Le 29 octobre 2025, une intervention policière du SPVM au domicile d’un homme de 30 ans, autiste, non verbal et vivant avec une déficience intellectuelle sévère, aurait dégénéré sous les yeux de sa mère. Hadj Zitouni, président du Mouvement Action Justice, a rédigé la plainte destinée au Commissaire à la déontologie policière et livre ci-dessous son témoignage. Nous le reproduisons intégralement.
Présomption d’innocence. Le récit qui suit rapporte le témoignage de la mère de Marc, tel que recueilli et présenté par l’auteur. Une plainte a été déposée auprès du Commissaire à la déontologie policière ; aucune instance n’a statué à ce jour. Les policiers visés n’ont fait l’objet d’aucune conclusion disciplinaire ou judiciaire et sont présumés ne pas avoir commis de faute tant qu’une autorité compétente n’aura pas conclu autrement.
Le texte signé de Hadj Zitouni est reproduit intégralement ci-dessous. Sa version originale est également téléchargeable, afin que chacun puisse la consulter telle que transmise.
« Une société se juge à la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables. »
— Nelson Mandela
Hadj Zitouni,
Président du Mouvement Action Justice.
20 juillet 2026.
Je ne sais pas exactement ce qui m’a poussé à veiller cette nuit-là plutôt que d’attendre le lendemain pour entreprendre ce travail. Peut-être était-ce le sentiment d’urgence, ou encore la profonde conviction qu’il fallait rendre justice à Marc et faire entendre la voix d’une personne qui, en raison de sa condition, n’avait pas la capacité d’exprimer elle-même ce qu’elle avait vécu.
J’ai donc pris le temps de réfléchir aux événements et de rédiger, dans un premier temps, la plainte de Marc destinée au Commissaire à la déontologie policière, conformément à la volonté clairement exprimée par sa mère. Il me paraissait essentiel que cette démarche soit entreprise sans délai, afin que les faits soient consignés avec la plus grande fidélité possible et que la plainte de Marc soit entendue, examinée et, par le présent témoignage, portée à l’attention d’autres intervenants et décideurs publics, dans le but que toute la lumière soit faite sur les événements.
Marc est âgé de 30 ans. Il vit avec un trouble du spectre de l’autisme, il est non verbal et présente une déficience intellectuelle sévère. Son fonctionnement cognitif correspond à un âge développemental estimé entre trois et quatre ans. Depuis sa naissance, sa mère veille quotidiennement sur lui, l’accompagne et répond à l’ensemble de ses besoins. Elle est aujourd’hui sa représentante légale et sa tutrice, puisqu’en raison de ses limitations, Marc n’est pas en mesure d’exercer seul ses droits ni de défendre ses propres intérêts.
À travers cette démarche, il ne s’agit pas uniquement de déposer une plainte auprès de la Déontologie policière. Mon expérience dans ce domaine m’amène malheureusement à constater que de telles démarches n’aboutissent pas toujours aux résultats espérés et peuvent parfois représenter une épreuve supplémentaire pour les plaignants. Toutefois, dans le cas présent, cette démarche revêt une importance particulière : elle vise également à porter la voix d’une personne vulnérable qui mérite d’être traitée avec dignité, respect et considération par toutes les institutions appelées à intervenir auprès d’elle.
Le 29 octobre 2025, vers 16 h 30, Marc revient à son domicile après sa journée au programme de jour du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle, comme il le fait habituellement.
N’ayant pas la capacité de communiquer verbalement, lorsque Marc vit une frustration durant son programme de jour ou lors de ses déplacements en transport adapté, il ne réagit généralement pas sur le moment. Il conserve cette frustration jusqu’à son retour à la maison, un environnement sécurisant où il peut l’exprimer auprès de sa mère. Il manifeste alors son état émotionnel de la seule manière dont il est capable de le faire : en criant et, à l’occasion, en lançant des objets.
Le 29 octobre 2025 constitue l’une de ces situations. Marc est revenu à la maison frustré et agité. Sa mère a su l’accompagner et l’aider à retrouver son calme, comme elle le fait depuis toujours. Blotti contre cette source d’amour, de sécurité et d’apaisement, Marc rattrape progressivement son calme. Après avoir pris sa collation, il jouait tranquillement dans sa chambre. La situation était revenue à la normale.
C’est alors que sa mère a entendu un grand bruit dans le corridor. Afin de comprendre ce qui se passait, elle a ouvert la porte de son logement, donnant sur un corridor étroit. Elle s’est retrouvée brusquement face à deux policiers du SPVM, (PDQ9) qui avaient leurs armes dégainées et qui les pointaient dans sa direction.
