documenter. EnDroit.ca est honoré d’être un partenaire de leur travail — pas un porte-voix, pas un substitut, mais un partenaire éditorial indépendant qui s’engage à transmettre ce qui s’est dit, avec rigueur et avec respect.
En attendant les prochains volets, voici la chose la plus importante que j’ai retenue de cette journée :
Aujourd’hui, il faut être antiraciste.
· Insulter un policier — ce que dit vraiment le droit · par Alain Babineau
· La criminalité que l’on choisit de voir — et d’ignorer · par Alain Babineau
· Les juges sans jugement — quand les décisions ne disent rien
· Alain Babineau — Page de confiance et références
· Dossiers d’enquête — Investigations d’EnDroit.ca
Note éditoriale. Cet article est une couverture éditoriale signée d’une conférence de presse publique tenue par la Red Coalition. EnDroit.ca est une plateforme citoyenne indépendante de journalisme juridique, non affiliée à la Red Coalition, au Service de police de la Ville de Montréal, à la Ville de Longueuil, à la CDPDJ, au DPCP, au Protecteur du citoyen, au Barreau du Québec ni à aucun organisme officiel. La présomption d’innocence et la présomption de bonne foi sont strictement respectées à l’égard du directeur Fady Dagher, de l’ensemble des commandants nommés dans cet article, des ex-commandants, et de tous les policiers visés par les enquêtes en cours, y compris ceux du poste 39 du SPVM. Le nom de certains gestionnaires actuels et anciens du SPVM est mentionné aux seules fins documentaires, dans le cadre d’une contribution éditoriale identifiant les personnes dont l’audition serait pertinente lors d’une éventuelle enquête systémique. Aucun contenu publié ne constitue une accusation de faute criminelle ou disciplinaire contre un individu : seules les instances compétentes peuvent prononcer de telles conclusions. Cet article ne constitue pas un avis juridique. L’auteur n’est pas avocat.
Avertissement IA. Cette publication a été préparée avec l’aide d’outils d’IA générative, lesquels peuvent inventer des faits, des chiffres ou des articles de loi : vérifiez toujours auprès d’une source officielle, d’un avocat ou sur Légis Québec.
Sources et références
Conférence de presse Red Coalition — couverte par EnDroit.ca en personne, juin 2026.
Poste 39 du SPVM. Conférence de presse du directeur Fady Dagher, 12 juin 2026. Couverture : La Presse, Radio-Canada, Le Devoir, Noovo Info, L’actualité. Communiqué officiel du SPVM (poste 39).
Contribution éditoriale d’Alain Babineau (section VII). Texte original en anglais reçu de l’auteur le lendemain de la conférence de presse, traduit en français par EnDroit.ca avec son accord. Version anglaise intégrale disponible dans la version English News du présent article.
Jurisprudence DeBellefeuille. Cour municipale de Longueuil, juge Pierre-Armand Tremblay, 20 septembre 2012 (66 pages). Tribunal des droits de la personne du Québec, 17 novembre 2020, condamnation de la Ville de Longueuil et de deux policiers à 12 000 $ pour profilage racial. Couverture historique : Radio-Canada, CBC News, Le Courrier du Sud, CRARR (Centre de recherche-action sur les relations raciales).
Chronique antérieure publiée sur EnDroit.ca. Alain Babineau, JD/BCL, « Le désengagement policier : réalité interne, récupération politique », 1er juin 2026.
Cet article est une couverture éditoriale signée fondée sur une conférence de presse publique et des sources publiques. EnDroit.ca est une plateforme indépendante de journalisme juridique. Cet article ne constitue pas un avis juridique. L’auteur n’est pas avocat.
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