Les policiers criaient : « Y’est où? Y’est où? »
Sous le choc, la mère de Marc a demandé : « Qui? De qui parlez-vous? »
À aucun moment, elle n’a imaginé que les policiers étaient venus pour son fils. Les voisins connaissaient tous la situation de Marc et savaient que sa mère faisait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter qu’il ne dérange les autres résidents. Cette fois-ci, c’était un nouveau voisin, récemment installé dans l’immeuble, qui avait fait appel aux policiers.
En entendant les cris des policiers, Marc a pris peur et est sorti rapidement de l’appartement. L’un des policiers l’a alors saisi par les bras et l’a projeté face contre le mur afin de lui passer les menottes.
La mère de Marc a immédiatement tenté d’intervenir. Elle a crié aux policiers d’arrêter et leur a expliqué à plusieurs reprises que son fils était autiste, non verbal, qu’il présentait une déficience intellectuelle sévère et qu’il n’avait absolument rien fait de mal. Malgré ses explications, aucun des policiers n’a semblé vouloir l’écouter.
Encore plus apeuré par la situation, Marc a réussi à se dégager et s’est dirigé vers la cage d’escalier située immédiatement à côté de la porte de l’appartement familial. L’un des policiers l’a poursuivi et l’a rattrapé au premier palier de l’escalier de secours.
Entendant les pleurs et les cris de douleur de son fils, la mère de Marc a tenté à plusieurs reprises d’ouvrir la porte de la cage d’escalier afin de voir ce qui se passait. Toutefois, l’autre policier refermait constamment la porte afin de l’empêcher d’observer la scène.
Elle a néanmoins pu constater que Marc avait été frappé à plusieurs reprises puis menotter. Alors qu’il était déjà immobilisé au pied de l’escalier, elle affirme l’avoir vu recevoir, dans le dos, au moins deux décharges de pistolet à impulsion électrique. Cette version des faits est corroborée par le rapport de l’urgentologue.
Il est important de préciser que Marc souffre d’épilepsie, ce qui constitue un facteur de risque important lors de l’utilisation d’un tel dispositif.
Alors qu’elle tentait toujours d’ouvrir la porte de la cage d’escalier afin de voir ce qui arrivait à son fils, la mère de Marc affirme avoir été saisie par les bras derrière le dos et avoir reçu un violent coup derrière les genoux, la forçant à tomber au sol. Le policier lui aurait alors indiqué qu’il pouvait également la menotter si elle ne se calmait pas.
La mère de Marc est une femme de petite stature et pèse environ 52 kilogrammes.
J’ai rencontré Mme Francine Lambert, travailleuse sociale aujourd’hui retraitée, qui connaît Marc depuis qu’il est âgé de trois ans. Bien qu’elle soit maintenant à la retraite, elle continue d’offrir occasionnellement un soutien informel à cette famille monoparentale.
Selon Mme Lambert, il est urgent que les services policiers du Québec disposent d’un système informatique permettant de signaler, avant une intervention à domicile, la présence éventuelle d’une personne vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.
Une telle information pourrait permettre aux policiers d’adapter leur intervention, d’éviter des situations de crise et surtout de prévenir des blessures ou des interventions disproportionnées envers des personnes particulièrement vulnérables.
Cet événement a non seulement profondément heurté les sentiments de la mère et brisé la confiance qu’elle accordait aux policiers, mais, selon elle, la brutalité policière dont Marc a été victime l’a profondément transformé. Il n’est plus le même. Chaque fois qu’elle le voyait tenter de reproduire les gestes ou les scènes qu’il semblait revivre de cet événement tragique, elle fondait en larmes.
Lorsqu’une personne vulnérable comme Marc est privée de sa dignité, c’est toute la société québécoise qui est atteinte.
Note de la rédaction
Le texte ci-dessus est un témoignage signé par Hadj Zitouni, président du Mouvement Action Justice. Il est reproduit intégralement, sans modification. Les faits qui y sont relatés proviennent du témoignage de la mère de Marc, recueilli par l’auteur, ainsi que de sa propre analyse. Les opinions et les prises de position exprimées sont celles de leur auteur et n’engagent pas EnDroit.ca.
Ce texte ne constitue pas un avis juridique.
Présomption d’innocence. Une plainte a été déposée auprès du Commissaire à la déontologie policière. À ce jour, aucune enquête déontologique ni aucune instance judiciaire n’a statué sur ces événements. Les policiers concernés n’ont fait l’objet d’aucune conclusion de faute et demeurent présumés ne pas en avoir commis tant qu’une autorité compétente n’aura pas conclu autrement.
Contribution signée. Ce témoignage est la parole de son auteur, Hadj Zitouni. EnDroit.ca le présente comme contribution d’un collaborateur ; son contenu n’engage pas la plateforme.
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